La fin des haricots

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Photo preuve

Arrivée à Lumbini la veille et il me reste trois jours avant de partir prendre mon avion à Katmandou. J’ai décidé de donner mon vélo dans une école pour pas qu’il n’y ait de jalousie, ou du moins qu’il y en ai moins.

La veille j’ai vu un petit panneau « school for desherited children » et je me dis que je peux aller là bas pour voir. Sur la route, je croise une petite fille de 8 ans aux yeux d’ange. Elle est adorable avec ses petites tresses et va justement dans cette école. On fait route ensemble. En attendant le professeur, je rentre dans la classe au tableau noir, chaises et tables en bois. L’école est dans un champs entourée par les arbres. Je peux rentrer comme je veux, pas de barrière, pas de code ni de caméra. Ma petite guide fait preuve d’une dextérité épatante aux jeu des osselets et en voyant ensuite jouer les autres, je me dit qu’elle doit en tirer une part de sa popularité à l’école. Elle a la peau plutôt blanche et son papa travaille en Europe. Elle ne l’a pas vu depuis plus d’un an. Au bout d’un moment, le maître arrive, me dit que oui je peux faire une présentation, que les gens viennent souvent. On convient que je reviens à 14h avec mon vélo. Je fais un petit aller retour. En un kilomètre, on passe de l’ultra touristique au petit village de campagne de la plaine népalaise.

Je reviens à l’école un peu plus tôt et fais la rencontre du directeur, Phanindra Pal. C’est une bonne rencontre. Il me raconte l’histoire de l’école. Elle a été créée en 2002 par un petit groupe de méditation Vipassana. Phanindra a alors 17 ans. Je repère un gars sur les photos hyper beau avec un sourire incroyablement large et généreux.

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Observation des oiseaux avant d’être moine

C’était un des membres fondateur du groupe, il est maintenant moine, enseignant de méditation vipassana, il a va faire des conférences un peu partout. Aujourd’hui il est en Chine. Je vois aussi grâce aux photos comme ils ont fait sortir l’école de terre. Ils se sont fait donner un terrain et ont construit eux même les premières classes en bambous. Pour moi, c’est fort de voir un impact concret de la méditation dans la vie quotidienne, sachant que je continue à pratiquer mais je me demande souvent à quoi ça sert.

 

Après avoir regarder toutes les photos, on attaque la présentation à 14h, à l’ombre d’un arbre dehors parce qu’il n’y a pas assez de place dans une classe pour mettre les 60 enfants. C’est l’heure de la sieste. Je blablate 10 minutes sur la paix entre les nations et l’amour dans le monde. Bon d’accord j’en rajoute un peu, mais mon speech est assez théorique. Je vois la tête de mes petits élèves qui vacille. Alors je change de stratégie. Je sors ma tente, mon duvet, mon réchaud, leur fait voir comment ça marche. On sort une carte du monde pour leur montrer mon itinéraire. En fait, même le maître et le directeur n’avait pas compris mon périple et je fais mon habituel petit rire nerveux de fierté quand ma route semble tellement improbable que les gens ne me croient pas. Vous l’avez compris, après un début difficile et soporifique, on se marre bien avec les gamins. Les deux questions qu’ils me posent le plus est « comment as-tu fais pour charger ton portable » et « comment as-tu fait pour traverser les océans » (malgré la carte, ils doivent me prendre pour une américaine).

Après cette rencontre, j’assiste à un cours de musique donné par une new yorkaise de 22 ans très sympathique. C’est Olivia. Elle a fait le conservatoire en trompette à New York et vient passer 5 mois ici pour enseigner la musique. Elle revient de 4 mois à Aix en Provence et est toute contente de pouvoir parler français avec moi. Après, avec Phanindra, on va visité l’école pour jeunes filles nonnes. C’est ici que je rencontre la mère fondatrice de l’école. C’est une canadienne bien portante aux yeux bleus et aux cheveux rasés comme moi. Elle a fait don de sa fortune à l’école. Vu comme on la vénère, elle a du donner beaucoup d’argent. Partout, il y a des photos d’elle en habit de nonne avec des airs inspirés. Elle me raconte sa rencontre avec le gars dont je vous parlais qui était trop beau et comment ils ont fait le tour de l’Inde du Nord en moto. Je mets ma main à couper qu’elle était amoureuse de lui. Vu la beauté et la générosité qu’il dégage, on ne peut pas lui jeter la pierre. Mais tout ça est un peu alambiqué. Elle me remet une petite écharpe pour me remercier d’avoir donner mon vélo. Toutes les petites nonnes la traite la canadienne avec le plus grand respect, qui me semble un peu de démesuré. On est amie sur facebook avec Bothi, et je vois régulièrement les photos de sa maman malade et de son caniche au Canada.

Le soir, je vais dormir chez la famille de Phanindra. C’est hyper sympa. J’adore me faire trimballer sur les motos dans l’air chaud et humide de la nuit. Là bas, je rencontre sa famille, sa femme, ses parents et ses enfants. Sa mère et sa femme ont un peu des airs sévères. Son père est impressionnant. A cinquante ans, il a un corps sec, anguleux, aux muscles saillants. Son visage est simple et bien proportionné. Il dégage beaucoup de bienveillance et de tranquillité. Son fils lui a fait découvrir la méditation vipassana qu’il pratique depuis deux ans. C’est maintenant lui le plus assidu de la famille.

On mange ensemble un thali absolument délicieux. Je suis très bien traitée dans cette maison. On discute et Phanindra me dit en gros que j’ai la mariole devant les enfants en disant qu’il ne m’était rien arriver sur cette route. Mais que c’est parce que j’ai de la chance. Lui il ne laisse pas sa femme faire 5km en vélo toute seule. C’est à ce moment là que j’élabore ma petite théorie de l’écoute des signes dont je parlais au moment de mon arrivée à Lumbini. Non, ce n’est pas que de la chance, c’est aussi que dans mon « inconscience », je suis très attentive à ce qui se passe autour de moi. A mon retour, je raconte ça à une copine. Elle me parle de Nathalie Loiseau qui a été ou est directrice de l’ENA. On lui a souvent dit qu’elle avait de la chance ce à quoi elle répond qu’elle est perméable aux choses et saisit un maximum d’occasion. J’ai bien cette manière de le dire aussi.

Pour dormir, il n’y a que deux chambres. Phanindra me propose d’abord de dormir dans sa chambre avec sa femme mais il a ensuite peur que je sois réveillé par le bébé pendant la nuit. Je dors sous le porche de la maison, au grand air dans un lit deux places avec la maman. C’est quand même sympa d’être proche comme ça, les uns des autres.

Le lendemain matin, je fais une petite séance de plantage d’ail avec la maman de Phanindra. Un voisin de 25 ans vient dire bonjour. Il fait des études à Katmandou et est bénévole pendant ses vacances dans le camp médical. On m’y envoie donner un coup de main. Une ou deux fois par an, un camp médical est installé avec des médecins américains ou canadiens. Pendant trois jours, toute personne qui le désire peut être soignée gratuitement. Après une petite ballade en moto dans la campagne (le camp médical doit être à 5km de la ville), j’arrive avec Phanindra. Il me présente à deux, trois bénévoles et je suis envoyée au stand réhydratation et animation pour les enfants. Comme les gens attendent assez longtemps et qu’il fait chaud, on donne aux gens de l’eau parfois accompagné de vitamine C en poudre. De manière concrète, il y a un bâtiment, 4 murs, un toit. Devant un trou qui servira de porte, un de fenêtre et un autre trou de fenêtre derrière. Je donne un coup de main à l’équipe des retraités australiens. Ils sont cinq et font de la levée de fond en Australie. Leur association promeut l’accès à l’eau potable dans les pays en développement. Pendant un vacances au Népal, ils viennent donner un coup de main pendant deux jours dans le camp. J’imagine qu’ils sont partenaires de l’opération. Au stand réhydratation, c’est un peu le chaos. Les enfants se pressent pour avoir un verre d’eau, tous agglutinés en hurlant « water, water ». Ils prennent parfois 5 verres, font presque des batailles d’eau. On dit aux gamins de ne pas rentrer dans le bâtiment mais il le font quand même. J’essaie de leur faire comprendre qu’on est là pour aider mais qu’il faut quand même qu’il fasse preuve d’un minimum de respect. Les retraités australiens se comportent comme des grands parents gagas qui laissent tout faire leurs petits enfants insupportables. Ça m’énerve parce que sur la route j’ai souvent été vue comme l’occidentale bonne poire qui dans tous les cas va donner, pousser par sa culpabilité d’être riche face à des gens pauvres. Face au resserrement des règles la situation ne se calme pas, mais s’excite. Une bande de trois petits gars de 12 ans s’amusent à dire non et provoquent. Un d’entre à vraiment un regard de feu, beau, perçant et terrible. Il est prêt à aller très loin pour un peu d’attention. Ils s’amusent à rentrer dans le bâtiment en courant et volent des bouteilles d’eau. Heureusement, ça fait un peu réagir ma bande de collaborateurs dégoulinants de bonnes intentions et finalement, ça se tasse. Je vais faire un peu d’animation en faisant mes grands classiques développés chez Parbati le tigre, « Angela » et « j’m’appelle Amonbofis », qui, excusez moi du peu de modestie, rencontrent un franc succès.

Au bout d’une heure, la triplette des lascars revient à la charge. Une des soixantenaire australienne va discuter avec eux. Les gamins de 12 ans s’amusent à faire des triangles avec les doigts et un cercle avec un doigt dans le lequel rentre l’autre doigt. Je vous laisse imaginer la symbolique universelle de ses gestes. La dame avec l’air gêné fait semblant de ne pas avoir compris. Ça m’énerve mais je me dit que c’est son problème. (Je me suis rendue compte que parfois, on fait comme si on n’avait pas compris parce qu’on préférerait avoir mal compris mais ça ne règle pas le problème). Donc la dame ne fait rien. Deux minutes plus tard, les gamins s’amusent à lui toucher le cul. Me monte une colère, je leur hurle dessus et je crois que si j’en avais attrapé un je l’aurais baffé. Ils déguerpissent et arrêtent leur insanités. Deux minutes après, je vois la dame se dandiner, visiblement heureuse d’avoir émoustiller des gamins de 12 ans. Désespérant ! Je vais quand même la voir en lui disant que j’ai voyagé pendant 15 mois toute seule et que j’ai assez souffert de la mauvaise réputation des femmes occidentales pour pas qu’elle empire la situation.

A la fin de mon expérience de deux heures dans le domaine de l’humanitaire, je rentre à l’école où je vais faire la cession de mon vélo. Je dois réparer quelques bricoles. Je le fais et plus ça va, plus les choses que je change sont des détails insignifiants. Je me rends compte au bout d’un moment que je n’ai plus rien à faire mais que je pourrais continuer à chipoter pendant longtemps pour reculer l’échéance. J’arrête et je donne mon vélo à Phanindra qui a le sens du rituel pour remercier. Il me fait une dernière photo et une vidéo avec mon vélo.

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Phanindra avec mon vélo devant l’école

Ce soir là, je décide de dormir à l’hôtel comme je prends le bus pour Katmandou le lendemain à 18h. Je me balade dans les rues de Lumbini vers 6heures le soir pour acheter des cadeaux. Un policier me dit de ne pas rester toute seule et de rentrer à mon hôtel. Je comprends que c’est en lien avec la française qui a disparu quelques mois plus tôt.

 

Le lendemain matin, je vais me balader dans le Lumbini touristique que je n’ai pas encore vu. Toutes les délégations bouddhistes par pays ont fait un temple. Il y a en de tous les styles. Le cambodgien, le birman, chinois, le français, l’allemand, … Je vous épargne la description de Lumbini au lieu du tourisme religieux de masse parce qu’au final, ce n’est pas là où j’ai passé du temps.

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Temple birman

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Temple thaïlandais

Je passe devant la flamme éternelle. Je sais que je radote mais c’est quand même drôle de voir qu’on trouve ça (comme la source sortie du désert) dans toutes les religions. Pour finir, je passe par le temple coréen. C’est en Corée que j’ai découvert le bouddhisme, que j’ai eu l’idée de ce voyage et que j’ai découvert que Lumbini existait. Il semblerait que la boucle soit presque bouclée.

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Temple coréen

Pendant que je profite du complexe religio-touristique aux premières heures du matin, je sais que je vais être un peu en retard pour la fête de l’école des nonnes à laquelle je suis invitée à 10h. J’arrive à 10h30 et rate l’intronisation des touristes venus faire de l’humanitaire. J’arrive à rester dans les rangs comme tout le monde, jusqu’à ce que le présentateur me voit. Il me présente et me fait m’asseoir sur scène avec tous les autres humanitaires, la nonne canadienne au premier rang. Je trouve ça génial que ce soit important pour les gens de l’école de dire merci et de le ritualiser. En même temps, je suis un peu mal à l’aise. Je me sens comme les nobles à l’époque de Louis XIV qui, en même temps qu’ils regardent le spectacle, se montrent sur scène. Heureusement, je suis tout derrière.

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Il y a pleins de discours, et puis les remises des prix comme quand ma maman était petite. La nonne canadienne est souvent mise à contribution. Ensuite, les élèves de musique d’Olivia et une autre américaine qui est dans l’école depuis deux ans, présentent une chanson. Elle sonne pour moi comme l’hymne de l’espoir tellement ses petites élèves sont mignonnes.

Il y a ensuite plusieurs spectacles assez bien organisés, puis un grand repas, où tous les profs, les humanitaires, les élèves peuvent manger dans les salles de classes. Je mange avec Olivia qui est vraiment très sympa et on communie autour de notre amour d’Ella Fitzgerald. Dans l’après-midi, c’est les élèves qui gèrent les micros. Ils continent à chanter des chansons et faire des chorégraphie en autogestion.

Quelques heures plus tard, je vais prendre le bus. Là je rencontre un moine bouddhiste malaisien qui va me prendre sous son aile pendant tout le voyage : Jino. Il est trop marrant. Assez grand et fin, il a une sacré dégaine avec son bob et ses sandales. Il a une tête de 30 ans du haut de ses 45 et parle de manière frénétique. Je lui demande comment il a décidé d’être moine. Il a fait des études d’ingénieur, il a voyagé. Il aimait l’action, le foot, le sexe, l’alcool. Il a même eut une copine suisse. Un jour, un homme vient le voir et lui demande « Who are you ? ». Il dit son nom mais l’homme répète sa question trois fois sans se satisfaire de sa réponse. Jino s’énerve puis il comprend. C’est comme ça qu’il est devenu moine, il y a 15 ans.

Maintenant, il fait de la recherche sur le bouddhisme tibétain. Il me fait un petit cours sur les trois grandes familles de bouddhisme. Le bouddhisme himalayen, c’est celui que j’ai rencontré au Zanskar et au Ladakh. Il est très influencé par l’hindouisme et le chamanisme himalayen. Cette touche de magie ne plaît pas beaucoup à Jino. Ensuite, il y a une famille de bouddhisme pratiquée en Chine, au Japon et Corée influencé par la Chine. C’est par cette porte là que j’ai découvert le bouddhisme quand j’ai habité en Corée du Sud. Et puis, il y a le bouddhisme d’Asie du Sud Est, malaisien, birman, thaïlandais influencé par la Thaïlande. Le plus proche de la tradition selon Jino. Enfin, il est un peu partie prenante tout de même en tant que malaisien. Jino a été ordonné moine en Myanmar et il vit dans un monastère en Malaisie. Son maître est un élève du maître Goenka (celui de la méditation Vipassana). Parfois, il vient en Europe enseigner la méditation. Il a étudié les différents types de bouddhisme, la religion chrétienne et le yoga. Maintenant, il va à Katmandou pour poursuivre ses recherches sur le bouddhisme tibétain. Il s’intéresse beaucoup à la géopolitique et dit que la religion, la politique et l’économie ont toujours été liés. Il est très sympathique et joyeux, parle à tout le monde et offre aux autres tout ce qu’il a à manger.

A part parler de théologie bouddhiste, Jino me paie des petits thés quand on s’arrête et je me dis que j’ai vraiment le cul bordé de nouilles d’avoir quelqu’un qui veille sur moi. Le trajet est long et chiant. Vers 6h, on arrive à Katmandou. Jino m’accompagne le temps que je me trouve un hôtel à coté de l’aéroport puis s’en va.

Je roupille un peu puis retrouve Padam, le fils de Parabati chez qui je suis restée pendant 10 jours. On va visiter un temple à Shiva juste à coté de l’aéroport. Seul les hindous peuvent aller au cœur du temple où on trouve une sépulture en or. Sur le coté droit, glisse le fleuve bordé par les tas de bois qui portent les crémations.

De l’autre coté, il y a une petite colline avec des statuts, de beaux arbres comme toujours. Les citadins viennent faire une promenade au parc et donne à manger aux singes en risquant de se faire mordre le bras. Après cette sortie culturelle, on va manger les « last momos in Katmandou » et je me fais une fois de plus trimballer sur la moto de Padam.

Le soir, je me couche tôt pour me lever à 5h et être à l’aéroport à 6h.

Je prends mon petit dej dans la capitale entourée par les montagnes qui me rappelle un peu Grenoble. Puis, je me dirige vers l’aéroport. En arrivant, une silhouette ressemble à celle de Jino. Je me dis « Olala, ils se ressemblent tous ces moines ! ». Mais non, c’est bien Jino. Il est hyper stressé parce qu’il pensait que j’arriverais plus tôt pour prendre mon avion. Il avait peur que je le rate. Il m’explique finalement pourquoi il est venu. Il m’avait dit qu’il me donnerait des textes sur le bouddhisme et il aime bien tenir parole. Il me mets tout ça sur une clé usb, me fait une petite bénédiction avant mon départ, comme l’aurait fait ma maman. Je me dit que j’ai de la chance quand même. Je fais tourner dans ma tête le poème d’Aragon « Nous sommes fait pour être libre, nous sommes fait pour être heureux ».

Dans l’avion, je fais coucou aux sommets de l’Himalaya, mange à Dubai chez Paul avec un français avec qui on parle de la politique en France ce qui a le don de me déprimer. Je passe au dessus du Nord de l’Iran que j’ai tellement aimé et du Mont Arat, splendide et enneigé puis finalement arrive en France. En 15h, je parcours ce que j’ai fait en 15 mois et je retrouve mon pote John, qui m’a accompagné les 20 premiers km de périple et Adé avec du vin et du fromage ! Après une heure de route, me voilà arrivée à la maison, à Lumbin.

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Sur la route de Lumbini

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Dhangadhi

Hé oui, qui l’eut cru que je me tiendrais à cette idée d’aller jusqu’à Lumbini. De Lumbin à Lumbini, tout ça pour un jeu de mot. En anglais, c’est mieux : Lumbin, Lumbini, cycling for a joke. Tout ça se rapproche quand je pars de Dhangadhi avec mon vélo. 350 km de plaine plate me sépare du lieu de naissance de Bouddha. Y a plus qu’à !

Il est tout de même utile de préciser qu’à cette période je suis « sous perfusion » émotionnellement et physiquement. J’ai failli rentré pleurer dans les jupons de Maman fin septembre après une déception sentimentale. Finalement, je retrouve un peu d’énergie et me dit que c’est quand même bien d’aller au bout. C’est comme ça que je me retrouve dans la famille de Parbati. A un de mes passages à Dhangadhi, je téléphone à ma maman et sens que chaque jour est plus difficile et que l’inquiétude devient intenable. Même si j’ai des efforts pour donner des nouvelles régulièrement, ça doit être particulièrement stressant, angoissant de savoir sa fille toute seule, en vélo de l’autre coté de la planète. Je décide donc de rentrer un peu en express par rapport à ce que j’avais prévu. Sur le moment, je n’avais pas l’impression d’être au bout du rouleau mais dans mes notes, je n’arrête pas de dire que je suis fatiguée et que je perd patience avec les gens.

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Petite photo de départ à 7h. Le monsieur qui passe en vélo a l’air aussi désagréable que moi !

Mais venons en aux faits. Je quitte Dhangadhi et mon hôtel aux lézards asiatiques. On sent que les autorités essaient de développer le tourisme. C’est aussi ce que j’ai lu dans mon petit livre de rédaction en anglais pour les népalais. « Le Népal a des attraits touristiques incroyables : les plus hautes montagnes du monde, une faune et une flore extrêmement riche, la culture passionnante. Mais les hôtels aux « standards occidentaux » manquent ». J’ai l’impression que l’hôtel dans lequel je suis aspire à être aux standards occidentaux. Les chambres sont pas mal. Mais ça me fait trop marrer à chaque fois que je descends les gars de l’accueil sursautent, enlèvent en vitesse les pieds de la table et arrêtent de geeker sur leur téléphone dans la précipitation. Sur la route, je croise un monsieur qui est chairman dans une clinique. Il me fait son CV, me dit que son fils vit en Australie. Il est gentil mais je sens que je suis « l’occidentale ». Il m’énerve plus tard quand il m’envoie des mails en m’appelant princesse. Je retourne ensuite voir le gars de Buddha airlines, une agence de voyage népalaise qui s’occupe de vols internes. Le gars de l’accueil a eu la gentillesse de me prêter son internet la veille. Je lui amène une petite carte postale le matin pour le remercier.

Je m’élance ensuite sur la grand route. Après 15km, je m’arrête prendre le petit dej. Là, je vois un gars avec une sacoche de guidon de vélo. C’est Thomas un cycliste allemand d’une quarantaine d’années qui en fait 30. Je m’assois direct à sa table et on discute. Il voyage depuis 2 ans. Il revient d’une pause de 5 mois en Allemagne où il est rentré dans sa famille pour aider à la ferme. Ses histoires me font penser à celle de ma ferme à moi en France. Il a suivit la route de la soie et on a 5 amis en commun sur facebook dont la fantastique Farah. Je me rends compte que j’ai de la chance d’être une fille. Farah m’a raconté toute sa vie sentimentale, ce qu’elle ne pouvait pas se permettre avec un homme. C’est précieux de récolter les histoires de cœur ! Un des grands avantages d’être une femme est de ne pas se faire traiter de tapette quand on parle d’amour. Avec Tom, on se raconte nos histoires de cyclistes.

Le matin, on ne part pas ensemble mais on se dit qu’on se retrouvera peut être au lac de Goda Godi. Cette route, c’est l’autoroute des vacances des cyclistes. On va presque tous jusqu’à Katmandou avant de faire du trekking. Moi qui n’aime pas faire comme tout le monde, c’est rapé ! Comme on l’imaginait, à Godha Godhi, je retrouve Tom. La pédalade est agréable mais assez rapidement dans la journée, il fait chaud et humide. Je n’arrête pas de transpirer des mains. Hummm, c’est glamour ! Je fais 5 km avec Git, un gars qui va à son travail en vélo à 15km de chez lui. Je trouve ça très beau comme démarche écologique (mdr, xptdr !). Il travaille dans un magasin de téléphonie mobile.

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Les arbres de Godha Godhi

Arrivée au lac, je me pose en terrasse d’un bouiboui pour boire un thé et manger un chownmi. Comme prévu, Tom arrive. On va voyager ensemble pendant les 5 prochains jours, presque jusqu’à Lumbini. C’est agréable parce Tom connaît pleins de trucs sur la nature, la faune et la flore. Pendant presque 20 ans, il a été bénévole dans le milieu de l’environnement en Bavière, là d’où il vient. Comme travail, il faisait du secrétariat dans une usine. Il connaît plein de techniques d’affût qui vont nous servir. Pendant les cinq jours on va traverser deux réserves naturelles et de forêts magnifiques. Mon extase devant la puissance de la nature dans la jungle continue. Avec la chaleur, l’humidité de l’atmosphère, tout est apaisée, ralenti.

Nos journées se déroulent souvent de la même manière : on essaie de se lever tôt le matin pour pédaler à la fraîche. Je me lève plus tôt vers 5h pour faire de la méditation parce que j’ai comme ambition suprême de faire une heure de méditation tous les matins et tous les soirs pendant un an. Vers midi, on s’arrête faire une grosse pause jusqu’à 16h. On repédale un peu le soir avant de trouver un hôtel vers 18h. Le soir, on va souvent faire des petites promenades dans les lieux magnifiques qu’on traverse.

Comme je le disais, je perds souvent patience et je fais quelques belles sorties avec les locaux. Une des meilleures est celle là. Un gars me dit encore une fois que la France, c’est le paradis parce qu’il y a de l’argent. Je lui dit que tout le monde rêve d’autre chose et que les français qui ont de l’argent savent que ce n’est pas l’essentiel et rêvent du Népal. Une fois aussi, dans un magasin veut me prendre en photo, je lui demande de ne pas le faire. Il commence ensuite à me filmer. Ça m’énerve et je lui dit. Je me perds ensuite dans d’interminables et confuses explications du pourquoi ça m’énerve absolument inutiles.

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Petite statue croisée sur la route

Avec Tom, comme tous les voyageurs, on adore se raconter nos histoires. Il en a des pas mal. Parmi celles qui me reviennent, celle de la danseuse du ventre chinoise en Cappadoce qui passait toute la journée enfermée dans sa chambre d’hôtel pour ne pas prendre le soleil et rester bien blanche. Elle ne sortait qu’au coucher de soleil pour prendre des photos. Il y a aussi la fois où Tom s’est fait caillassé par un gamin au Kirghizstan, ce qui est assez commun pour les cyclistes. Au lieu de tracer et d’éviter les cailloux, il a posé son vélo et a coursé le gamin jusque dans sa yourte pour l’engueuler devant ses parents. Il lui est aussi arriver une fois de gifler un gamin qui n’arrêtait pas de lui demander de l’argent. Tout cela est absolument immoral. Pourtant, c’est le genre de truc qu’on se met à faire en voyage quand on a trop de pression de l’extérieur. Il faut aussi dire qu’en voyage, on rencontre des gens merveilleux, mais aussi des gros cons. Peut être dans les mêmes proportions et les mêmes amplitudes.

Un autre truc qui m’est impressionne est son interrogatoire à la sortie d’Iran. Il est resté 4 mois et demi dans pays et passé pas mal de temps au Kurdistan. Il a rencontré plusieurs activistes opposés au gouvernement. A son arrivée à la frontière, après Mashad, il était avec un autre cycliste. On les a gardé quelques heures au poste puis on leur a dit qu’il devait retourner à Mashad pour récupérer quelque chose. Tom ne savait pas si ça venait de lui ou de son pote cycliste. Arrivé à Mashad, il a eut un interrogatoire d’une journée. On lui demandait de donner tous les noms des gens qui l’ont hébergé. Il a tenu et n’a pas donné les contacts de ses amis même si les militaires ont pris son portable, son ordinateur qui contenait tous les contacts. Il dit que les gens qu’il a rencontré . Il a ensuite pu passer la frontière pour le Turkmenistan. Je savais déjà que les services secrets iraniens étaient très puissants. J’en ai maintenant une preuve concrète.

Avec Tom, la relation est un peu bizarre. Dès le début, on se raconte nos histoires de cœur. Il a une « girl friend » française. Les guillemets, c’est ceux qui l’a fait avec ses doigts pour dire que la relation avec une GF est un peu particulière quand on est en voyage pendant longtemps. Elle vient de Grenoble et habite à Toulouse. Je crois que physiquement et au niveau du caractère, je lui ressemble un peu. Encore que je ne pense pas qu’on puisse dire que dans cette période, je sois dans mon caractère normal. Je fais souvent la gueule. Quand Tom me demande de sourire pour la photo, je lui réponds que j’ai souris pendant 28 ans et que ça suffit. Bon quand je dis « j’en ai rien a foutre, je fais ce que je veux », ça c’est plutôt habituel. Pour en revenir à Tom, je crois qu’il fait un petit transfert d’affection entre deux françaises. Je suis dans une période un peu particulière. Je ne supporte pas les relations un peu bancales et du coup, je ne suis pas toujours très tendre. Tom est très bavard et j’ai vraiment besoin de silence. A la fin, ça m’arrive de lui demander d’arrêter de parler (j’ai un peu honte d’avoir été aussi rude mais bon). Je continue à me faire la blague intérieure que je paie ma dette après souvent enseveli les autres sous mes avalanches de paroles.

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Avé Tom, on croiseu un groupeu de cyclo touristeu népalais

Comme je le disais avant, le truc trop bien avec Tom, c’est les moments où on observe la nature. Il connaît tellement de choses, c’est hallucinant. Il sait observer les plantes, les animaux. Il connaît moins bien les espèces de cette partie du monde mais ces moments sont un grand plaisir. Au tout début, j’ai fait ma maline en décrivant les techniques pour échapper à un tigre ou a un éléphant et Tom m’a dit plus tard qu’il m’a laissé parlé mais qu’il sait ça depuis longtemps. Un des mieux, c’est la fois où on a remonter le lit d’une rivière de l’immense parc de Bardia. On voit partout des traces des éléphants sauvages.

14680745_10154582859298851_9064619155015075356_nComme à leur habitude, ils défoncent tout, tracent tout droit en perpendiculaire au lit de la rivière et ressortent de l’autre coté. On voit presque la vitesse dans leurs traces. Quand on arrive dans un tournant, on ralenti et on se fait encore plus discret pour peut être surprendre un animal. Tom guette aussi les traces, et on en voit une de très gros chat. Peut être un tigre… Il y en a 52 dans le parc et ça me fait plaisir de penser que s’en est sûrement un. Sachant que les tigres sont très discrets, j’imagine toujours un couple de tigre qui observe notre duo de touristes à la fois émerveillé et aveugle. Ils font des commentaires sur la qualité des touristes cette année.

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Hé même une fois, et bah on a vu des crocrodiles !

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Bon je vous parle des animaux, mais moi qui suit très « arbres » (ma sœur me disait une fois au retour d’un voyage en Angleterre « t’es photos, elles sont trop chiantes, il n’y a que des nuages et des arbres »), j’en ai pour mon pesant de cacahuètes. Je ne sais même pas si c’est des lianes au dessus de la racine ou le tronc qui fait des siennes, il y a des supers formes. Bien sûr, je ne parle pas des singes qui sautent d’arbres en arbres, c’est tellement commun : ) Cette période est marrante parce que je suis à la fin de mon voyage, mes yeux manquent de fraîcheur et j’ai perdu de mon émerveillement. C’est tout le contraire pour Tom qui revient de la maison et qui est frais comme un gardon. Il me donne un peu de son enthousiasme. Il est aussi plus bienveillant avec les gens. Quand je m’énerve parce que les gens veulent toujours me vendre les trucs les plus chers sans me dire les moins cher, Tom dit que c’est parce que les népalais veulent pour les étrangers ce qu’il y a de meilleur.

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On fait des journées de pédalade assez tranquille, on mange dans des bouibouis (une fois, on mange du poisson frais de la rivière, et ça c’est bien, hein!). Le soir, on trouve des hôtels plus ou moins rustiques. J’ai pris l’habitude de faire le ménage dans la douche toilettes quand c’est trop sale juste pour être détendue le temps de ma douche. Je me souviens d’une douche toilette qui consistait à un trou pour les toilettes, un robinet et un saut pour la douche. Il y avait des sortes de graviers ou du sable par terre. J’ai tout enlevé avant de prendre une petit douchette en mode coucouning (c’est ironique hein!). Tom veut aller faire le tour des anapurnas. A la fin de la route, il fait des détours pour continuer à voyager avec moi. Ça ne me pose pas de soucis, jusqu’au dernier jour où il me demande de venir avec moi à Lumbini. Je lui dit que je préfère y aller toute seule. Je culpabilise un peu de lui dire ça mais c’est important pour moi d’arriver toute seule là bas.

Je ne regrette pas mon choix. La dernière journée de pédalade est vraiment forte en émotion. Comme je vous l’ai déjà dit, le changement est flagrant à chaque fois que j’arrête de voyager avec quelqu’un. On est beaucoup plus sensible aux éléments extérieurs quand on est seul. Toute l’énergie qu’on met dans la « relation » discuter, regarder la personne, se tourne vers l’environnement.

Ce que j’avais penser comme un rêve, comme un projet fou que je ne réaliserais peut-être pas se déroule cette journée, enfin l’aboutissement.

Pour ne pas déroger à mes règles, je commence la journée en prenant la mauvaise route. Comme d’habitude, ça a du bon et me permet de prendre un raccourci par les terres sans voiture. L’ambiance est un peu particulière. Je sais qu’un française d’une trentaine d’années a disparu deux mois plus tôt dans cette région alors qu’elle faisait du woofing, que la population est très pauvre, que Lumbini, est un centre d’attraction du tourisme religieux. Que les locaux ne profitent pas vraiment du tourisme et que la différence de richesse créer de la frustration. C’est avec ces informations que j’arrive aux alentours de Lumbini. C’est le début de la grande plaine du gange, une zone de production céréalière. Une fois de plus, la lumière est magnifique, blanche, le ciel rendu opaque par l’humidité. Je traverse plusieurs villages qui me semblent habités par des intouchables. Les maisons sont petites et en terre, plus vétustes que jamais. Les habitants ont des airs sombres et j’ai l’impression qu’il ne faut pas que je reste là trop longtemps. Est-ce que c’est mes lectures qui me donnent des idées ou est ce bien la théorie que je commence à développer : avant qu’il arrive un truc pas cool, on a en général des indices qui les laissent présager. Ça peut être un regard mauvais ou une remarque déplacé qui signifie qu’il ne faut pas rester là. J’ai l’impression que le voyageur devient avec le temps de plus en plus sensible à ses « signaux ». J’en profite pour vous raconter le point de vue de Kiyan sur l’instinct. Il pense que nos sens accumulent des informations inconsciemment (un regard, une odeur, quelque chose qu’on a lu ou qu’on nous a dit mais qu’on a oublié). Notre esprit tire consciemment une conclusion des ses différentes informations qui nous semble venue de nulle part ou d’un 6ème sens.

Pour en revenir à ma situation, les regards noirs des habitants qui ne doivent pas souvent voir de touristes sur leur route pour piétons et vélo ne me donne pas vraiment envie de rester plus longtemps. Je m’arrête quand-même une demi-heure dans une petite tea stale en bois avec un toit en branche. Les buveurs de thé ont des gueules patibulaires mais le tenancier de la guinguette a une bonne tête. Il parle bien anglais. Il est originaire de la montagne, mais il a travaillé comme cuisinier un an en Irak dans les bases américaines et dix ans Arabie Saoudite. Il me demande comment je trouve son pays. Je lui dit que le Népal restera définitivement dans mon cœur même si ce n’est pas toujours facile de sentir vue comme un dollar sur pâte ou une fille facile. Un peu plus loin, je m’arrête dans un temple hindous où je reçois une bénédiction et donne de l’argent au baba qui m’en demande. Vers midi, je rejoins la grand route. J’achète des gâteaux pour offrir aux gens pour fêter ma bientôt arrivée à Lumbini. Je fais un petit attroupement et commence à donner des petits gâteaux mais un jeune népalais avec une belle gueule me dit que non. Je comprends ce qu’il ne veut pas. Je continue ma route jusqu’à la grande ville. J’achète des cadeaux et souvenirs. Comme ce n’est pas très touristique, je sais qu’on essaiera moins de m’entuber qu’à Lumbini. Je laisse passer un peu chaleur en faisant du shopping et en mangeant. Sur les derniers 20 km, je me fais une petite pause derrière un temple. Je m’allonge et c’est divin. Au bout d’un moment, à force d’odeurs nauséabondes, je me rends compte que cette prairie abritée par les arbres est aussi un coin à caca. Mais bon, je suis installée, les sources d’odeurs pestilentielles sont loin. Je reste là. Une petite fille trop mignonne vient me voir quatre fois de suite. Elle parle et je ne sais pas si elle demande de l’argent au début puis après je suis sûre que non. On se regarde dans le blanc des yeux. Elle est intriguée et timide. Elle regarde mes petites icônes et je lui en donne une. Elle veut me donner 5 roupies que je refuse. On discute et se fait deux trois blagues. Elle regarde mes bras blancs avec attention et étonnement. A la fin, elle revient avec ses deux petits frères. Le plus petit qui a la morve au nez imite le chat pour attirer mon attention. On rigole bien. La pédalade est ensuite agréable. J’en ai plein le cul mais j’essaie d’être stoïque. La lumière est magnifique. Il y a des petits villages partout, des écoles financées par les coréens. Entourée par les champs, je vois le panneau « Lumbini, 3km ».

Je commence à voir d’immense rectangle de forêt. Parmi les arbres, un temple bouddhiste et plus loin, une pagode. Pendant ses derniers kilomètres de pédalade, je ressens une plénitude rare, une grande joie. Pour exprimer ce bonheur, à mon arrivée dans le parc je chante du J-Lo sur mon vélo sous les yeux éberlués de touristes thaïlandaises. Je ne sais pas comment c’est organisé alors je vais voir l’hôtel des pèlerins sri lankais. J’offre des petits gâteaux à tout le staff de l’hôtel. Ils sont très gentils mais c’est un peu trop chéros pour moi. Le site est énorme (cmb comme le dirait élégamment Clément) et il faut un plan pour se retrouver dans cette immensité. « ça me rappelle tout à fait le mondial du bœuf à Lutèce » Mission Cléopatre. Moi je suis contente, mais je ne comprends rien. Je continue à visiter des hôtels très bouddhistes, très méditatifs et très chers. Je fais un détour par un autre village en cherchant Lumbini. Des enfants me font des barrages sur la route en demandant des chocolats. J’ai fait la même chose quand j’étais petite (sans demander de chocolats mais en demandant le mot de passe) mais au bout de la troisième fois qu’ils me bloquent et me courent après, je me dis quand même que c’est des sales gosses.

Finalement, j’arrive au village de Lumbini, heureusement par le fond du village comme je viens d’une petite route de campagne (une fois de plus, je me suis trompée). Au début, c’est un village normal puis les hôtels, se rapprochent de plus en plus les uns des autres jusqu’à se coller pour n’être séparés que par des agences de voyages. Je repère un petit bouiboui qui me plaît. C’est une petite maison tout en pisé. La dame est gentille et elle m’indique l’hôtel de son frère. Je mange puis m’y rend. En bordure du village, il y a un champs d’hôtel. Des gros cubes en construction se succèdent. Ça manque franchement de charme mais ça correspond aux « standards occidentaux ». Il y a des toilettes comme chez nous, internet, pas de lézards,… Je ne fais suis lessivée et je me contente de ça. Le soir, je ne fais pas de vieux os, je me sens un peu seule et toute vide. Sur la route à mon arrivée, j’ai vu un panneau « school for desherited child ». J’ai en tête de donner mon vélo.

Vous avez déjà vu Mahandranagar

De retour à Mahendranagar, j’arrive en bus à la station juste à la frontière. Là je me fais alpaguer par de nombreux chauffeurs de taxi et propriétaire d’hôtel. Comme je suis d’une patience bouddhiste à cette époque, je les envoie tous bouler. Padam vient me chercher et me revoilà « à la maison ». Enfin, à une première maison. La date de mon retour en France est presque fixée. C’est dans moins d’un mois.

Je vais rester de nouveau presque 10 jours dans cette famille. Le premier souvenir qui me reste en tête, c’est la quiétude de cet endroit, la lumière blanche et d’avoir Aryn dans les bras. Aryn, c’est un petit ange. Il a seulement un an mais déjà il fait du bien autour de lui. Il est toujours souriant, il pleure très peu. On sait que c’est un cadeau de passer du temps avec lui et que c’est de loin la plus agréable des tâches que de devoir le garder.

Maquillage d’Aryn pour la photo

Au fur et à mesure de ses 10 jours, on va apprendre à mieux se connaître. 10 jours n’est pas de trop. Parbati m’impressionne beaucoup. C’est une mère nourricière de l’humanité, une déesse de la fertilité. Elle est bonne et généreuse avec tout le monde. Elle a un sacré caractère et sait se mettre en colère quand il le faut. Elle déborde d’amour et de patience avec les enfants.Ses mains démesurément larges et abîmées montre qu’elle n’arrête jamais de travailler. Quand je la voyais, je voyais son sourire et la lumière qui se dégage d’elle mais sur les photos, je vois maintenant la fatigue de ses yeux plissés. Pendant ses 10 jours, je ne verrai pas son mari qui picole sec. Il reste avec son fils aîné à la maison de Puni à une trentaine de kilomètres de Mahendranagar. C’est Parbati qui fait tourner la maison, c’est une force de la nature.

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Photo de famille : Padam, Avisha avec dans les bras Aryn, Parbati qui porte Dalou et Coucour

Harina a un tempérament différent. Du haut de ses 25 ans, je l’ai une fois vu appeler sa maman dès que Parbati était partie. Je crois que sa famille lui manque et que ce type de vie est un peu dur pour elle. Ses longs cheveux coiffés en tresse tombent jusqu’à ses reins et elle se poudre souvent le visage en blanc. C’est une belle femme, un peu en rondeur. Parbati attend avec impatience son mari qui est soldat pour l’ONU au Soudan. Ça doit quand même pas être facile de se marier pour vivre dans sa belle famille sans voir son mari.

Parmi les membres de la famille, il y a la petite Dalou de deux ans qui se fight avec tous les autres enfants, qui ne fait ce qu’on lui demande et qui lève la main d’un air menaçant quand elle n’est pas contente (ce qui arrive souvent). Elle dit régulièrement avec des airs énervés « cacaï » un mot qui n’existe que dans sa langue et qui doit être une insulte.  Je vous avais raconté qu’un fois, je l’ai trouvé en appelant son papa par la fenêtre. Ma théorie de psychologie de comptoir est que c’est elle qui exprime la tristesse de toute la famille de l’absence de Basant (son papa).

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Séance photo avec Ambadour et son copain

Pendant ses 10 jours, je vais presque tout le temps rester avec Harina et Parbati à la maison. Au début, Padam me propose d’aller à quelques drinking party, mais je n’en ai pas trop le goût. Et puis, ça ne se fait pas pour une fille là bas. Je sais que je dois être patiente pour pouvoir aider. Au fur et à mesure, je vais pouvoir en faire de plus en plus. En attendant sagement à chaque fois les directives de Parbati. Pendant tout mon voyage, je me suis souvent retrouver dans les cuisines avec les femmes. Il y a un équilibre subtile à trouver entre insister un peu pour aider aux tâches ménagères (quand on est hébergé pendant si longtemps, on ne peut pas ne rien faire) et respecter le « droit d’hôte ». Par chez nous, le lendemain de l’arrivée chez quelqu’un, on peut faire à manger, le ménage … Dans « les pays de grande hospitalité » comme la Turquie, l’Iran ou le Népal, c’est beaucoup plus difficile. Parbati avait une ligne de ce qu’elle pouvait me laisser faire. Surveiller les légumes sur le feu, oui ; mais faire la vaisselle, non. Pour Harina, c’était moins clair. Parfois, elle me disait « heu no. Hummmmm yes, heu no ! ». Je sentais en elle le débat intérieur entre ce qu’elle m’aurait bien laisser faire et ce que Parbati ne voulait pas que je fasse parce que c’était son rôle.

Les familles népalaises sont hiérarchisées. La belle fille appelle sa belle-mère mère. Elle lui doit lui plus grand respect. A la fin de mon séjour, je mangeais avec Harina et Parbati et quand Padam était là, on mangeaient ensemble dehors et Harina mangeait seule dans la cuisine. Je vais aussi vous apprendre une autre règle de la vie des femmes népalaises. Une femme mariée peut être naturelle avec ses beaux frères plus âgés que son mari. Avec ses beaux frères plus jeunes, elle doit rester réservée, ne pas faire de blagues, de pas rire, ne pas le regarder dans les yeux.

C’est la période de Dashaïn et le famille arrive au fur et à mesure. La cousine Angela de 11 ans. C’est une jolie presque jeune fille longiligne ouverte. Elle porte un collier qui sert le cou en plastique qui fait des rond. Exactement celui que je portais à 12 ans, vive la mondialisation. Padam habite chez le père d’Angela quand il est à Katmandou. Je mets toujours beaucoup de temps à comprendre qui est qui tellement la famille est grande et comme on dit frère pour cousin. Avisha et Coucour sont les petits enfants de Parbati de Puni. Quand il arrivent à la maison, ils baisent la main de leur grand-mère, enfin, en théorie. Coucour se dandine et court (huhu !) pour éviter cette preuve de respect pour les anciens. Coucour, ce n’est pas le nom de l’affreux gamin. Ça veut dire chien en népalais. C’est une insulte en népalais plutôt gentille quand on s’adresse à un petit garçon qui fait des bêtises mais as très recommandée quand on a un accident de voiture. Ils font toute une bande de cousin qui s’amuse. Rien de nouveau sous le soleil, les vacances entre cousin à battre la campagne, c’est quand même pas mal, en France comme au Népal.

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Une voisine, toute belle pour Dashaïn

Comme je vous le disais, au cours de cette période, j’ai le droit de faire de plus en plus de choses. Cuisiner les légumes, garder les gamins. D’ailleurs le deuxième jour de mon deuxième séjour, Harina va chez le médecin avec Aryn et Parabati va couper le riz. Je dois garder un œil sur Dalou. J’avoue que je redoute un peu parce que Dalou est particulièrement sauvage et que moi, les enfants … bah, voilà quoi. J’m’y connaît pas trop. Finalement tous les gamins de 11 ans restent avec moi. Grâce à eux ça se passe super bien. C’est eux qui m’apprennent des principes d’éducation.

Séance photo avec Ambadour et sa soeur, ça distrait Dalou qui en oublie de pleurer

De manière générale, je fais des cours de pouponnage. Tout le monde est gaga devant les bébés. A partir de 8 ans, on trimballe son petit frère ou sa petite sœur de 2 ans partout avec soi. Les mamans qui restent à la maison ont du temps pour s’occuper des enfants. Je prends exemple. Les bébés n’ont pas de couches et Aryn me fait plusieurs fois pipi dessus à mon plus grand bonheur. A la fin c’est la blague et on appelle ça « Aryn gift ». (J’avoue, hors de son contexte, cette blague n’est pas très drôle). J’observe avec attention toutes les techniques déployées par Parbati pour calmer Dalou.

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Autrement, trois fois au total, j’ai le droit de couper le riz. La première fois, ça dure un quart d’heure et ensuite je suis renvoyée à la maison parce que les voisins passent et ça les fait rire. La deuxième fois, c’est à peu près la même durée. Mais la troisième fois. J’ai le droit de travailler pendant une heure avec Harina, Parabati et Avisha. Franchement, elles ont trop le geste et vont super vite. J’essaie de prendre exemple. Au début Parabati ne voulait pas que je le fasse pour ne pas que je me coupe. Au bout d’une heure de travail, ça n’a pas loupé, je me suis faite une petite entaille mais, comme une gamine, je ne voulais pas le dire à Parabati parce qu’elle m’avait prévenu. Pour couper le riz, on utilise une serpette de druide, on attrape le pied du riz (qui n’est pas inondé). On le laisse ensuite séché au soleil. Une fois qu’il est sec, les femmes le tape par terre pour faire sortir les graines. Je me souviens encore d’un soir où Parbati a tapé le riz sur le toit jusqu’à minuit et qu’elle s’est levé à 5h le lendemain. Quand on ne se sert pas des serpettes, on les plantent dans un arbre pour éviter que les enfants ne jouent pas avec. On récolte les lentilles aussi qui poussent entre les champs de riz. Elles amènent les plans dans le jardin qui est en fait l’endroit où on vit. On pose des gros sacs par terre et on enlève les cosses qu’on fait ensuite sécher au soleil. Les lentilles sortent toutes seules et on récupère les lentilles.

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Une voisine venue rendre visite

Donc, pour mon deuxième séjour, je suis restée du 3 au 12 octobre. Le 12 c’était Dashaïn, mais surtout le 8 octobre, c’était mon anniversaire. Le matin, je suis allée faire des courses avec Padam. Je me suis bien marrée parce qu’une fois on a parlé des hommes politiques « qui ne connaissent pas le prix d’un kilo de riz » selon Padam. Quand je demande à Padam les prix pour ne pas me faire arnaquer, il me dit qu’il ne les connaît pas parce qu’il ne fait jamais les courses. Tu rends compte ! Un gars de 25 ans qui vit à Katmandou et qui travaille ! On achète des légumes, du mouton et surtout un beau gâteau à la crème comme j’en ai jamais acheté en France mais je savais que ça ferait plaisir à tout le monde ici. Le midi, Harina me propose de cuisiner la viande au massala et je m’occupe de cuisiner les légumes. Les enfants me regardent cuisiner et poussent des cris horrifiés quand je mets les oignons et l’ail en premier. Je leur dit « french style ». Après, ils répètent à leur copains et leur racontent « french style » pour la cuisson des légumes. On fait un bon repas de midi avec un copain de Padam lui aussi revenu pour les vacances. Il travaille à Darcula, au dessus de Mahendranagar dans la montagne pour les renseignements népalais. C’est un gars intelligent qui se pose pleins de questions sur son pays et essaie de le faire évoluer. Il a fait de la méditation Vipassana et me conseille « l’autobiographie d’un yogi » que je n’ai pas du tout envie de lire.

La vrai fête d’anniversaire, c’est le soir. Tout le monde se fait beau. On m’installe dans la chambre avec une petite table. Dessus, le gâteau, l’épice rouge, le tikka, mélangé au riz et des fleurs. Ceux qui sont là en premier, c’est les enfants qui me chantent « happy birthday to you » en anglais avec leurs petites voix. C’est tellement mignon. Avisha m’offre un dessin avec des fleurs ; Harina, un petit bracelet rouge. Le rituel est le suivant : les gens viennent en face de moi, me donne un cadeau, de l’argent ou une fleur (elles ont été mises là pour ceux qui n’ont pas de cadeaux). Ils me mettent du tikka sur le front et je leur donne une part de gâteau. Pour les plus âgés, ils me font manger une cuillère de gâteau à la béquée. L’ambiance est effervescente, les petits trop excités, on est obligé de les calmer.

Au final, une vingtaine de personnes que je connais passent. Des voisins, membres de la famille de Parbati, les petits gamins. Je suis tellement touchée.

14705605_10154568594858851_7265027748414812335_nMême une dame de la caste des intouchables me donne 5 roupies, ce qui n’est pas grand-chose, mais le geste me touche tellement. De manière générale, je suis très émue par ces fleurs, ces chants d’enfants et ces délicates attentions. Le grand absent, c’était Padam qui m’a dit qu’il n’était « pas capable d’être là », comme il me l’a dit le lendemain parce qu’il était à une fête. Il est rentré très bourré et a dû laver la moto de son copain avec laquelle il avait fait une chute. Le revoir amorphe en comatant le lendemain m’a fait comprendre pourquoi j’énervais autant ma maman les lendemains de cuite au lycée. Je ne peux pas m’empêcher de craindre qu’il devienne « comme son père » alors que ce n’est pas du tout mes oignons. C’est moi qui coupe le gâteau et au début, je fais des part beaucoup trop grosses. Enfin, je fais des parts comme chez nous. Ici les sucreries se mangent avec parcimonie. Ou du moins pour la génération de Parbati (Coucour et Avisha, les petits enfants ramènent des chips et des chocolats). J’apprends donc à couper des parts plus petites et à « partager le gros gâteau ». On garde la moitié du gâteau pour plus tard et un quart ira à la famille à Puni. Je suis épatée par un tel sens du partage.

Le sujet du partage et surtout celui de l’argent vont me tarauder pendant cette période. Les gens me posent beaucoup de questions sur l’argent, ce qu’on gagne en France, ils évaluent le prix de mon vélo et me demandent combien à coûter le gâteau. Ils ont aussi tendance à dire que la France est merveilleuse parce qu’il y a de l’argent et ça a tendance à m’énerver. Je réalise deux choses : que les gens ont une vision biaisée de la France (qu’ils confondent un peu avec les Etats-Unis). A la fin de mon séjour, quand les gens me demande le salaire en France, je leur donne d’abord le prix d’une baguette de pain en roupie, un loyer en roupie puis le salaire pour qu’ils se rendent compte. La deuxième chose dont je me rends compte, c’est que ça me fait mal au cul de dire que je suis riche. D’abord parce que je ne suis pas si riche que ça par rapport aux autres français. Mais quand on regarde ma situation, je suis quand même plutôt riche. Dans certains milieux bobos, on aime pas dire qu’on est riche. On joue au pauvre alors que ce n’est pas vrai. Bref, ça ne fait pas de mal de réfléchir un peu à mon rapport à l’argent dans un endroit où les gens disent clairement qu’ils veulent plus d’argent. Les népalais ne sont pas bêtes. Ils se rendent bien compte que leur monnaie est complètement dévaluée au niveau international et ils ont les boules parce qu’ils trouvent ça injuste.

Ça créé des situations bizarres dans les relations humaines. Comme je vous l’ai dit dans le post dernier pour Padam, il a tâté le terrain pour le coup du mariage pour visa et a vite renoncé. Au moment où je suis revenue, je crois qu’ils ne comprenaient pas trop quelles étaient mes intentions et ne pouvaient pas imaginer que je revienne « juste » pour les voir. Peut-être deux jours après mon retour, avec ces quelques mots d’anglais Parbati m’a demandé si je voulais me marier avec Padam. Je lui ai expliqué que non, un peu comme je pouvais. La stupéfaction de Parbati de savoir que quelqu’un pouvait ne pas être amoureux de son fils tellement parfait, beau, intelligent. Il fait un bon travail, il gagne de l’argent. Ça m’a rappelé ma maman quand je lui ai dit qu’un gars n’était pas amoureux de moi et qu’elle en a tout de suite déduit qu’il était gay ou qu’il en aimait une autre. Après cette discussion, Parbati ne me laisse pas décortiquer haricots avec elle. Elle passe une heure toute seule dans un coin, ne parle à personne et puis après, ça va mieux. C’est ce même jour que j’arrête aussi un petit jeu qui commence à me courir sur le haricot. A chaque fois que je m’entends bien avec un gamin, j’entends dire « après tu l’emmènes avec toi en France ». Après beaucoup de sourires gênés, je dis que non, je ne vais pas les emmener en France, que les familles népalaises sont déjà assez déchirées comme ça.

Entre temps j’avais été au courant de la vie sentimentale de Padam qui a une copine. Le problème c’est qu’elle vient d’une autre caste. J’apprends quelques jours plus tard, qu’en fait ils ne se sont jamais vus. Ils tchattent et s’appellent. C’est la sœur d’un copain de Padam. Elle est jolie, fait des études et veut aller à l’étranger. Padam me raconte qu’il n’a dit ça qu’à sa mère qui n’a rien dit. C’est amusant de voir comme cette relation est à la fois rebelle et très traditionnelle.

Continuons un peu à parler de Padam. Il a fait ses études à Delhi où s’est fait cette typique bande de pote qui sont là les uns pour les autres. Ils se font des petites virées. Après avoir vécu une vie de liberté à la capitale, il est de retour dans son village natale avec Maman. Il est tiraillé entre l’importance de prendre des responsabilités (donner de l’argent à sa famille, être là pour trimballer sur sa moto untel chez le médecin, à la pharmacie…) et puis l’envie de vivre sa vie comme un jeune homme du XXIème siècle, de manière un peu individualiste, sans le poids de la famille et de la tradition… Il me dit souvent qu’il envie mon mode de vie et toute cette liberté.

Il fait des drinking party avec ses copains, passe des journées entières à discuter au soleil avec son cousin et revient pour manger. Sa famille a tout miser sur lui pour qu’il réussisse : l’école en anglais, les études à Delhi. Maintenant, tout le monde a beaucoup d’attente par rapport à lui. Lui il oscille entre les deux. Ce qui est clair, c’est que Parbati ne veut pas que ses enfants vivent comme elle, et elle est prête à tout pour les faire changer de mode de vie.

Autre truc marrant : dans ce village, on coupe le riz à la main et on cuisine au feu de bois. Par contre, Padam et Harina ont des smartphones Samsung. Padam pour aller sur Facebook sur lequel il détient des records de popularités (150 likes pour un selfie pris dans le parc). Harina pour discuter sur Messenger avec son mari qui est au Soudan. Une ou de fois, elle me le passe au téléphone mais la conversation est difficile parce qu’il n’y a que « E » de connexion internet dans le village.

Ce petit passage dans la famille de Parbati me fait réfléchir sur le rapport à l’image et la mise en scène. Les enfants sont fascinés par les photos. Ils veulent toujours que je les prenne puis voir le résultat. Au début, ça me saoule mais au bout d’un moment, je me dit que c’est pas grand-chose à leur donner. La fascination pour les images est quelque chose que je retrouve pendant tout mon voyage. Mon modèle, mon idole, Nicolas Bouvier, déjà en 1955, a gagné sa vie au Japon en tant que photographe. J’accepte de mitrailler les gamins. C’est là que Parbati me dit, non, c’est pas bien. Il ne faut pas prendre les enfants sales, en groupe. Il faut nous prendre en photo propres, beaux et un par photo. C’est une vraie question et ça me renvoie à toute l’indélicatesse des touristes (moi inclus) qui prennent en photo des enfants sales et pauvres parce que c’est exotique. La photo est quelque chose de très délicat et je serai encore plus sensible après ça à l’image que l’on renvoie aux autres d’eux mêmes. Après ça, quand tout le monde se fait beau pour les grandes occasions, j’ai le droit de faire le photographe officiel. Les photos dans les maisons sont encore très formels, les gens y ont des poses très figées. Je me rends bien compte qu’on a pas les même critères pour une bonne photo. Pour Parbati, il faut être sérieux et poser sans expression alors que j’aime le naturel.

Pendant, cette période de vacances, je rencontre pleins de gens et apprends à mieux connaître ceux que je connaissais déjà. Il y a un pote de Padam qui veut aller en France. Le soir, il me taxe une clope et le lendemain, il m’invite à boire le thé en me disant qu’il adorerait se marier avec une française parce qu’elles sont très mignonnes. Moi aussi j’adore. Parmi les personnages marrants, il y a aussi une belle sœur de Parbati. C’est la femme du petit frère du mari de Parbati. Vous suivez ? C’est une belle femme qui dégage de la distinction. Elle passe régulièrement chez Parbati et à chaque fois me demande si je ne m’ennuie pas. Je lui réponds à chaque fois que non et en déduit que c’est elle qui s’ennuie. Son mari fait de la politique à Katmandou. Elle ne s’occupe pas des animaux et des champs de riz comme les autres femmes. Quand son mari revient de Katmandou, ils m’invitent chez eux à manger. C’est marrant parce qu’ils ne me laissent pas trop le choix. Le mari est militant pour la jeunesse dans je ne sais plus quel parti, le parti d’opposition je crois. Il est content de faire ça mais pas très payé pour ses activités. Le couple me raconte qu’ils se sont rencontrés au lycée et qu’ils ont fait un mariage d’amour. J’en profite pour parler un peu de politique au Népal. Ce pays où on se dit « les gens sont tellement gentils » a été secoué par une guerre civile qui a duré 10 ans de 1996 à 2006. 13 000 personnes sont mortes. En 2006, un accord de paix est signé avec la rébellion maoïste. En 2015, le gouvernement népalais a proposé une nouvelle constitution. La rédaction n’a pas été pas facile (article à lire) et la constitution est mal reçu par l’Inde (encore à lire). Le népalais n’ont pas suivis les directives de New Dehli et ont pris un peu d’indépendance par rapport à l’Inde en se ouvrant vers la Chine. En représailles, L’Inde a imposé un embargo sur le gaz et gasoil sur le Népal.

Mon quotidien est aussi marqué par les jeux avec les enfants avec qui je bénéficie de la plus grande popularité. Mes succès musicaux se poursuivent toujours sur les mêmes thèmes « Angela » de Saïan Supa Crew et « j’m’appelle Amonbofis » de Mission Cléopâtre. J’invente aussi un jeu, celui du tigre. Quand les gamins m’énervent je laisse monter et tout d’un coup, je me mets à les courser en rugissant. Si j’arrive à attraper Coucour qui est tout léger, le porte et le secoue comme un catcheur. Ça leur plaît beaucoup. Je fais ça deux trois fois et après je prends des airs de diva exténuée et leur dit que ça suffit pour aujourd’hui. Un jour Parbati part et je reste à la maison avec Harina et Avisha. C’est la bérézina. Une voisine vient vers 6h pour traire les vaches mais Harina n’est pas réveillée pour lui donner un récipient. Avisha, du haut de ses 12 ans est censée rester à la maison pour aider Harina mais elle lui répond effrontément et va jouer avec ses cousines. Les vaches s’échappent et vont manger le riz. On sent que Parbati n’est plus là …

Pendant cette période, je lis un petit livre de rédaction en anglais pour les petits népalais. C’est un bon moyen de comprendre la mentalité népalaise. Dans la description du Népal, les auteurs essaient à la fois de parler des réalités du pays et de ses difficultés (pauvreté, problèmes de santé, société très rurale,…) mais aussi de rendre les petits élèves fiers. C’est assez maniquéen mais c’est mignon. Je me rends compte que Parbati est la femme idéale de la société népalaise. « Elle doit être couchée la dernière, levée la première, toujours être là pour les autres ». Il y a aussi des trucs assez loin de la théorie du genre sur l’éducation des jeunes filles.

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Ce portrait n’a aucun rapport avec la narration, ni avec la choucroute

Quelques jours après mon départ, je me débrouille à dire à Parbati, que si je suis restée, c’était pour apprendre d’elle. Elle est tellement touchée. A la fin, j’ai clairement un statut de privilégiée auprès de Parbati avec qui je fume des cigarettes alors que les femmes ne sont pas sensées fumer. (En fait, elles le font souvent quand elles se retrouvent entre elles). Un des soirs de Dashaïn, je vais visiter la famille avec les enfants et Parbati alors qu’Harina reste à la maison avec Aryn. Je comprends que c’est grâce à la belle-sœur de Parbati que je suis rentrée dans la famille et que c’est elle, le premier jour, qui a envoyé son fils me dire de venir chez eux. Quelle histoire !

Après ses 10 jours dans la famille, je dois reprendre la route, mon avion est 10 jours plus tard à Katmandou. C’est mon deuxième départ de cette famille. On prend le petit déjeuner dans la cuisine avec Parbati et cette fois, c’est moi qui pleure. Je me dis que c’est pas grave si on ne se revoit pas, et qu’on restera liée par les souvenirs. C’est un peu dur toutes ses séparations.

Je fais ensuite mon départ avec tous les coucous de enfants, les bras secoués des mamans. C’est très émouvant. Padam m’amène en moto jusqu’à Puni où il me propose de rester manger. Je préfère partir tout de suite en bus. Je salue son père, son frère et sa belle-sœur qui m’offre des friandises et je file en bus. C’est le début de la fin.

Avez vous déjà vu… Mahendranagar ?

Comme je vous le disais, mon arrivée au Népal est plutôt sur les cimes des hauteurs même si je reste dans la plaine.

La frontière naturelle entre le Népal et l’Inde est un immense fleuve venus de l’Himalaya. Il impose franchement le respect et c’est pas pour rien que les rivières sont sacrées ici.

P1010236.JPG A l’immigration office, je rencontre deux français. On est partis et arrivés au même endroit. Sauf qu’on a pas mis exactement le même temps. Ils sont partis il y a 6 mois alors que je voyage depuis un an et deux mois. Moi qui me plaignait d’être la cycliste la plus lente que je connaisse. Heureusement que Kiyan m’a dit « You know better than everybody that it is not important » « tu sais mieux que n’importe qui que ce n’est pas important ». Enfin, on a tous une manière personnelle de voyager et j’ai cru comprendre que la mienne est plus contemplative, un peu moins sportive et laisse plus de place pour les rencontres. Par contre, ils ont raté deux des highlight (je suis prête à écrire le guide du routard de la route de la soie) de mon voyage l’Iran et la Tadjikistan. Ils sont passés par la Géorgie, l’Azerbaïdjan, puis toute la traversée du désert ouzbek (1500 km de platitude).

On mange ensemble, c’est sympa. Je continue ensuite ma route. C’est la route principale qui va de l’ouest à l’est du pays en passant au sud, en longeant les contreforts de l’Himalaya. Cette partie n’est pas tout comme j’imaginais le Népal. C’est tout plat, la jungle envahie tout et les gens sont hindous. Moi qui croyais trouver des montagnes peuplées de bouddhistes, c’est râpé. Sur cette route qui est tout de même un des axes principaux du pays, il y a du monde mais surtout des motos, en vélos et des piétons. Quelques voitures et des bus avec des chèvres sur le toit. Sur le bord de la route, les gens se reposent souvent près d’une fontaine sous un grand arbre et on peut acheter des samosas à la patate, des chongmi (nouilles sautées). Tout ça pour des prix imbattables : 10 roupies pour un samosa et 25 roupies pour une petite assiette de chongmi. 1 euros vaut 125 roupie népalais. Je vous laisse faire le compte. Sur la route, je me fais des petites pauses toutes les 2, 3 heures avec des repas fractionnés.

Enfin, je ne vais pas rester sur la route très longtemps. Le premier soir, je décide d’aller dormir dans un village le long de la rivière. J’ai repéré sur la carte de mon téléphone le recoin du village qui se rapproche le plus de la forêt. Je sors de la route principale pour rentrer sur les petites routes en terre entourées de champs de blé doré et de palmiers aux bananes encore vertes. C’est très rural mais il y a des gens partout qui se baladent à pied, en vélo, et les plus riches en moto. Certains habitent dans des maisons en bétons. D’autres dans des maisons faites par des armatures en bois recouvertes de boue séchée. Les gens me regardent avec des yeux tout ronds et me disent « non, non c’est pas là ». Ils me demandent où je vais et je leur leur réponds « vers la forêt ». Au bout d’un moment, deux petits garçons en vélo me proposent de m’accompagner à la forêt. J’ai pris des habitudes de traumatisée en Inde et j’hésite à leur faire confiance. Après, je me dis « putain, ils ont 14 ans ». Et ils font 11 ans parce qu’ils n’ont pas encore mué. Ils sont super mignons, m’accompagnent jusqu’à la rivière. Elle est large et peu profonde. Les vaches s’y font tremper pour se rafraîchir. Il fait chaud et humide et la lumière est blanche. L’herbe est rase. J’apprends que sur les presqu’îles de la rivière 10 000 vaches passent leurs journées avant de rentrer le soir à la maison.Regardez ça, si c’est pas la quiétude incarnée vidéo Assez rapidement, je me retrouve avec un attroupement de 20 personnes autour de moi. Il y a des femmes, des ados, des enfants. Une petite fille me regarde comme une extra terrestre et quand je lui fais coucou elle part se cacher derrière sa maman en pleurant. Au bout d’un moment, un jeune garçon de 17 ans est envoyé pour m’inviter à dormir chez eux. Il n’est pas très à l’aise. J’accepte. On va ensuite au temple. Mon amie népalaise m’a dit que je pouvais rester dormir dans les temples hindous. J’avoue que ça me tentait un peu comme je sortais de 20 jours de solitude. J’ai demandé si je pouvais rester au temple. Le petit gars de 17 ans qui traduisait me disait que je ne pouvais pas parce que j’étais chrétienne. J’essayais de rester tranquille même ça m’énerve. Je leur dit « only one god ». Ca a moins bien marché qu’avec les musulmans sachant qu’ils croient à une multitude de dieux. Ça commençait à être dur d’être le centre de l’attention comme ça. Je leur demande une heure de quiétude pour « prier » (bonne expression pour être tranquille) et je dis qu’après je vais chez la famille du gars de 17 ans.

Au bout de 20 minutes, les enfants viennent m’espionner. Je me lève et vais voir le groupe pour leur dire que je ne suis pas un singe et que je leur demande d’être un peu respectueux. Au bout d’une heure, on a encore des incompréhensions et je m’énerve. Padam, le cousin de Milan de gars de 17 ans arrive. Il parle bien anglais. C’est un beau gosse de première. Grand aux épaules larges avec le teint mat comme les indiens mais les yeux un peu bridés comme les asiatiques. L’interface entre l’Eurasie et le subcontinent indien fait de beaux mélanges. Il parle bien anglais et il est très calme. J’avoue que c’est plus facile pour moi d’être détendue. Du coup, je vais chez sa famille. Il m’emmène faire un tour en moto et je me dis que je rattrape les années du lycée où on va faire du scooter derrière les beaux gosses.

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Après un peu de moto, on va marcher près de la rivière qui sépare le village de la réserve naturelle. C’est magnifique. Au retour, on va voir les dégâts faits par les éléphants sauvages qui viennent manger le riz mûr dans les champs. Et bah mon cochon, faut voir comment qu’c’est ! Ils défoncent tout sur leur passage !Même des troncs de 10 cm de diamètres.

Au retour, il fait déjà nuit. On croise un groupe de femmes et parmi elles, Parbati, la maman de Padam. Je me souviens encore de son beau sourire lumineux sous les tiges de riz qu’elle porte dans un gros panier sur son dos. Je pose mes affaires chez Padam puis on va faire un tour dans le village dans la nuit. Il y a plusieurs gars : Padam, son cousin Milan, le petit gars de 17 ans et le cousin de Padam qu’il appelle brother pour m’aider à mieux comprendre les liens de parenté dans sa famille immense. On s’assoit sur un muret. On voit des étoiles et des lucioles dans les arbres. Lucioles est le premier mot que j’apprend en népalais : moun kiri. Ensuite la maman d’un des gars passe. Ils lui expliquent que je suis française. Mais elle ne me voit pas dans l’obscurité et leur dit qu’ils sont bourrés. Je suis la première occidentale à venir dans le village. A l’épicerie, je discute avec un homme d’une cinquantaine d’années qui fait du business de granit. Il a voyagé dans le monde entier et connaît Grenoble. Il a retenu de la France qu’on a pas des familles à rallonge comme au Népal et qu’on ne parle pas bien anglais. Il y a aussi un instituteur qui travaille dans une école de 800 élèves dans le village. Comme je vous le disais l’ambiance est très rurale. Mais ce petit village compte tout de même 3000 âmes. De retour à la sonmai, on mange un bon repas préparé par Parbati et sa belle fille Harina. Je flotte sur un petit nuage de joie. Ça fait longtemps que je n’ai pas été dans cette ambiance d’hospitalité incroyable. Je suis un peu le centre de l’attraction, mais tout le monde est adorable. On mange tous les deux en premier avec Padam (ce qui a le don de me mettre mal à l’aise) dehors sous un arbre et sur une table en bois. La nuit est douce. Milan s’occupe avec beaucoup d’affection de Dalou, la petite nièce de Padam. Elle a deux ans. Je discute un peu avec le père de Padam. Il répète plusieurs fois qu’il a arrêté l’école à la 8ème classe et me montre qu’il fume du shit.

Le lendemain matin, réveil aux zorrores (un zorro, des zozzores ; « il a encore regardé des zhorrores à la TV » – Camille, tu divagues!). On part se balader en bordure de la forêt et va visiter un complexe touristique en construction dont les travaux ont été interrompus. Un canadien est à l’origine du projet qui devrait reprendre dans 6 mois. Padam va y faire des « drinking party ». La lumière est blanche est belle. Il fait encore frais. On marche le long de la rivière et c’est comme qui dirait magique. Attention, je sens que je vais utiliser ce mot en bonne demi douzaine de fois. Il y a quelque chose dans l’atmosphère de ce lieu de … magique. Bon d’accord, j’arrête ! Et j’essaie de trouver des raisons raisonnables, rationnelles.

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Ça me permet de commencer un petit cours sur le Népal avec des informations que j’ai glanée plus tard. Les réserves d’eau au Népal sont les deuxièmes mondiales après le Brésil. Ça se sent, les rivières sont puissantes. L’air chargé d’humidité. C’est une zone sub-tropicale. Comme je le disais pour la jungle, la nature est puissante. La taille des arbres, des feuilles est démesurée et les formes étonnantes. Ensuite, le Népal est un pays très rural. 87 % de la population vit de l’agriculture. Dans ce village, il n’y a pas de voiture. S’en dégage un silence incroyable. L’humidité de l’air fait que la lumière est le plus souvent blanche.

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Au levé de soleil qu’on voit tous les jours – parce que c’est « le Népal qui se lève tôt » pour faire plaisir à Nicolas – la lumière est jaune, rose, orange sur les golden rice.

Après la balade, on prend le petit dej. Je n’ai pas trop envie de partir et Padam me propose de rester plus longtemps. Je suis trop contente. Au moment du départ de Padam, il doit emmener son père sur sa moto. Une énorme engueulade explose entre son père et sa mère. Je redescends un peu de mon petit nuage et me rappelle que le paradis n’existe pas et qu’il y a des soucis partout. Je passe la journée avec Parbati et Harina. Je me dis que l’attention autour de moi va un peu redescendre mais vers 8h, je commence à avoir de nouvelles visites. Tous les gamins du village viennent me voir.

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Je fais des cours de népalais. Je leur dit le mot en anglais ou je leur montre un truc et ils hurlent tous la réponse. Mon petit groupe a entre 6 et 15 ans. Il y en a un, Ambadour, avec ses petits yeux intelligents qui se dépêche pour répondre le premier.

L’école, c’est important pour eux. Ils sont très mignons et ils me pètent les tympans dans leur excès d’enthousiasme. Au bout d’un moment j’arrive un peu à les calmer et à poursuivre mes cours dans plus de calme. Je réussi a en faire fuir quelques uns en faisant une interprétation comique de « L’amour est enfant de bohème » sous les yeux admiratifs de la doyenne de la famille. Mais mes plus grands succès sont « j’m’appelle Amonbofis … » de mission Cléopatre (pour ceux qui ne connaissent pas, regarder à 1min 53 https://www.qwant.com/?q=mission%20cleopatre&t=videos&o=0:effe4591592890785c1b10ea8b17cfe6) et Angela de Saïan Supa Crew https://www.qwant.com/?q=angela%20sa%C3%AFan%20supa&t=videos&o=0:554ef72f3a700062c024cee29bf25df3)

Ensuite, la marmaille part et je me retrouve au calme avec Parbati, Harina, Dalou, la première fille d’Harina et Aryn, le fils d’un an.

Aryn et Dalou

Dalou a une grosse boule derrière l’oreille. Au début, je crois que c’est une tumeur et ça me rend trop triste. En fait, c’est une infection. Parbati, s’occupe de la percer avec une aiguille. Le père de Milan est là pour donner un coup de main. C’est le seul homme qui est présent au quotidien. Le pus sort à gogo. Avec la chaleur, les infections se développent vite et c’est une petite coupure qui a créer cette bulle d’un centimètre de haut. Pour rassurer la petite Dalou, Parbati, la grand-mère, lui donne le sein. Ce qui confirme la théorie qu’il suffit qu’un enfant tête pour que le lait vienne. Les conditions d’hygiène sont un peu comme ci, comme ça. J’ai envie de donner du désinfectant, de passer l’aiguille sous un briquet mais je me contente de regarder. Parbati ma raconte qu’elle a reçu de l’argent de l’UNICEF et que c’est elle qui est « infirmière du village ». Quand j’y étais, je n’ai jamais vu personne venir ce faire soigner. Parbati a reçu 7000 roupies comme « salaire » je suppose avec lesquels elle s’est achetée un vélo.

Je montre mes photos de la famille, des foins, des montagnes. C’est notre manière de communiquer. Ils sont tous très curieux. Les femmes me demandent de montrer des photos de la cuisine pour voir l’électro ménager. De mon coté, je sens le décalage économique plus grand que jamais. Même les tracteurs de mes parents agriculteurs donnent l’impression qu’on est pleins aux as à coté des habitants de Mahendranagar qui travaillent presque tous à la main. Beaucoup de gens me posent des questions sur l’argent en France. Enfin, ils me disent «La France c’est le paradis. » parce qu’il y a beaucoup d’argent. Au fur et à mesure, je me détends et apprends à expliquer.

Les enfants, les parents prennent mon téléphone, mon carnet de voyage, regardent. Les enfants m’espionnent quand je suis dans ma chambre. Parfois, c’est un peu chiant mais j’essaie de leur dire gentiment que chez nous on ne fait pas comme ça. J’ai un espace à moi parce Padam m’a laissé sa chambre adorablement. Il va dormir dans la chambre de son cousin.

La couleur des femmes est le rouge et les jours de fête, elles portent de beaux saharis et des bijoux en or (boucle d’oreilles, bracelet, colliers) qui coûtent une fortune pour le pays. Pour les boucles d’oreilles, elles coûtent 30 000 roupies et j’en déduis comme avant chez nous, on mets la fortune dans les bijoux, comme ça les femmes sont sûrs de les avoir sur elles.

Parbati a eut 4 enfants Dan, qui habite à Puni un village sur la route nationale à 30 km en direction de Dhangadhi. Une fille, dont je ne me souviens plus le nom, qui habite à Dhangadhi. Le troisième fils, Basant, est militaire pour les nations Unies au Soudan. Il n’est pas revenu à la maison depuis 1 an. Padam est le petit dernier, le cague anis, de 25 ans. Il a fait des études à Dehli et veut devenir expert comptable.

Dans l’aprem, il y a une scène trop triste. La petite Dalou appelle à la fenêtre son papa qu’elle n’a pas vu depuis un an. Le Népal, c’est un pays sans homme. Ou pour être plus précise, un pays où tous les hommes en âge de travailler espèrent partir à l’étranger parce que les salaires sont trop bas. Le salaire moyen au Népal est de 7000 roupies, ce qui équivaut à 56 euros. Un petit graphique, une fois n’est pas coutume http://www.journaldunet.com/business/salaire/nepal/pays-npl .

Après ses considérations générales sur le Népal, revenons en au déroulé de ma vie qui est tout de même nettement plus intéressant. Presque toute la journée Harina et Parbati préparent à manger et s’occupent des gamins. L’après midi, Parbati va aider sa belle sœur à couper le riz. Harina en profite pour appeler sa maman et je sens que sa famille lui manque. Elle ne les a pas vus depuis 3 mois. Ensuite, Harina écrase les épices avec un caillou rond sur une grosse pierre plate. Les plats, même simples ont des saveurs fantastiques. Avec Parabati, on n’a pas beaucoup de mots en commun parce qu’elle parle très peu anglais mais on se comprend très bien. Le soir Padam revient avec sa moto. Il me propose d’aller visiter le parc juste à coté le lendemain et je suis trop contente parce que j’y avais pensé. On ne me laisse pas aider et je prends mon mal en patience. Pour faire quelque chose, il va falloir attendre, observer, gagner la confiance.

Le samedi 1 octobre au matin, on se lève encore aux zorrores. Harina apporte un thé au lait et aux épices dès le réveil, vers 6h. Parbati se lève à 5h. Elle va traire les vaches pour qu’on ait du lait pendant la journée. C’est la seule qui peut le faire sans se prendre des coups de pattes. Quand ses vaches meuglent, elle leur répond « ça va ma belle, j’arrive ». Bon j’avoue la traduction est un peu interprétative. Vers 8 heures, le troupeau passe devant la maison. A ce moment là, on libère les vaches pour qu’elles aussi aillent pâturer sur la presqu’île. Elles reviennent le soir. Il doit y avoir une personne qui les guident que je n’ai jamais vu. Parfois, la vache d’un voisin vient manger le riz mur dans les champs. Et là, il faut courir vers lui en poussant des cris effrayants. J’adore faire ça. En France, le seul animal qui me permet d’utiliser cette nouvelle compétence est l’horrible roquet blanc qui vient courtiser notre chienne Pipette.

Vers 7h, on se balade, on se lave et on mange le petit dej : chapati avec du sel épicé vers 8h. On part ensuite en moto. On fait un méga détour pour arriver à l’entrée du parc. A vol d’oiseau, on est pas loin mais il faudrait traverser la réserve. Arrivée là bas, c’est fermé. Padam fait marcher ses relations et contacte son cousin pour qu’on puisse rentrer quand même. On attend, il passe des coups de fils. Un groupe de touristes indiens est là. L’un d’entre eux me demande si il peut me prendre en photo et je lui donne la réponse que j’ai commencé à donner à Dehradun NON. Ah ça fait du bien. Finalement, on rentre, on loue un 4×4 avec un guide parce qu’on ne peut pas y aller à pied ou en moto. Je paie le tout et me dit que c’est pour mon anniv. On doit attendre un peu et on boit des bières en mangeant des chips. Padam habite juste à coté mais il n’y est jamais allé. Il espère un jour gagner assez d’argent pour avoir un véhicule et emmener toute sa famille. En écrivant ce post, je me rends compte que j’ai dépensé un salaire moyen népalais pour la location du 4×4. Ça pose pas mal de questions tout ça.

La visite commence avec notre guide. Il nous a prévenu avant que ce n’est pas la meilleur période parce qu’avec la saison des pluies, les herbes sont très hautes et qu’on ne peut pas aller dans certains endroit. On commence à rouler dans la jungle.

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On a aussi un chauffeur. Autant dire qu’on ne manque pas de personnel.Je lui pose des questions sur les réactions à avoir quand on est confronté à des animaux qui font peur. Pour le tigre (il y en a 19 dans cette réserve), il faut le regarder droit dans les yeux, reculer doucement en continuant à lui faire face (si on part en courant de dos, on augmente largement les chances de se faire dévorer tout cru). Si il s’approche trop près, il faut prendre une pierre ou un bâton pour se défendre. J’en profite pour rappeler les dimension du tigre du Bengale qu’on trouve dans cette réserve. Déjà, le tigre est « le plus grand félin sauvage et l’un des plus grands carnivores terrestres » merci wikipédia. Les mâles font entre 2,7 mètres et 3,1 mètres (avec la queue) de long, 1 mètre au garrot et en moyenne 225 kg. Les femelles font entre 2,3 et 2,7 mètres de longueur, un tout petit plus petites au garrot et 135 kg en moyenne. Une fois, le conducteur a vu passer un tigre à 5m de son 4×4. Il bandait mou comme aurait dit mon papa. Les mecs qui vivent à l’intérieur de la réserve pour chasser les braconniers en avaient vu un le matin.

Ensuite, pour les éléphants sauvages et les rhinocéros (qui peuvent être très agressifs). D’abord, ne pas bouger puis si ils chargent, il faut courir en zig zag parce qu’ils peuvent aller très vite mais ils sont tellement lourds qu’ils n’arrivent pas à tourner. J’apprends avec bonheur qu’il n’y a pas de serpents qui tombent des arbres. Et puis, comme je m’en doutais, pour aller dans la jungle, il faut mettre de grosses chaussures et s’habiller en couleurs sombres pour le camouflage.

Pendant notre petite ballade en 4×4, on fait une dizaine de km pour s’enfoncer dans la jungle. On voit de magnifiques lacs où on peut parfois voir des alligators et des hippopotames.

Ils sont recouverts de végétations et il y a pleins d’oiseaux partout. Dans le parc, des petites tour sont installées pour observer. Padam fait beaucoup de selfies surtout devant le 4×4.

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A midi, on va manger des noodles dans la réserve des chasseurs de chasseurs. Ils se baladent en éléphants domestiqués. J’aurais adoré faire un safari en éléphant mais bon … On repart et on va se poser un long moment en haut d’une tour au dessus de la grande plaine de 54 km². Le chauffeur nous raconte qu’une fois, il a dormi dans cette tour. En été, on y voit dans cette plaine des groupes de 1000 ou 2000 biches tachetée quand l’herbe est plus basse. A cette saison, les herbes montent au dessus du 4×4.

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Au fur et à mesure, Kom, le guide parle de plus en plus. Il aime son métier parce qu’il aime rencontrer des touristes. Il me demande si j’ai eu des copains avant et plus j’avance, plus je fais attention à mes réponses parce que je n’ai pas envie d’être mal comprise. D’ailleurs après cette discussion, je prendrais l’habitude de dire que je ne veux pas répondre à la question « est ce que tu es mariée ou est ce que tu as un copain ? ».

Quand il était jeune, il voulait être joueur de criquet. Il était bon et connaît tous les joueurs de l’équipe nationale actuelle. Comme il vient d’une famille pauvre, il est parti travailler en Malaisie de 18 à 21 ans. Il a ensuite étudié le tourisme et maintenant il est guide. Il est marié et a un enfant. Au Népal et dans beaucoup de pays de culture traditionnelle que j’ai traversé, les gens ne comprennent pas que je ne sois pas marié et que je n’ai pas d’enfants. Parfois, je me dis que si j’avais fait un mariage arrangé à 20 ans, j’aurais sûrement fait moins la mariole.

Sur la route du retour, on discute avec Padam du fait de vivre en France, des salaires etc… Je lui dis que c’est difficile d’avoir un visa français. « En se mariant avec une française, c’est plus facile ? » qu’il me dit. Je lui raconte quelques histoires de mariages blancs glauques et je crois qu’il a compris que ça ne m’intéresse pas. Au final, je trouve ça plutôt sain que le sujet ait été mis sur le tapis.

Le soir, on mange du poulet aux épices, délicieux. Tous les chiens ont senti et viennent attendre les os qui tomberont bien à un moment ou à un autre. Parbati nous raconte qu’elle allait couper de l’herbe pour les toits près des lacs qu’on a vu dans la réserve quand elle était jeune. En fait, son village était dans la réserve et il a disparu à sa création. Avant mon départ, Padam me dit que je peux revenir chez eux quand je veux. Harina me donne une de ses robes, noire avec des points rouges. Elle est un peu décolletée et j’ai l’impression d’être incroyablement féminine.

Le dimanche 2 octobre, la journée commence en allant visiter le voisin qui travaille dans le granit. Il nous invite à boire un thé au gingembre que sa fille va récupérer dans le jardin. C’est la première fois que je vois ça. Il nous accueille très gentiment à 7h. C’est normal là bas de faire des mondanités à cette heure matinale. Sa femme est totalement incrédule de mon voyage et elle nous engueule presque tellement elle n’y croit pas. C’est une matrone bien en chair et elle montre qu’elle a une bonne situation. Le monsieur a un tracteur, ce qui est une sacrée richesse dans ce village. Une femme de la caste des intouchables vient demander d’emprunter le tracteur. Je trouve l’entre aide admirable et en même temps je sens que c’est un peu tendu.

D’ailleurs au Népal, les gens demandent très facilement de quelle caste on vient. En gros, les premières questions, c’est « d’où tu viens ? Comment tu t’appelles ? De quelle caste tu viens ? ». Au début, je leur disais « En France, il n’y a pas de castes ». Et puis après, je me souviens que malgré la révolution française, notre société est quand très segmentée. En générale la deuxième chose qu’on demande à quelqu’un après son nom est son métier. Par rapport à ça, au début je pense que je les ai un peu étonné parce que je traitais tout le monde de la même manière. Pas parce que j’étais révolutionnaire mais seulement parce que je n’avais pas compris. En fait, les intouchables s’assoient par terre quand ils viennent. Ce qui est sympa, c’est qu’il viennent quand même chez Parbati tranquillement. Une dame me dit toujours, « tu sais j’ai jamais appris à écrire ». Et moi, comme une niaise, je répondais « Mais ce n’est pas grave, il y a pleins d’autres manière de connaître ». Alors qu’en fait elle voulait juste de l’argent. Je l’ai compris après quelques jours.

Chez le monsieur du granit, le thé dure un peu et Padam va être en retard. Je me sens un mal pour lui. Une fois rentrer à la maison, il prend tout son temps pour sa douche et son petit déjeuner. Une sacrée leçon pour moi qui suit une grande stressée du temps.

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Avant mon départ, la photo de Parbati et Padam

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Pour mon départ, tout le monde est devant le portail de bois. Parbati laisse perler une larme. Je pars en me disant que c’est pas possible de laisser passer des gens aussi sympa. J’ai acheté une carte sim et sur la route Parabati m’appelle. Comme on a plus de mal à avoir de la conversation au téléphone, elle me demande ce que je mange.

Je reprends la route plate peuplée de cyclistes. Des petits jeunes font un bout de route avec moi, une jeune fille de 16 ans qui me dit qu’elle a un copain et qui est toute mignonne. Deux gars en moto qui me disent qu’ils vont fumer des joints (super!) et un monsieur qui fait 14 km en vélo pour aller à son travail.

Dans la ville de Dhangadhi, à 60 km de Mahendranagar en direction de Katmanadou, je trouve un hôtel pas fou mais pas trop cher. Je comprends que la technique ici est de me proposer tout ce qu’il y a de plus cher. Je dois discuter sec pour que le gars me disent qu’il y a une chambre sans clim toute simple.

J’oubliais de dire mais je suis arrivée dans le village pile au début de Dashaïn, le plus important festival du Népal célébré pendant 15 jours. On reçoit des bénédictions des anciens, on va se laver à la rivière. Les plus jeunes portent du tika (une épice rouge) sur le front avec des grains de riz. Pour marquer le début du festival, les femmes mettent des fleurs par terre à l’entrée des maisons et derrière leurs oreilles. C’est quand même une jolie manière de décorer, tellement simple. Les fleurs de Parbati sont prises sur l’arbre en face de la maison. Un peu plus à gauche, il y a le hamac pour les bébés accroché entre deux arbres. Encore plus à gauche, un arbre sur lequel des plans de haricots rampent et un petit potager. Derrière la pompe à eau et la dalle en béton sur laquelle on fait la vaisselle, les lessives, la douche… Tout autour c’est les champs de riz séparés par des plans de lentilles.

De mon hôtel de Dhangadhi, j’ai la vue sur un terrain vague et plus loin un temple. La musique pour Dashaïn arrive jusqu’à ma chambre. Sur le coté extérieur des vitres, il y a des sortes de lézards avec de gros yeux globuleux. Je les aime bien mais je suis plus rassurée de les savoir de l’autre coté de la vitre.

Je passe deux jours tranquilles à Dhangadhi. Je ne fais pas grand-chose. Je profite du wifi pour appeler ma famille et des amis. J’écris mon blog. Je vais manger des momos. Padam m’avait proposé d’aller voir un monastère bouddhiste dans la montagne comme il travaille à Dhangadhi. Finalement, on ne peut pas y aller parce que Dalou a de la fièvre et qu’il doit rentrer faire la navette pour l’emmener chez le médecin, puis pour aller acheter des médicaments. Je pensais peut-être aller dans un ashram. Je rencontre deux gars adorables qui m’aident à trouver le lieu, à acheter une carte SD qu’ils négocient pour moi. Dans l’ashram, les gens ont l’air passablement désagréable et je renonce à mes grands plans spirituels. Quand on a fini, ils me disent « c’est bon tu n’as besoin de rien d’autre ? ».

Je passe aussi une heure à discuter avec des gars dans une librairie. Un des gars a fait des études de marketing. Il est responsable de quelques éditions de livres scolaires et il est vendeur. Comme Padam, il fait l’aller/retour entre Katmandou et ici. Il faut dire qu’ici, c’est un peu le bout du monde du Népal. D’ailleurs ça s’appelle far west nepal. Ce gars est accompagné de son neveu, un petit gars de 14 ans au regard vif. On discute de plein de trucs tous les trois. Le petit jeune me dit que la dernière attraction de la ville, c’est les rikcho électriques venus du Japon qui ne font presque pas de bruit. Il me pose plein de questions sur mon voyage, la France, les pays que j’ai traversé. Ils m’apprennent des trucs sur le Népal. Il y a 85 % de forêts. Les différentes castes sont les brahmanes, les lettrés, conseillers du roi ; les kshatri, l’armée du roi ; les joshaïs ; et les dhalits, les intouchables. J’achète un livre de rédaction en anglais pour les petits népalais de 12 ans et le mec du magasin m’offre un livre de grammaire anglaise, adorable.

En achetant des momos, je rencontre un professeur qui parle bien anglais. Il me raconte une histoire qui a eut lieu il y a quelques années. A Katmandou, il rencontre un touriste chinois qui lui demande si ils peuvent être ami. Il l’invite à venir chez lui à Dhangaghi. A son arrivée chez lui, il décide de ne pas rester parce qu’il « n’aime pas sa cuisine ». Il veut absolument faire bouillir l’eau alors que le professeur lui qu’elle est potable.

Je voulais voir la ville de Dhangadhi parce que la mataji que j’ai rencontré au pèlerinage hindou dans le cachemire est originaire de cette ville. Elle m’avait recommandée un temple tout neuf et qui a sûrement été refait. La ville est à la frontière indienne, assez bruyant, un peu salle. Bref, j’étais mieux dans mon petit village.

A ce moment, je fais aussi le choix de rentrer en France un peu plus tôt que ce que j’avais prévu, fin octobre. Je me dis que j’aimerais bien faire mon anniv avec des gens dans une ambiance chaleureuse avec des gens en qui j’ai confiance. Je demande à Padam si je peux revenir chez lui.

Me voilà de retour à Mahendranagar. Je laisse mon vélo à l’hôtel avec mes bagages qui ne me servent à rien et prend un bus.

Glandouille à Dehradun

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Après les 10 jours de méditation qui m’ont secoué le cibolo, je décide de rester à Dehradun en écrivant sagement mon blog qui est bien en retard (Mais enfin, qu’est ce que 4 mois dans une vie ?).

Pendant ses 10 jours, je reste dans l’hôtel du monastère pas cher. Mes jours sont des plus paisibles et je développe mes petites habitudes : écrire mon blog sur mon téléphone dans ma chambre, aller vers 16h dans une supérette dans une autre partie du monastère pour avoir le wifi et manger de délicieux momos (les ravioles tibétains) aux épinards et au fromage, me balader dans la jungle qui entoure le monastère, aller rendre visite à Nirlipta et à Shali.

La jungle est fascinante. Il suffit de faire un kilomètre pour ne plus entendre les bruits de la ville.

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La première fois que je vais m’y balader, il est 8h le matin et je découvre la frontière de la ville avec tous les petits pavillons résidentielles colorés des réfugiés tibétains. La limite entre les habitations et la forêt est jonchée de déchets. La jungle est une poubelle facile d’accès.

Ce jour là, dès 8h la lumière est blanche. Un gars est assis sur un mur en béton et regarde un stade de foot vide. Il écoute de la house à fond avec des mini enceinte. Il m’énerve à gâcher le silence et m’intrigue. Je ne m’approche pas trop parce que je sais que la jungle n’est pas un endroit où les filles doivent se balader et encore moins toute seule. Les hommes viennent y boire, les gars louches y traînent. C’est un peu comme les parcs à Paris la nuit.

Le gars vient me parler. Il est en train de fumer un joint. J’aime pas trop la situation mais il n’a pas l’air méchant. C’est Jigmé, 24 ans, il joue dans l’équipe de foot de Dehradun. Il dit qu’il est le meilleur joueur de foot de la ville. Il prend des cours de français et voudrait venir en France. Il propose qu’on se revoit. J’ai pris l’habitude de chercher les intentions des gens. Vu la configuration, je me dit que c’est parce qu’il veut apprendre le français et avoir un appui si il vient en France. On va se balader plusieurs fois dans la jungle.

Il me raconte un peu sa vie. Sa famille vit à Dharamsala. Il est ici chez son oncle. Il a joué dans l’équipe de Darjeeling. Son oncle et sa tante vivent en banlieue parisienne et il pense les rejoindre. La troisième fois qu’on va se balader, je sens qu’il se demande comment il va s’y prendre pour amorcer un rapprochement. Il a dit plusieurs fois que ça lui ferait plaisir qu’on aille boire de l’alcool et le fait qu’il insiste veut bien dire ce que ça veut dire (« quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, c’est normal que les gens pensent ce qu’ils pensent »). Une fois de plus, l’image des occidentales alcool, fumette, sexe.

Quelques jours avant mon départ en Derhadun, je le croise dans la rue et il y a des gens qu’il connaît. Il m’évite et je comprends qu’effectivement qu’il n’avait pas de très bonnes intentions. Je suis déçue.

Autrement parmi les gens avec qui je passe du temps, il y a Nirlipta. Après ses 10 jours de méditation, elle se remet dans le rythme effréné des études. Elle prépare les concours d’entrées à l’université. La plupart des élèves font des cours préparatoires payants mais elle a décidé de réviser toute seule pendant un an. Sacrée détermination ! Il me semble aussi qu’elle est fichtrement intelligente parce qu’elle a gagné un prix national en science. Elle veut faire de la robotique et travailler au Japon. Quand je lui demande pourquoi au Japon, elle me reparle du rapport conflictuel des indiens aux règles. Une fois en particulier, on est assises à coté du petit lac aux oies que j’ai décrit dans le post précédent. Un militaire vient nous voir pour nous dire qu’on ne doit pas laisser les vélos là. C’est une règle complètement débile mais on s’y plie sagement. Nirlipta me raconte que la constitution indienne est la plus longue au monde et qu’il est impossible de respecter toutes les règles. Ça me rappelle un passage d’une émission télé indienne style the voice mais pour les danseurs. Les juges décident de choisir deux groupes au lieu d’un. Le présentateur dit « We will not breack the rule, we will bent the rule ». « Nous n’allons pas casser la règle, nous allons la tordre ». Nirlipta veut aller au Japon parce que là-bas les gens respectent les règles.

Son papa est ingénieur civil et ils ont vécu en Californie. Elle est restée là bas de 2 à 6 ans.

Quand on se voit, on parle beaucoup de l’actualité. A cette période, pour la première fois depuis longtemps des militaires pakistanais ont attaqué une vingtaine de soldats indiens. C’est une nouvelle menace dans les relations très tendues entre l’Inde et le Pakistan. Nirlipta est inquiète et dit que ça pourrait vite dégénérer. Elle pense que si un conflit explose la Chine aussi pourrait être impliquée. Les trois pays partagent la frontière au niveau du Cachemire. Le conflit pourrait aller loin comme les trois puissances possèdent l’arme nucléaire. Son scénario me semble très alarmiste et effectivement, la guerre n’explosera pas. J’ai pourtant entendu dire récemment que le Pakistan fait partie des pays du monde qui risquerait d’initier une guerre.

Nirlipta me raconte que son père est patriotique. Pour nous français c’est bizarre et une grande partie de la population est anti-militaire. Elle me raconte qu’elle ne connaît personne dans son entourage qui soit anti-militaire. Dans les années 70, lors de la deuxième guerre indo-pakistanaise, les États-Unis étaient du coté du Pakistan (c’est assez comique d’y repenser). Ils ont stoppé la vente de céréales à l’Inde qui était loin d’être auto-suffisante. Les civiles indiens ont fait des dons de nourriture aux soldats. Le rapport des habitants d’Uttarakhand à l’armée doit être particulier. C’est un lieu stratégique, à la frontière chinoise, pas loin du Pakistan. Nirlipta me dit que c’est un des lieux secrets où l’Inde plaquerait ses bombes nucléaires.

On parle du Cachemire et Nirlipta me raconte qu’un soldat meure tous les 15 jours à cause du froid en restant posté sur le glacier entre l’Inde et le Pakistan. Elle me confirme aussi que c’est l’eau qui est en jeu dans ce conflit. Je suis agréablement surprise de voir que Nirlipta a un point de vue raisonné sur le sujet. Quand elle me disait que son père est patriotique, j’avais un peu peur parce que j’ai déjà rencontré des nationalistes indiens anti-musulmans primitifs pas très agréables. D’après Nirlipta, son père laisse toutes les portes ouvertes dans sa compréhension des événements, même celle que certains attentats soit perpétrés par le gouvernement indien en partant du principe qu’il n’a pas de possibilité de montrer que ce n’est pas vrai. Il n’est pourtant pas défenseur de la théorie du complot. Je trouve ce point de vue particulièrement honnête.

Ensuite, Nirlipta a un rapport à la ponctualité particulier. Je ne sais pas si on peut mettre ça sur le dos de tous les indiens. En tout cas, une demi-heure de retard, ça va, c’est normal.

Le père de Nirlipta est fan de spiritualité et il me parle des premiers gars qui ont exporté la spiritualité indienne à l’étranger. Je repense aux trucs sur le yoga que j’ai vu à l’ambassade indienne au Kirghizstan et je me dit que les indiens font du marketing territoriale sur le dos de la spiritualité.

Je demande à Nirlipta de m’emmener dans un endroit qu’elle aime pour manger un bout. Elle m’emmène dans une pâtisserie où on trouve des sandwichs au pain de mie et des desserts mous à la crème. Et oui, c’est ça le fantasme des jeunes indiens. Manger des trucs occidentaux dans des endroits fancy !

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Nirlipta et ses magnifiques dessins d’enfants

Parmi les rencontres sympas, il y aussi celle avec Shali, une grande américaine aux longs cheveux roux et aux style baba cool d’une cinquantaine d’années. On se croise plusieurs fois devant la supérette du monastère où je vais pour le wifi puis un jour elle m’invite à manger. Elle est prof d’anglais pour les petits moines.

Elle a eut une vie riche en chocolat. Elle vient de Californie d’une famille aux origines irlandaise, tchèque, écossaise, un sacré mélange comme savent faire les ricains. A 20 ans, elle est partie à New York où elle était artiste. Elle a fait du street art, des performances, fait partie d’un groupe de punk féministe même si elle ne savait pas jouer. Ensuite, elle a été masseuse thérapeute. Elle s’est formé auprès d’une femme chinoise au destin peu commun. Cette femme a été une actrice très connue du cinéma chinois particulièrement à Taïwan. Vers 35 ans, elle s’est dit qu’elle ne pourrait pas faire ça toute sa vie et elle a voulu devenir médecin. A cette époque, ça ne se faisait pas pour une femme. Elle a apporté tous les jours à manger au professeur et à tous les élèves. Elle restait ensuite derrière la porte. Au bout d’un an, elle a pu assister aux cours. Elle est ensuite devenue une grande docteur de médecine chinoise en Chine puis aux États-Unis. Elle a été la professeur de Shali. Au bout d’un moment, Shali s’est rendue compte qu’elle payait très cher des formations qui étaient gratuites pour les petits jeunes qui couchaient avec la professeur de 70 ans. Shali a ensuite été cuisinière dans un centre de méditation en Californie pendant plusieurs années. Elle est ensuite venue en Inde et c’est sa 7 ème année. Elle connaît pleins de trucs sur le bouddhisme et m’explique un peu mieux. Je lui dit que ça m’énerve que les moines hommes et femmes ne soient pas traités de la même manière et elle me parle d’une de ses copines nonnes qui travaille au conseil féministe des nonnes (bon j’avoue, j’ai un peu réinventé le titre). Je lui dit aussi mes doutes sur le fait que les petits moines se lancent là dedans très jeunes. Elle me dit que le Dalaï-lama est conscient de ce problème et qu’ils sont en train d’essayer de faire en sorte que ce soit plus facile de ne plus être moine à 18 ans. Elle voit le bouddhisme en pratique et en mouvement avec plus de connaissance théorique.

Pour ce qui est de la sexualité, on enseigne aux moines gérer leur énergie sexuelle par la méditation sans masturbation. Si j’ai bien compris, c’est ça le tantrisme et les moines tibétains disent que les occidentaux en ont une vision complètement décalée. Elle a entendu parlé de ça pour les hommes mais pas pour les femmes. Elle me dit qu’elle a aussi lu des enseignements de bouddha qui recommande aux moines d’imaginer les femmes comme de la chair en putréfaction et que ça ne lui a pas trop plut. Je ne comprends pas pourquoi, haha !

Je lui demande comment elle s’est retrouvée à suivre les préceptes du bouddhisme tibétain alors qu’elle est née en Californie. Elle vient d’une famille catholique avec une maman hippie qui lui a fait pratiqué le yoga depuis qu’elle a 5 ans. Elle aurait rêver la voir prof de yoga. Sa grand-mère, à la fin du XX ème siècle était fan de spiritisme. Elle a rencontré les premiers yogis indiens venus aux States. Elles s’entendaient très bien toutes les deux. De fil en aiguille, elle a fait des rencontres qui l’ont mené vers le bouddhisme tibétain.

Je la sentais un peu seule et un peu fatiguée de l’Inde. Elle en avait marre des rapports harassants avec les hommes et lui ai offert ma bombe lacrimo.

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Shali

De mon coté, il m’est arrivée quelques aventures aussi à Dehradun. Un jour, un intouchable mendie dans la rue. Je lui donne de l’argent. Vaguement mais volontairement, il me touche le sein. Je me mets à lui hurler dessus. Deux minutes plus tard, je vois un autre intouchable qui se frotte l’entre-jambe (quelle merveilleuse ellipse). Signe de frustration sexuelle, je sais que je dois être sur mes gardes. Je ne lui donne pas d’argent, continue ma route et me rend compte qu’il me suit. J’ai rendez-vous à la lisière de la forêt avec Jigmé et bien sûr il est en retard. Comme je vois que le gars rode, au bout d’un moment, je lui hurle dessus. Il ne part pas. Il est d’une mauvaise foi à toute épreuve, montre une petite cicatrice pour dire qu’il est malheureux et essaie de me faire croire qu’il est sourd alors qu’il joue de la flûte. Quand je lui dit de partir, il fait comme si il faisait autre chose. Je suis bien contente de retrouver Jigmé. Désormais, je me ballade plus qu’avec une grand châle drapé sur les épaules pour cacher mes formes tentatrices. C’est un peu lourd (pas le châle, hein!) et je suis fatiguée de me battre. Avant je voulais toujours faire la mariole et jouer à qui a les plus grosses maracas, mais là, j’apprends à être sage et à rentrer chez moi tous les soirs avant 8h. Malgré tout, je suis quand même très contente d’avoir réussi à hurler sur quelqu’un parce qu’en général, j’ai du mal à exprimer ma colère. J’hésite à envoyer un message à mon pote Kiyan pour m’auto-congratuler.

Autre truc intéressant que j’ai vu : un enterrement bouddhisme. Le frère d’un des moines est mort et on fait un enterrement en grande pompe. La veille au soir, on commence à installer des tentes autour du four et les trompettes sonnent toutes les heures de 17h à 21h. Le lendemain, les trompettes recommencent à 5h du matin et la cérémonie est entamée à 10h. Le corps est placé dans le four, les hommes qui doivent allumer le feu font plusieurs fois le tour en récitant des prières. Le son des trompettes et des gongs remplit l’air. Petite vidéo La famille et les proches sont installés sous des tentes et les nombreux badauds comme moi s’assoient dans l’herbe. On nous propose de l’eau, des jus. Je me dis que tous les hommes aiment les rituels, se raconter des histoires. On allume le feu et il faut dire que c’est tout de même impressionnant. C’est l’image parfaite du « nous sommes poussière et nous redeviendrons poussière ». C’est plus concret que chez nous où on se fait enterrer et puis on ne voit plus les corps, la mort en face quoi.

Autrement, pendant cette période, j’apprends à connaître les singes qui traînent largement dans le parc du monastère et dans la jungle. Ils sont impertinents, peureux, agressifs, chapardeurs, attachés à la famille… Je me dis que nous les humains, on ne les aime pas parce qu’ils nous ressemblent trop.

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Là le singe n’est pas content

Dans la jungle, après quelques passages, j’apprends qu’il y a des cobras et que les élèves de Shali ont ramené des bébés au monastère. Elle me raconte aussi qu’il y a 10 ans, il y a eut une chasse aux éléphants sauvages qui les a poussés en direction du monastère. Ils ont défoncé le mur d’enceinte. Après ça, je regarde bien où je mets les pieds dans la jungle. Il y a pleins d’insectes, de grosses araignées colorées. Les singes y sont plus timides et quand je marche, ils laissent 30 mètres entre nous, se planquent et sortent discrètement la tête de derrière les arbres pour voir ce que je fais.

A la fin de mon séjour, j’apprends par un client de la supérette qui m’a offert un pomelos de son jardin que je n’ai pas le droit d’être là. C’est une zone militaire et un camp de réfugiés. Il faut un permis pour y résider. Il ne me reste plus qu’un jour. Le jour de mon départ, je préviens le beau gosse aux cheveux longs et t-shirt au grand col échancré qui s’avère être le manager que je n’avais pas le droit d’être là. C’est pour ça que tout était si peu cher et si peu touristique.

Je rencontre plusieurs personnes qui me racontent qu’elles ont quitté le Tibet et qu’ils n’y sont jamais retournés. Ils ont souvent une partie de leur famille, parents, frères, sœurs, cousins qu’ils n’ont pas revu depuis 5, 10, 40 ans. Ils sont tous très reconnaissants à l’Inde de leur avoir offert une terre d’exil. Cyniquement, je me dis que c’était sûrement par bienveillance, mais aussi pour faire bisquer les chinois. J’apprends aussi que la France a accueillis beaucoup de réfugiés tibétains. Ça explique partiellement le succès du bouddhisme dans nos contrées. Je découvre l’histoire de la disparition du jeune garçon qui devait être le prochain Dalaï-lama. Il a été kidnappé par les chinois en 1995, ce qu’ils ont reconnu en 1996.

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Juste avant le départ, assise sur un banc face à la stupa pour profiter de la douceur du soir, je croise un des petits moines rencontrés à mon arrivée le premier jour. J’ai un peu honte mais je ne le reconnais pas (en même temps, ils se ressemblent tous). Mais je reconnais son chien. Il parle bien anglais et on discute pendant une heure. Il a 21 ans, vient de Katmandou. Il est devenu moine quand il avait 13 ans pour suivre l’exemple de son grand frère.

Il me dit que c’est possible d’arrêter d’être moine à 18 ans. Il y a aussi des moines qui peuvent se marier. J’avoue que je n’ai pas très bien compris la logistique. Pour lui, entre 18 et 20 ans, c’était un peu dur de voir les couples qui viennent se bécoter dans le parc. Il avait penser à se marier. Mais maintenant il a renoncé. Il aime la quiétude de cette vie.

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Il me donne des conseils pour le lendemain, le bus vers Bambassa, à la frontière ouest du Népal. Il me dit de faire attention au Népal parce que les gens sont très pauvres et qu’ils peuvent essayer de m’encroumer. Il déteste passer cette frontière où il se fait parfois emmerder par les douaniers indiens. Il me résume la différence entre les indiens et les népalais comme ça. En passant la frontière, il est possible que les douaniers népalais et indiens inventent une taxe imaginaire. Les népalais le font gentiment, alors que les indiens se mettent à hurler.

Il me montre aussi des photos de Katmandou, de sa stupa détruite puis reconstruite avec le tremblement de terre. Après la catastrophe, une fresque a été faite. La couleur dominante est le rouge et on y voit une femme qui hurle. Cette image restera mon image du Népal aujourd’hui.

Après un passage chez Nirlipta, je vais prendre mon bus à la gare de Dehradun. Cette fois la route est plus plate. Le voyage se passe bien. Comme d’habitude, j’arrive de nuit et j’ai peur de ne rien trouver. Mais j’ai le bonheur de trouver un hôtel et un distributeur pour payer mon visa népalais.

C’est un peu la brousse et des voitures à cheval amènent les gens qui veulent traverser la frontière.

Il fait toujours très chaud. A 5h du mat, les rues sont bondées et on voit des gars faire leur footing. Ma chambre est un très rudimentaire mais ça ne coûte pas cher. On a un malentendu avec le propriétaire. Après maintes explications, je décide de monter le ton et on trouve tout de suite un compromis. J’ai enfin trouvé mode de communication en Inde. Dans la rue, je demande une barre en fer à des gars qui travaillent dans le bâtiments pour récupérer mes lunettes de soleil tombées dans un coin. On ne se comprends pas bien, je la prends quand même et un des gars me hurle dessus avec une haine et une violence rare. Un peu plus tard, je me fais avoir pour coudre un colis puis un conducteur de taxi me poursuit pour passer la frontière avec lui. J’ai beau lui dire que je prends mon vélo, à la fin je dois être très désagréable pour qu’il parte. En plus, tout le monde me regarde dans la rue comme j’étais un poisson cru et qu’ils étaient japonais. Bon, j’ai souvent des journées foireuses comme ça quand je n’ai pas dormi dans le bus. Mais je pense que c’est aussi le bonheur des villes frontalières où on a l’habitude de plumer les touristes. Faut dire qu’à ce stade du voyage, je connais bien les prix et je négocie tout à fond. Ça m’insupporte qu’on essaie toujours de m’escroquer.

Le seul truc sympa est le passage au temple où une famille vient faire un rituel hindou. Le papa chante en regardant de temps en temps son portable. Il allume des bougies. Les femmes font passer de l’encens. Sorry pour la qualité de la vidéo Vidéo

Le lendemain, je prends mon vélo pour passer la frontière et je ne me sens pas seule. Il y a des centaines de vélo autour chevauchés par des hommes ou des femmes. Les indiens et les népalais passent la frontière comme on va au supermarché (enfin pas eux, parce qu’ils n’ont pas de supermarché). Je réussis avec brio le questionnaire du coté indien. Du coté, népalais, j’obtiens mon visa en un quart d’heure et les gars de l’immigration office me file le wifi. Pas mal la vie. Mon avenir s’annonce radieux au Népal !

Vous méditerez là dessus

Le 5 septembre, je quitte Manali pour prendre un bus vers Dehradun. Malgré la grosseu fatigueu, je suis contente de retrouver mon vélo pour les quelques kilomètres de l’hôtel au bus. En arrivant dans le bus, le chauffeur dort sur une des banquettes. Je dois batailler pour payer le juste prix pour mon vélo, puis avec le gars qui me le pose sur le toit. La route pour descendre est horrible. On part à 11h et arrive à 4h le lendemain. La première partie est très belle et donne très, très envie de vomir. Ça tourne dans tous les sens, la route est défoncée. Heureusement les paysages sont magnifiques. Les arbres sur les pentes escarpées commencent à prendre des allures tropicales d’un vert dense et lumineux.

De petits villages colorés sont accrochés dans les montagnes. On se demande comment les gens font pour monter jusque là tellement la pente est abrupte. Parfois, on passe dans des gorges resserrées et devant des cascades puissantes. La route est longue et longue et longue. A 22h, on arrive à Chandigar, la capitale du Punjab. J’espérais vraiment croisé des gars avec les turbans (les sikhs) qui dansent avec des lunettes de soleil comme dans les clip de musique punjabi. Malheureusement, la réalité de la gare routière de Chandigar n’est pas à la hauteur de mes attentes et je n’y trouve que des gens sérieux, des toilettes et des supérettes.

Pour la première fois de ma vie, j’éprouve un bonheur démesuré en arrivant sur l’autoroute. Je me dis que ce voyage a développé des choses amusantes chez moi. Je n’aurais cru un jour être aussi heureuse de retrouver le wifi, les autoroutes et l’air chaud et humide.

A 2 heures du mat, j’ai la bonne surprise de devoir changer de bus. Je dois descendre mon vélo du toit du bus juste à coté des câbles électriques. Dans la course, je perds la corde que j’utilisais pour attacher mon vélo, un cadeau voyage du à valeur sentimentale forte. Je tire une gueule de trente pied de long en attendant le nouveau bus assise sur le tabouret en plastique d’une tea stale. La dame à coté de moi, une indienne aux airs désagréables, fait une tête encore pire et ça me fait marrer. A 4h du mat, j’arrive enfin à Dehradun. Un conducteur de Rikcho me met le grappin dessus pour m’emmener à un hôtel cher. Finalement, je le sème et trouve un espèce de hangar avec des parois qu’on appelle hôtel et qui proposent une chambre deux fois moins cher. J’ai l’impression que les camions klaxonnent à 2 mètres de ma tête, le sol vibre mais j’ai un lit, une douche et je ne traîne pas dans les rues à la nuit.

Après un repos bien mérité, j’ai un jour de tranquillité avant d’aller au centre de méditation. Je fais un tour dans la ville et décide d’aller visiter le monastère bouddhiste Mind Rolling. Sur la route, les jus de fruits frais coûtent 30 roupies alors qu’ils coûtaient 100 roupies à Manali. Il n’y a aucun touriste. Je suis libérée. Je croise une occidentale dans la rue et me rend compte le lendemain qu’elle vient aussi pour le stage de méditation. Le monastère est dans le quartier des réfugiés tibétains. Il y a un hôtel pas cher dans la partie touristique du monastère où je m’installe. Tout est neuf et grand. Le bâtiment principal est propre et efficace. Au fond, on trouve la salle de prière richement décorée de fresques récentes.

C’est plus ou moins réussi mais il y a la quantité. La photo d’une dame est partout. Encore plus que celle du dalaï lama. J’apprendrais plus tard que c’est un monsieur, un moine tantra. Ils ont la particularité d’avoir les cheveux longs. Comme quoi le tantrisme, ce n’est pas que faire l’amour sans se toucher.

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Juste après mon arrivée, un jeune moine souffle dans un immense coquillage de manière continue en faisant des variations de volume. Quand le son est au plus fort, ça fait tout vibrer. C’est l’appel à la pudja, la prière.

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Fini la récré, les petits moines rentrent à l’école

Après je me suis crue dans Tintin qu Tibet. La cérémonie est hyper ritualisé. C’est un peu triste à dire, mais c’est plus impressionnant que les prières de mes petites copines les nonnes de Mulbeck (hé oui, chez les bouddhistes aussi, on ne traite pas les hommes et les femmes de la même manière). Les moines tapent sur des gros gongs, soufflent dans de grandes trompettes super longues. Une petite vidéo https://vimeo.com/202907821  Un d’entre eux est coiffé d’une crête de punk. Parfois, ils récitent les prières en faisant de petits mouvements esthétiques des poignets. Au niveau du son, les vibrations de leurs prières sont fortes et certains prennent des voies très graves. Certains ne sont pas très disciplinés et pendant qu’ils récitent leurs textes, ils regardent à droite à gauche, discutent… Dans la salle de prière, il y a plein de chips, de bonbons, de sucrerie. Les moines les distribuent à la fin de la pudja et m’en donne. Je suis ravie et très spirituelle.

A la sortie, je discute avec trois petits moines d’une vingtaines d’années. Deux viennent du Népal et un d’Assam, à l’Est de l’Inde. Ils m’expliquent que cette université comptent 500 étudiants et que c’est une des plus grandes université du bouddhisme tibétain au monde.

L’un d’entre eux a un petit chien charmant qui l’attend avec impatience à la sortie de la pudja. Je me dis que ce n’est pas très bouddhiste « d’avoir» un chien. Tous ses petits moines sont très sympathiques au demeurant.

Ce monastère a été construit par des déracinés : les réfugiés tibétains. Il y règne une ambiance particulière. Il y a un grand parc très touristique où on trouve d’immenses (25 mètres de haut) statues de bouddha kitsch.

The biggest stupa in the world (qui a les plus grosses carracasses ?)

Mon hôtel est au dessus d’une petite galerie commerciale en arc de cercle. On y trouve le resto tenu par les moines, une supérette, des magasins de souvenirs, un café branché, … Mais je suis très contente. Je redoutais vraiment la grande ville et l’endroit est silencieux. Et surtout, je le répète quel bonheur de ne pas être dans un endroit touristique. Enfin, ce n’est touristique que pour les indiens. Je mange le soir dans le resto des moines où je rencontre une famille du cru. Le papa porte le turban sikh qui m’impressionne beaucoup vous l’avez compris. La fille travaille à LG à Dehli. Ils sont tous très sympa mais doivent partir rapidement parce que le monastère ferme ses portes à 9h.

Le lendemain, je me réveille à 5h30 pour aller à la pudja. C’est moins théâtrale que la veille. Vers midi, je traverse toute la ville pour aller dans le centre de méditation. C’est à 15 km de Dehradun. Je redoute la traversée de la ville chaotique indienne. C’est la première fois que je je suis dans une grande ville, sans compter Srinagar. Je choisi les itinéraires bis et traverse des zones résidentielles avec de grosses maisons aisées et colorées. J’arrive ensuite à coté d’un petit lac en pleine ville, au milieu des travaux. La lumière est blanche et belle. Une grande sérénité se dégage du petit lac aux cygnes alors que la chaos règne autour avec les postes militaires et les gens qui se serrent pour passer en vélo le petit pont malgré des travaux. J’oubliais de dire que le monastère se trouve juste à coté d’une immense caserne militaire et que Dehradun est connu pour être un bastion des l’armée indienne.

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Ceci n’est pas de la propagande patriotique

Une fois sortie de la ville, je commence à respirer. L’air est chaud et humide mais je suis contente, ça me rappelle Grenoble. La végétation dense. Elle prend tout l’espace d’un vert puissant. La route est bordée d’arbres énormes qui semblent fait de milles lianes. C’est la période de la fin de la mousson et la végétation explose.

La mousson en Uttarharand (l’état dans lequel se trouve Derhadun), est très forte. En juillet, il y a eu de nombreuses crues, coulées de boue. Toute l’humidité de l’océan indien vient s’écraser sur les contre fort de l’Himalaya. Je m’enfonce dans la campagne et l’ambiance change complètement. La rivière que je suis apporte de la fraîcheur et des petits jeunes se baignent. Après quelques détours et kilomètres supplémentaires, je trouve enfin le centre de méditation vipassana, au bord de la rivière. Des bâtiments fonctionnels sont engloutis sous les arbres. L’arrivée est très administrative. Il faut prendre un ticket ici, remplir tel formulaire, allez voir tel personne pour déposer ses affaires. Les gens sont très sérieux.

Une fois que tout ça est fait, on nous propose un petit goûter. Sur le groupe d’une trentaine de femmes, il y a 5 occidentales. Les autres sont indiennes. Je discute un peu avec une italienne et avec une petit indienne de 17 ans, Nirlipta. Elle parle énormément, beaucoup trop, débite à toute allure des flots de connaissances encyclopédiques pour montrer qu’elle est quelqu’un de bien. Elle raconte aussi qu’elle n’a pas trop de copains au lycée et qu’elle préfère les livres. Tout ça la rend bien attachante.

Alors, je vais vous expliquer un peu qu’est ce que Vipassana. C’est un cours de méditation pour occidentaux en quête d’expérience spirituelle après Iyawaska en Colombie et le LSD. Ou mais, pas que …

Le cours dure 10 jours. Il y a pleins de règles : pas parler pendant 10 jours, pas de livre, pas de téléphone, pas le droit d’écrire, pas de musique, si médicaments, à voir avec les encadrants, pas de cigarettes, pas d’alcool, pas de drogues, pas de sexe (c’est séparé homme femmes), pas de vêtements olé olé, et j’en oublie sûrement.

La journée est organisée de la manière suivante :

4h : Réveil

4h30/6h30 : médiation de groupe (dernières demi heure en écoutant les mélodies harmonieuses du gourou Goenka)

6h30 : Petit déjeuner (toujours en écoutant le gourou Goenka chanter en pali, la langue dérivée du sanskrit parlée du temps de Bouddha)

8h/9h : méditation immobile (à partir du 4 ème jour, on doit essayer de ne pas bouger du tout)

9h15/11h : méditation

11h : déjeuner

13h/14h20 : méditation

14h30/15h30 : méditation immobile

15h40/17h : méditation

17h : Dîner

18h/19h : méditation immobile

19h/20h30 : speech du gourou Goenka

20h30/21h : méditation dans le hall

21h : dodo

Toutes les interventions du gourou Goenka sont enregistrées et diffusées en audio dans la salle de méditation et en vidéo pour le speech du soir. Il y a deux professeurs assistants, un pour les hommes, un pour les femmes et on peut leur poser des questions de temps en temps (même si l’idée c’est le silence).

Les trois premiers jours, on étaient sensé se concentrer que sur notre respiration. On nous avait prévenu que ces trois jours étaient très durs. Effectivement, les minutes semblent des heures. J’attendais avec impatience l’heure des repas qui était un des seul trucs concrets à faire.

A cette période, je me disais que j’allais rentrer en France directement après, à la fin du mois de septembre parce que j’étais au bout du rouleau et que je voulais aller pleurer dans les jupons de ma maman. Au lieu de ne penser à rien, j’ai passé des heures à réfléchir comment j’organiserai ma vie en France. Une nuit, j’ai eu une insomnie et j’ai passé 3 heures à saliver à l’idée d’un jambon beurre. J’avais mal à la tête, je ne dormais pas assez. Je m’attendais pas à ce que la méditation génère un tel chaos en moi, haha !

Après les trois premiers jours, ça devient effectivement plus facile. La grande introspection commence. Pour ma part, j’ai trouvé ça assez fascinant. Au final, il n’y avait que très peu de moment où j’arrivais à ne penser à rien. Mais rien que de voir défiler, toutes ses pensées ça permet de les analyser. Au bout d’un moment, on se met à penser à des gens qu’on a pas vu depuis très longtemps, à des trucs qu’on avait oublier. Tout ça est assez passionnant et assez personnel.

Il y avait tout de même des moments où je m’énervais toute seule, notamment on nous diffusait les chants du gourou au moment du petit déjeuner ; ou quand il faisait des grands speechs sur la liberté et que sa femme restait assise pendant une heure sans ouvrir la bouche.

Après, les speechs étaient pas mal pour en apprendre plus sur le bouddhisme. L’idée de vipassana, c’est d’enseigner la véritable méthode de libération transmise par Bouddha. Personnellement, j’ai quelques soucis avec « la seule », « la véritable ». Mais après, il faut dire que cette technique de méditation me convient plutôt bien. Ce n’est pas basé sur la visualisation ou sur le fait de répéter un mot ou une phrase, comme dans d’autres courants du bouddhisme. Il faut seulement d’observer ses sensations. Les deux mots clés c’est la concentration et l’équanimité. L’équanimité, c’est le fait de ne pas poser de jugements mais de seulement regarder les choses comme elles sont.

Cette méthode repose sur la philosophie bouddhiste épurée. Le concept de réincarnation est considéré comme quelque chose d’acquis. Pour moi, ce n’est pas vraiment le cas. Mais j’essayais de voir cette philosophie comme une manière d’expliquer un phénomène complexe au 6ème siècle avant JC.

C’est assez marrant parce que pour nous les occidentaux largement athée, ça fait un peu rétro de s’intéresser à la spiritualité (même par le biais de vipassana). Du coté des hindous (il y a beaucoup d’hindous parce ce que Goenka est hindous), vipassana est assez révolutionnaire. Par exemple, le jeune et la pratique de rituel religieux sont interdits. J’ai mis du temps avant de comprendre que c’était une « charge » contre les hindous. Les rituels sont très présents dans la religion hindous (ma théorie est que c’est ça qui fascine tant les occidentaux en Inde) et de nombreux hindous jeûnent au moins un jour par semaine.

Notre groupe n’a pas du tout respecter la règle du silence. J’ai appris plus tard que c’était la petite Nirlipta qui avait brisé la règle la première. A partir du 5 ème jour, c’était salon de thé au moment des pauses. A un moment, la fille italienne est venue me poser une question. Elle avait un soucis avec un des concepts et voulait me demander mon avis ou partager ses doutes. J’ai répondu à sa question et après j’ai eu une énorme insomnie. J’ai donc décidé de ne plus parler aux autres après. Pendant les 10 jours, j’ai eu des vertiges en me levant et je suis même tombée dans les pommes pour la première fois de ma vie.

Pour en revenir à l’environnement extérieur, on a eut de gros orages et j’étais contente de ne pas être dans ma tente. Parfois de gros singes noirs sont venus nous rendre visite. Je partageais ma chambre avec une dame indienne d’environ 45 ans aux airs lugubres. Une desesperate house wife qui faisait plein de bruits bizarres maniaque du ménage. Comme ça, je n’avais pas trop de tentation de parler. Après les 10 jours en silence, à force d’observer, j’avais l’impression de connaître les gens. Même si ils ont révélés d’autre facette quand on a commencé à parler.

Une scène marrante, au bout du troisième jour, on peut poser des questions à l’assistante. On y va trois par trois. Ma voisine espagnole qu’elle a mal à chacune des parties de son corps. L’assistante lui répond « c’est très bien, c’est normal ». L’espagnol était dépitée.

A la fin des 10 jours de silence, on a eut un jour dans le centre où on pouvait reparler. C’était l’effervescence la plus totale même si certaines avaient déjà rompu le vœux de silence depuis longtemps. Pendant tout ces 10 jours, j’ai pensé à une bulle du chat. Le chat est au lit avec une belle dame peu vêtue. Il lui dit « Alors heureuse ? » et elle répond « Oui, que ce soit fini ». On a un super repas avec du mutter paneer, du fromage aux petits pois en sauce épicés, mon plat indien préféré, des desserts, c’est la folie ! C’est vraiment sympa de discuter avec les autres. On a l’impression qu’on a traversé quelque chose de fort ensemble et tout de suite, on se parle de choses essentielles.

Il y a Sassi, un argentine à tête d’allemande. Elle a 24 ans et fini un long voyage de 6 ans. Elle est à fond sur la méditation qu’elle pratique depuis qu’elle a 15 ans et espère vraiment un jour atteindre le nirvana.

Il y a Nirlipta, petite rebelle insoumise. Elle se vante en disant « je suis tellement charismatique qu’il a suffit que je me mette à parler pour que tout le monde le fasse ». Elle me raconte ensuite qu’elle a parlé parce que sa voisine de chambre se sentait vraiment mal. Elle faisait des cauchemars et elle est venue la réconforter. Elle s’est aussi amusée à monter dans les arbres pour se rapprocher de ses cousins les singes et elle est tombée.

Et puis, il y a Tamana, une jeune femme indienne de 25 ans. Elle travaille dans une ONG à Dehli. Elle est fan de Rumi, le poète soufi et on communie en s’envoyant des poèmes sur What’s app. Elle est beaucoup plus calme que les deux autres et très sympa.

Le dernier jour quand tout le monde part, je reste un peu plus longtemps pour aider à ranger. Avec la famille de Nirlipta, on va tremper les pieds dans la rivière. Après avoir passer autant de temps à observer mes sensations, les courants d’air à différentes températures, la fraîcheur de l’eau étaient absolument délicieux. J’ai attendu leur départ avant de retourner me baigner en entier toute seule dans la rivière, c’était féerique et je me sentais comme un poisson dans l’eau.

A midi, il ne restait plus qu’une fille qui s’est occupé du service. Dans notre groupe de trente, deux jeunes femmes étaient chargées de nous réveiller le matin, de mettre en route les DVD, de nous rappeler les règles si besoin, servir à manger…

On a mangé ensemble et elle m’a un peu raconté sa vie. Elle vient de je ne sais plus quelle grande ville où elle travaille comme comptable pour une boîte indienne qui sous-traite aux boîtes anglaises. Elle doit donc se plier aux horaires anglais, commence à midi et fini à 9 heures le soir. Elle a fait son premier stage de médiation l’année précédente. Ça a été la lutte avec ses parents pour qu’il la laisse partir 10 jours. Depuis, elle s’est fixée pour l’année une liste de choses à faire. Parmi les trucs dont je me souviens :

– changer la vie de quelqu’un (assez ambitieux)

– siffler un mec dans la rue

– danser comme une folle

Les deux derniers trucs, elle les a fait en Roumanie où elle a voyagé pour son boulot. Je trouve ça trop mignon, parce que danser comme une folle, pour une occidentale, c’est assez commun de l’avoir déjà fait à 24 ans. Par contre, siffler un mec dans la rue, j’ai trouvé ça très drôle.

Après une sieste pour me remettre d’une horrible nuit d’insomnie accompagnée d’un petit écureuil curieux venu me rendre visite, je quitte le centre avec mon vélo. Sur la route du retour, j’ai acheté des sucreries et après en avoir manger une, j’ai senti, la pulsation du sang dans ma joue. C’était la réaction physique qui pousse à la dépendance au sucre. Première fois que je sens des trucs aussi fins !!

Gloires et splendeurs de Manali

Nous le 25 août et mon ami Kiyan vient juste de partir en bus vers Dehli. Il prendra un avion pour le Sri Lanka. Je suis rincée, lessivée, explosée, triste, au bout du rouleau. Après avoir pris des anti-bios pendant 5 jours sous les recommandations du pharmacien (rapport à mon gros mal de gorge), je vais cette fois voir le docteur. Je fais l’expérience du docteur indien qui se passe plutôt bien. Un marchand de vélo voisin passe un coup de fil et le docteur arrive à son cabinet comme une fleur. Je suis rassurée qu’il me dise que je n’ai rien aux poumons parce que je tousse toujours comme une tuberculeuse. Mon plus gros problème est que je suis presque aphone et donc je ne peux pas rire. C’est très frustrant de ne pas pourvoir montrer que j’ai compris une blague. La consultation ne coûte pas trop cher, 100 roupies, le prix d’un thali, un repas complet pas cher en Inde.
J’ai tellement pas d’énergie que je reste encore trois jours dans l’horrible old Manali que je déteste avec ses bars branchés et ses hippies en quête de spiritualité qui passent leurs journées à fumer. Je reste dans ma petite chambre à lire «les Mille et une nuits», dormir, manger et écrire un peu mon blog.
Parmi les choses rigolotes, je retrouve un petit groupe de français rencontré au Zanskar. On boit des coups en écoutant un groupe de reggae. On fûme un bout de shit qu’ils ont trouvé dans une boîte d’allumettes chapardée par inadvertance à un horseman. C’est de la bonne herbe et on illumine le dance floor sur le reggae d’un jamaïcain de Montpellier.

Après trois jours, je trouve assez d’énergie pour déplacer ma carcasse. Le matin avant de m’extirper d’Old Manali, je me fais payer le thé par un gars de Srinagar qui m’a vendu des boucles d’oreilles. Arrivent deux filles, une israélienne d’origine de Marseille qui dit «C’est trop le destin qu’on se rencontre, mon deuxième prénom c’est Camille». Elle est accompagnée d’une canadienne méga belle gosse. Elles me racontent un peu les soirées avec le gars du magasin. Ça picole sec, elles fument à l’œil. Il y a quelques endroits où l’Inde très traditionnelle se mélange avec le tourisme hippie. Ça donne des choses très bizarre et quelques cas de schizophrénie. Le tourisme hippie qui sévit depuis les années 70 n’a vraiment été à mon avantage. En Inde et au Népal, être occidentale veut dire fumer des joints, boire et coucher facilement
L’hostel où je vais est à quelques kilomètres de Manali (en descente). Il est tenu par un jeune indien de 21 ans venu de Mumbaï. Il a monté deux auberges de jeunesse à Manali et à Goa avec trois autres copains. C’est la jeunesse dorée des grandes villes indiennes qui peut faire joujou avec le capital à Papa. On verra bien combien de temps ça dure. En tout cas, ils voient grand puisqu’ils veulent créer des auberges de jeunesse partout en Inde et même en Europe. C’est un peu moins fun que ce j’imaginais. On dort dans des petites cases comme au Japon et je dois négocier pour pouvoir utiliser la cuisine. Le bon coté, c’est qu’on trouve dans le jardin des pommiers croulant sous les fruits. La vallée de Manali est réputée pour ses pommes.

Le premier soir, je discute avec un des co-propriétaire de l’auberge, Aachman. Il est en train d’écrire un roman sur la théorie des univers multiples que j’ai découvert avec Kiyan. C’est absolument «épatant» (comme le mari que je mérite de rencontré selon une de mes tantes). Voilà comment Kiyan me l’avait décrit (on avait nos éternelles discussions sur la science, enfin c’est plutôt moi qui écoutait). A chaque fois que tu fais un choix, tu dois choisir entre aller à droite ou gauche, il y a un univers différent qui se créer. Celui ou tu vas à droite et celui et celui ou tu vas à gauche.
Après ce dont je me souviens de cette discussion voilà quelque chose d’un plus scientifique. C’est l’extrait de l’article «Le multivers existe-il ?» de Georges Ellis sur le site PourlaScience.fr
«Depuis une dizaine d’années, une hypothèse extraordinaire passionne les cosmologistes : l’Univers que nous sommes en mesure d’observer ne serait pas unique, il en existerait des milliards d’autres. En d’autres termes, l’Univers ferait partie d’un « multivers » plus vaste. […] Selon cette idée, non seulement la Terre n’est qu’une planète parmi tant d’autres, mais l’Univers est lui-même insignifiant à l’échelle cosmique, un parmi un nombre incalculable d’autres univers régis par leurs propres lois.

Le terme multivers a plusieurs significations. Nous pouvons sonder l’espace qui nous entoure jusqu’à environ 42 milliards d’années-lumière, distance qui correspond à celle parcourue par la lumière depuis le Big Bang en tenant compte de l’expansion cosmique. Mais il n’y a aucune raison de penser que l’Univers s’arrête à cet horizon cosmologique. Il pourrait se prolonger indéfiniment au-delà, semblable à notre région observable. Seule la distribution de matière différerait d’une région à l’autre, mais les lois physiques seraient identiques. Presque tous les cosmologistes, et j’en fais partie, acceptent cette vision du multivers comme une collection de régions similaires. Le cosmologiste d’origine suédoise Max Tegmark l’a qualifié de « multivers de niveau 1 ».

Mais certains vont plus loin. Ils imaginent une infinité d’univers différents, régis par des lois physiques différentes, ayant des histoires différentes, voire des espaces n’ayant pas le même nombre de dimensions. La plupart seraient stériles, mais certains grouilleraient de vie. L’un des principaux partisans de ce multivers de « niveau 2 » est le cosmologiste d’origine russe Alexander Vilenkin, qui dresse le tableau spectaculaire d’un ensemble infini d’univers renfermant une infinité de galaxies, une infinité de planètes et une infinité de personnes qui sont votre sosie et qui sont en train de lire cet article. »
Je vous laisse en lire plus si ça vous intéresse http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/article-le-multivers-existe-t-il-28762.php
Autrement Aachman veut ouvrir un café artistique dans l’auberge de jeunesse où il vendrait de l’artisanat local. Il me parle aussi de la politique indienne, me raconte que le gouvernement actuel est d’extrême droite et très anti-musulman. Selon lui, en Inde 60% de la population est d’extrême droite. Il me montre sur les pages facebook de dessinateurs satiriques indiens. Un des dessins représente un homme obligé de transporter le cadavre d’un de ses parents sur son dos alors que l’Inde est la 7ème puissance économique mondiale. C’est inspiré d’une situation réelle qui avait fait scandale en Inde. Aachman me parle aussi des manifestations qui ont explosé après le viol d’une jeune femme. En soutien, une chaîne de télé a affiché écran noir pendant une heure sur lequel il était écrit «Indian’s sister». Quelques jours plus tard, la chaîne a été coupée.

En plus des Milles et une nuits, je lis le «Que sais-je ?» sur l’Histoire de l’Inde. J’effleure l’incroyable richesse de l’Inde ancienne avec les védas, les Brāhmaṇas, les Āraṇyaka et les Upaniṣad, les textes védiques écrit en sanscrit 2000 ans avant Jean Christophe. C’est incroyablement dense et difficile à saisir en peu de pages, mais ça ouvre des perspectives.
Mes lectures confirment aussi la pérennité des violences entre les hindous et les musulmans. L’histoire de l’Inde est ponctuée de nombreux massacres de musulmans ajouter exemple. Rien de nouveau sous le soleil. D’ailleurs est ce que vous connaissez le Sultanat de Dehli et l’Empire Moghol qui a régné sur le nord du 15ème au 18ème siècle ? Il a été fondé par Bâbur, le descendant de Tamerlan, en 1526. On les appelle les « Moghols » en référence aux Turcs Timurides, des steppes d’Asie centrale autrefois conquises par Genghis Khan. Ce qui est assez fantastique, c’est que pendant tout mon voyage, il y a une sorte de continuité culturelle, de mélange entre des civilisations sur la route de la soie.
La dernier truc qui m’a marqué est la violence de la vie politique contemporaine. Après l’assassinat de Gandhi, Nehru a pris le pouvoir. La sanglante partition du pays a eut lieu en 1947 avec l’Inde, le Pakistan occidental et le Pakistan Oriental (actuel Bengladesh). Peu après sa mort en 1964, sa fille, au nom trompeur d’Indira Gandhi, devient premier ministre. Je vous passe les turpitudes de l’exercice de son pouvoir mais en 1984, elle est assassinée. Rajvik Gandhi, son fils, lui succède comme premier ministre. Il est lui aussi assassiné en 1991.
Une dernière anecdote pour montrer qu’en Inde, le pouvoir est une histoire de famille. En 2004, la veuve de Rajvik d’origine italienne, Sonia Gandhi, est chef de l’Alliance Progressiste Unie (UPA). Elle devient présidente du Congrès mais elle renonce à devenir premier Ministre.

Cette partie, c’était pour faire genre que je suis une fille bien et faire oublier que je me suis laisser porter par l’ambiance hippie à deux sesterces de Manali. Le truc sympa, c’est qu’au moins c’était avec des indiens. Dans l’auberge de jeunesse, il y a 4 copains de Mumbaï d’environ 23 ans qui venaient faire les marioles dans l’Himalaya. Deux d’entre eux bossaient pour une émission télé culinaire (Mumbaï est la capitale du Bollywood). Un des deux est fan de médiation et je le trouvais souvent le matin assis en tailleur avec de la musique de méditation, les sourcils froncés pour montrer qu’il se concentre bien. Le plus sympa des trois est un grand gars, cuisinier qui travaille en ce moment à Miami. Ils font une belle équipe de gaillard avec cette ambiance qu’on ne trouve qu’entre les mecs. Bon le truc, c’est qu’il passait leur journée à fumer et à boire.

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l’équipe de Mumbaï

Deux jours plus tard, une petite australienne de 18 ans arrive avec un indien de Dehli qui vit en Allemagne depuis 4 ans. Ils sont en moto et viennent d’Auroville, la communauté à coté de Pontdicherry créée par une française. Environ 2000 personnes y vivent. Pas mal de français, mais aussi des indiens et puis des gens d’autres nationalités. La soeur du gars à la moto habite là bas et il va donc y passer ses vacances en bossant dans une ferme bio.
La petite autralienne fait son premier voyage initiatique. Sa famille est juive. Elle a d’abord passé plusieurs mois en Israël avant de venir en Inde où elle est restée à Auroville jusqu’à ce petit trip vers le Nord. Elle me dit si il y a autant d’israéliens en Inde, c’est parce qu’ils s’y sentent en sécurité et parce que ce sont deux terres très spirituelles. Quand on lui parle de la situation d’Israël, elle me dit «Je trouve ça hallucinant tous les gens qui jugent. Faut quand même considérer que toute situation est temporaire». Bah, va dire ça aux familles des palestiniens !
Avec cette petite troupe, je faisais un peu ma snob. Mais on a quand même passé des moments sympas. J’ai initié les premières boums de l’auberge de jeunesse, la danse étant un bon remède contre la dépression. C’est comme ça qu j’ai découvert les hit du Bollywood 2016 que je ne peux pas ne réécouter sans nostalgie https://www.youtube.com/watch?v=lBuLUidR9r0. C’est aussi à ce moment que j’ai découvert le nouveau duo Sia/Sean Paul (j’adore Sean Paul). C’est bien la peine d’aller en Inde pour ça : ) Enfin, je vous le fais quand même écouter https://www.youtube.com/watch?v=nYh-n7EOtMA Un des gars qui travaille à l’auberge de jeunesse est un danseur hip hop. Un soir, on s’est fait une impro tous les deux absolument génial, l’alcool et la fumette aidant. Sa compagnie est à Darjeeling et il ne peut plus danser avec eux.

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Lalit le danseur

Le temps passe et je n’ai toujours pas envie de remonter sur mon vélo. Finalement, je décide de prendre un bus pour Dehradun où je vais faire un stage de méditation vipassana. Je renonce à la Spiti Valley qui descend vers le sud. Je suis un peu dégoûtée, la route semble magnifique et surtout, il y a des léopard des neiges. Je rate une occasion de faire la une des journaux indiens
«Une cycliste française dévorée par un léopard des neiges
«C’est vrai que je n’ai vraiment pas été déçu de la qualité de la viande. La France démontre une fois de plus l’excellence de ses produits nourris aux légumes du potager» témoigne le léopard interviewé par notre envoyé spécial».

Après quelques jours de repos, j’ai enfin eu l’énergie de sortir. Je me suis retrouvé au petit temple du village de Javatsu, tout d’un coup loin de l’ambiance artificielle et touristique.

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Les rues de Javatsu

La gardienne du temple, qui serait la brave paroissienne de chez nous, est une petite dame plutôt ronde à la peau bien blanche et aux yeux bleus. «J’ai les yeux comme toi» qu’elle me dit. Sa collègue, une dame concrète et bien ancrée dans la terre me montre les deux parties du temple hindou, me met du rouge sur le front, et m’explique ce que je dois faire à quel moment. Ce qui m’arrange parce que question rituels hindous, je ne suis pas au top.

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A mon départ, la gardienne en chef me propose de venir le soir de 8h à 9h quand ils chantent et dansent. Après avoir laisser traîner quelques jours, j’y vais finalement. 8 ou 10 personnes se retrouvent tous les soirs. Ils chantent des chants religieux. Tout le monde a un instrument, même moi. Ce ne sont que deux petites timbales métalliques que je manie avec bonheur, stress et attention. Il y a des hommes, des femmes, des adolescents, des enfants. Parfois, une femme se lève pour danser et j’y vais aussi. J’y suis allée trois soirs de suite et à la fin les gens me connaissaient. C’était hyper beau. Les chants sont assez simples, mais j’adore les percussions indiennes et l’harmonium. Pour ce qui est du texte, important parce que c’est des prières, il faut bien dire que je n’y comprenais rien. Seulement «Shanti, shanti », «doucement, doucement » et parfois, j’entends Shiva. Mais le troisième jour, je commençais à connaître quelques mélodies. C’est ce qui m’est arrivé de mieux à Manali.
Le dernier soir avant que je parte, une dame nouvelle m’a invité à boire le thé chez elle. Elle m’a raconté un peu sa vie. Elle vient d’une famille de pandit, les notables lettrés indiens. Son mari est mort il y a plusieurs années. Même si ils ont fait un mariage arrangé, ils se sont beaucoup aimé.

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Avec son mari

Elle me montre les photos de ses enfants et petits enfants.

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Sa fille en habit traditionnel

Une fois de plus, je me dis que nos générations ne vont pas à la même allure. Je suis un peu triste de la rencontrer pile le jour avant que je parte, j’aurais bien aimé la connaître mieux.

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Le dernier jour, je vais enfin visité les trucs que m’a conseillé ma copine Songma rencontrée à Darsha. Je vois un beau temple hindou tout en bois. Je vais ensuite mangé des momos (les raviolis tibétains) au marché dans un tout petit bouiboui. L’ambiance est très asiatique, chaude et humide. Le local est minuscule. On y cuit des quantité astronomiques de nouilles pour le Thukpa, la soupe de nouille. Un monsieur qui bosse dans une agence de tourisme escalade vient s’asseoir en face de moi. Je le trouve plutôt sympa jusqu’à ce qu’il essait de me refourguer sa camelote. Ensuite, un moine beaucoup moins loquace s’asseoit à coté de moi. Il y a aussi des lycéens excités qui font des aller retour dans le tout petit escalier.
En rentrant au bercail, je fais du stop parce qu’il n’y a pas de bus. Une petite famille de punjabi d’Amristar, une ville sacrée avec un temple en or, s’arrête. Ils ont une belle voiture et font gentiment un détour pour me raccompagner.

Comme je sais que lisez ce blog parce que vous aimez l’aventure, le vent frais, les courbatures aux mollets. Je suis sûre que vous aimerez le prochain article sur la méditation.

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Manali le bas

Zanskar 2 ou est ce qu’on aurait pas un peu fait les marioles ?

Nous sommes le 13 août en plein lazy day, repos après la traversée héroïque de la route du Zanskar (250 km) que même les voitures font du 20 km heures tellement elle est mauvaise. A cette époque, nous battons nos records de kilomètres par jour avec des journées de 6 heures à pédaler où on fait 25 km. Il faut donc se remettre.
Jusque là, on n’avait pas trop fait les marioles. Mais notre imagination, elle déjà un peu. En gros, le plan principal était d’aller à Padum et à défaut de mourir (vous le savez bien, on ne dit pas «voir Padum et mourir»), de faire demi tour et de reprendre la route vers Kargil pour ensuite rouler vers Leh. Mais de nombreux éléments perturbateurs sur vélocipèdes (autres cyclo-touristes) nous ont mis dans la tête l’idée qu’on pouvait faire un col à 5000m pour les trekkeurs avec nos vélos. Tout ça trottait dans nos esprits, alors qu’on faisait de nombreuses rencontres.
Parmi ses rencontres, on a quand même rencontré quelques locaux, enfin, locaux de Dehradun, originaire du Baltistan. Il s’agit du fameux Mohamed Yusuf, utilisé pour vous tenir en haleine à la fin de mon dernier article. Le premier jour, il nous sert des samossas à la patate à 10 roupies (1 euros = 75 roupies, je vous laisse faire le calcul). Je pense que c’est ça qui déclenché cette amitié. Mohamed Yusuf vient me poser des questions sur les footballeurs français. Bon, je ne suis pas la meilleure personne pour répondre à ses questions mais je donne la réponse habituelle que mon meilleur ami connait très bien le foot en France et que si il était là, ils pourraient avoir une longue discussion.
Son bouiboui devient notre QG et avec Kiyan, on entretient le rêve d’arriver et de dire «comme d’habitude». Mohamed Yusuf a 20 ans. Il fait des études de génie civil. Sa famille vient de Dehradun, comme la plupart des gens qui font du business à Padum. Ils ont un petit resto/salon de thé. Il monte ici pendant ses vacances. Il va aussi parfois à Manali où sa famille a un autre business. Il est de taille moyenne, brun aux yeux marrons clairs et il a de grands cils qui lui donne des yeux doux. Il porte toujours un pull en laine avec des motifs montagnards qu’on pourrait voir porter par des parisiens à Avoriaz. Son histoire m’intéresse bien. Sa famille est originaire du Baltistan, qui se trouve aujourd’hui principalement au Pakistan. Vous vous souvenez peut être qu’avant d’arriver à Kargil, la ville indienne la plus au nord, j’ai rencontré des gens qui parle le balti. Le Baltistan m’oblige a faire quelques recherches auprès de sources très sûres, comme Wikipédia. J’avais le pressentiment que ça allait être cool et je ne suis pas déçue. Le Baltistan est la zone au Nord du Ladakh, entre Gilgit et la frontière indienne. Au milieu, il y a Skardu, pas bien loin du camp de base du K2, la deuxième montagne la plus haute au monde. En gros, c’est la route à laquelle j’ai renoncé quand j’ai décidé de ne pas faire la Karakorum Highway parce que je ne voulais pas aller au Pakistan toute seule.
J’en profite pour faire deux petites parenthèses. Alors, la Karakorum m’a fait sacrément rêver. C’est la grande soeur de la Pamir Highway, une route qui relie la Chine au Pakistan, puis l’Inde en passant plusieurs col à plus de 4000m. C’est une des routes mythiques des cyclistes et j’ose m’avancer en disant qu’elle est un peu moins fréquentée en ce moment pour des raisons géopolitiques. Enfin, quand je traînais sur les forums, je voyais encore des gens qui souhaitaient y aller. J’ai même rencontré un allemand qui avait obtenu son visa pakistanais et qui attendait pour le visa chinois (qui était presque impossible à cette époque). J’ai aussi entendu parlé d’un français qui a obtenu son visa pakistanais de Chine mais qui a été convoqué à un entretien par le consulat Pakistanais à Paris. Il a donc vu son visa lui passer sous le nez parce qu’il était en Chine et ne pouvait pas faire l’aller retour pour un visa.
Maintenant, j’en profite pour faire ma deuxième parenthèse du pourquoi j’ai décidé de ne pas aller au Pakistan. Ces plans traînaient dans ma tête au milieu du désert iranien. Une française rencontré là bas me dit de faire attention. Elle me raconte qu’elle a rencontré une hollandaise qui voyageait en solo et qui s’est fait violé en Irak. A ce moment là, j’ai capté qu’en zone de guerre, il y a quand même plus de chance que des choses qui ne doivent pas arriver arrive. Je me suis dit que je n’étais pas encore assez mûre pour le Pakistan toute seule. Mais vous voyez si j’en parle, c’est que cette route me fait encore rêver. Certains voyageurs disent que l’hospitalité pakistanaise est incroyable. Autrement pour en revenir aux histoires de femmes cyclistes, c’est la seule histoire que j’ai entendu qui finisse mal. J’ai aussi entendu celle d’une très belle nana qui a voyagé seule en Afghanistan et qui a adoré.
Mais revenons en à nos moutons baltis. Historiquement, le Baltistan était appelé petit Tibet et le Ladakh «The Great Tibet». Cette région était bouddhiste, c’était la frontière ouest du Tibet. A partir du 14ème siècle, la population a été convertie à l’Islam. Maintenant, elle est majoritairement musulmane.
Après la grande Histoire, basculons dans la petite. Depuis l’indépendance de l’Inde, la famille de Mohamed Yusuf est séparée entre le Pakistan et l’Inde. Ils ne peuvent plus se voir mais continuent à s’appeler. C’est révélateur du drame de la partition de l’Inde et du Pakistan après l’Indépendance en 1947. Mohamed Yusuf a une partie de sa famille en Iran. Comme ils sont chiites, l’Iran est un pays ami. Il nous montre les photos de son frère et de sa sœur là bas. On discute beaucoup. Une fois de plus, Kiyan a la touche avec ses origines.

Autrement, on rencontre grave de peuple, enfin du peuple des touristes. On boit des bières avec deux italiens très sympas qui viennent faire leurs vacances en faisant de l’humanitaire une semaine puis en allant ensuite faire Leh/Manali en moto. J’adore leur autodérision délicieuse quand ils se surnomment les « super dentista ». On parle de Nino d’Angelo avec le napolitain et de l’Érythrée avec Omar. Sa famille qui a participé a un soulèvement contre le gouvernement et qui n’a donc pas trop intérêt à y retourner. Omar raconte que quand il est allé là bas, il a senti que c’était son sang. Kiyan n’a pas l’air de partager ce sentiment, lui qui se décrit comme une noix de coco, marron à l’extérieur mais blanc à l’intérieur. Vous l’avez compris, au cours de ce voyage, je m’intéresse aux racines, et pour commencer aux racines exotiques de mes collègues de voyages.
Parmi nos rencontres, on retrouve la famille des hollandais avec qui on boit des bières. Ce sont définitivement des must (je sais, ça ne veut rien dire mais vous avez compris l’idée). On rencontre aussi un groupe de français qui fait du trekking, trois petits français bretons charmants qui ont entre 17 et 19 ans. Ils vont faire du volontariat dans une école, gérée par une association française. Un gars lamba débarque avec Kiyan et dès qu’on se retrouve tous les deux, dit qu’il veut m’embrasser. A cette époque, j’ai déjà pour objectif d’apprendre à crier sur les gens parce que j’ai des difficultés à exprimer ma colère. Malheureusement, je ne saisi pas cette opportunité en or. Le problème au Zanskar, c’est que les gens sont trop polis et je n’ai jamais d’occasion de pratiquer. Kiyan qui a un cœur en or adore hurler sur les gens qui le mérite et je me dis que ça ne me ferait pas de mal d’apprendre ça de lui.

Après trois jours de glandouille dans notre hôtel zanskari avec petite cour intérieure charmante, on entame un mouvement. D’abord de grosses courses parce qu’on compte pour 10 jours de nourriture comme on ne sait où est ce qu’on trouvera du ravitaillement.
Puis on décolle. C’est marrant, comme ça enferme une ville, même petite comme Padum. On reste à l’intérieur et on oublie que le monde est grand. Autour de Padum, le monde est particulièrement grand.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAComme les montagnes. Au fond d’une vallée à 3500m, un glacier nous fait face au sud ; au nord, il y a la route du fleuve gelé (comme dans «Himalaya, l’enfance d’un chef»), qui permet l’accès en hiver, à l’ouest, la route de Kargil et à l’est (depuis le début, je vais toujours plus à l’est) le sentier qui mène à Manali.

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On commence la journée sous un grand soleil en se trompant de route et on fait 6 kilomètres supplémentaire et 250 m de dénivelé pour nous ouvrir un peu les poumons et chauffer les mollets. On a une belle vue mais quand même. La plus grande réussite de cette erreur est de nous permettre de rencontre une petite fille, tellement mignonne entourée par les tournesols, qu’on lui demande de la prendre en photo.

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Pour la remercier, Kiyan lui offre une des horribles gelées achetées pour les enfants. Il lui lance et elle la reçoit dans la tête. Sur le coup, il est désolé mais après on rigole bien. Après quelques kilomètres de route, on dit au revoir au bitume rare et tant aimé. Vers midi, on fait une pause près d’un monastère. Après quelques minutes de repos, de petits moines viennent et veulent jouer avec nos vélos.
Arrivent ensuite 4 français et à ma plus grande surprise, il s’agit de grenoblois dont la présidente de l’association d’Alpes Himalaya. Elle a fondé et préside l’association qui soutient l’école du village de tangso. Ils travaillent avec une association jumelle zanskari. C’est assez fou. Catherine est accompagnée d’Arthur, son petit fil de 22 ans qui vient de Saint Hilaire et qui est allé au même lycée que moi. Il y avait aussi un de ses copains, Blaise et Alice une jeune fille de 17 ans qui a fait du vélo en l’Ecosse l’an précédente avec son meilleur ami de 16 ans aussi.

p1120033Catherine me raconte son histoire. Elle est née en 1938 en Allemagne. Ses parents francophiles étaient désespérés par la seconde guerre mondiale et, après le désastre, ont envoyé leurs filles en France pour rétablir l’amitié. Catherine s’est mariée avec un français et est restée. Elle a toujours été passionnée par le Tibet. A ses 60 ans, elle a décidé d’y aller, mais même il y a 20 ans, c’était compliqué. On lui a donc conseillé d’aller au Ladakh. Elle prend son billet et c’est le coup de foudre. Elle décide de monter une école à Tangso. Le horse man qui l’accompagne devient le président de l’association jumelle. C’est le début d’une aventure qui dure depuis 20 ans. Dans cette partie du Zanskar, tout le monde la connaît sous le nom de Mama Catherine. C’est une force de la nature. Elle a maintenant 80 ans et elle a fait, il y a quelques années, le col Shingo la à 5000 m en hiver. Ça inspire le respect, n’est-il pas ? J’oublie le plus important, ils nous invitent à manger du riz et du dal dans une sublime guest house construite par une française et on est contents.
A notre départ, on se rend compte que les petits moines ont joué avec le vélo de Kiyan et on se dit que la prochaine fois, on va tout y dire au Dalaï-lama. La pédalade continue bien et on installe notre campement dans un super spot. La lumière est magnifique et vient dorer les blés. Le village est haut perché et notre petit champ à côté de la rivière qui gronde fièrement. Une dame zanskari vient nous voir, nous montre la source. On se dit qu’on a trop de la chance. Le lendemain, elle revient. On se demande ce qu’elle veut et comme elle reste, on se doute qu’elle veut de l’argent. Les gens appellent ce champ avec une source un camping et ça me saoule un peu qu’elle ne nous ai pas prévenu la veille. On négocie et paie finalement. Cette pratique est courante au Zanskar, les gens font payer pour un pauvre bout de terrain. A part ça, on passe une très bonne soirée. Il y a un peu de bois. On fait un feu réussi le soir.

Le matin, la cuisson du porridge est plus dure parce que j’ai ramassé du bois humide, alors forcément ! Ce jour, nous prenons une décision qui aura une lourde incidence sur la suite des événements tatatan (musique de suspens écouter de 1:30 à 1:40 https://www.youtube.com/watch?v=vDCgvrpVl6Q&list=PLUi56N9RcnjClLk61PArFB8M-uNyIcjk2).
La bande des grenoblois nous a expliqué qu’il y a deux ans un glissement de terrain a bloqué la rivière Tsarap. L’armée indienne s’est doutée que ça allait semer la zizanie. Quand elle a enlevé les cailloux, le petit lac qui s’était formé a fait un tsunami et a arraché presque tous les ponts de de la rivière jusqu’à Padum. Le groupe de français de Tangso nous a prévenu que nous devions faire attention et après moultes tergiversations entre eux, ils ont convenus qu’on ferait mieux de passer par la rive droite à partir d’Ichar. On n’étaient pas complètement décidé parce qu’à gauche on avait 10 km de route à la place du sentier. Armés de plusieurs avis d’autochtones plutôt divergents, on a opté pour la voie de gauche. Quelle idée d’aller toujours à gauche par idéologie !
Plus loin sur la route, à Emnu, il y a un deuxième pont et lui aussi, on décide de ne pas le prendre. Je sais, je suis un peu insistante avec mes histoires de ponts mais vous allez voir, ça va avoir toute son importance dans deux jours ou quelques lignes.
On s’arrête boire un thé chez une dame qui a des enfants adorables à qui on fait gouzou gouzou. On se fait expliquer la route par un beau zanskari au visage émacié qui est avec sa femme et son bébé, une petite merveille au teint mat et aux grands yeux. On attaque ensuite la partie sentier, pas déçus du voyage, c’est hyper rocailleux et pentu. On doit parfois porter les vélos. Le sentier est étroit et c’est assez vertigineux pour nous foutre les chocottes.

A droite, on ne voit pas trop mais le petit point noir sur la plage, c’est le cadavre d’un cheval, tombé du chemin

On croise plusieurs fois un groupe de petites suisses avec qui on échange des salutations aimables, transpirantes et poussiéreuses. Notre arrivée à Cha est un peu spéciale. A l’entrée du village, un des trois gars qui se reposent à coté de la source sur le bord du sentier se met à hurler sur Kiyan. Bon … Arrivés au village, 3 gamins se mettent à jouer avec le vélo de Kiyan qui est déjà en piètre état. On est obligé de ramener le vélo à nous pour les faire arrêter. Le thé est vendu beaucoup plus cher que le prix normal. Les petites suisses ont donné des ballons aux gamins et ils s’amusent à les faire siffler tout en quémandant des biscuits. Vu notre niveau de fatigue, c’est absolument insupportable. Je comprends pour la première fois mon grand-père qui nous disait d’aller jouer plus loin. Martina, la guide des petites suisses nous raconte sa vie pendant, qu’affalés sur les bancs en bois à l’ombre d’une bâche, on se délecte d’un menu des plus ragoûtant : craquottes indiennes sucrées à l’anis avec de la sauce à l’ail et au gingembre, avec du fromage et des poivrons. Je sais, ça vous fais saliver !!

Martina a 35 ans. Elle a fait de la compétition de snowboard, elle a été prof de ski et snow. Elle a fait des études de psychologie, de philosophie bouddhiste et elle va bientôt étudier la psychothérapie bouddhiste aux States. Martina travaille le plus souvent comme guide au Népal et rentre parfois en Suisse pour faire du ski. Elle a un visage carré, de beaux yeux verts et une voix douce. Avec elle, on découvre aussi comment s’organisent ses voyages. Elle a trois clientes d’environ 50 ans qui n’ont jamais fait de randonnées avant. Le staff pour ses trois dames est constitué de 5 personnes : Marina la guide officielle ; un guide assistant zanskari avec qui elle doit faire comprendre que même si elle est une femme c’est elle la chef. Elle nous parle un peu de la répartition des rôles dans la société zanskarie et de manière générale bouddhiste, un peu traditionnelle. Deux conducteurs de chevaux et le cuisinier.Et oui, 5 personnes pour trois dames. Elles sont logées sous la tente et mangent sur une jolie nappe de pique-nique posée sur une table pliante.
Plus tard, le gars qui a crié sur Kiyan revient et cette fois c’est Kiyan qui lui crie dessus. Ensuite, il s’en veut un peu parce que Martina lui dit qu’il doit être un peu dérangé. Quand on cherche un endroit où poser la tente, le gars revient nous voir et nous dit de nous mettre sur son terrain et on paiera moins cher. Effectivement, il n’est pas du tout dérangé mais plutôt intéressé. On se casse et se planque pour camper sans se faire assaillir.
L’ambiance du village est vraiment bizarre et on se demande qu’est ce qu’il se passe. Plus tard, on voit défiler de nouveaux groupes de touristes. Tous offrent des bonbons aux enfants et les prennent en photo. On comprend. C’est la première fois que j’ai à faire au tourisme bien pensant destructeur. Ces villages sont très économiquement très fragiles et l’arrivée des touristes bouleverse leur fonctionnement. Tout ça n’est pas très agréable. Et puis, nous les cyclo touristes, on a des habitudes de luxe où les gens nous accueillent chez eux comme des héros. Ça change ! Avec tout ça, j’oublie de dire qu’il y a de mignonnes petites stupas à l’entrée du village, une petite source qui nous abreuve et des maisons typiquement zanskaries.

Le lendemain, on fait une journée tranquille de visite du monastère Phuktal. Déjà, la journée commence bien avec un bon porridge anis, raisins secs, crème en poudre et miel. En commençant à marcher, on rencontre un groupe de français. On discute un peu. Le guide Igor, est très lié avec le festival de voyage que je kiffe, Le Grand Bivouac. Kiyan se dit qu’il n’y a vraiment que des grenoblois au Zanskar (et il n’a pas tord !). On marche un peu avec eux, puis on se sépare. Le sentier est absolument sublime. La rivière est bleu turquoise et les montagnes rouges.

p1120074Après avoir fait les marioles sur la passerelle himalayenne

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qui sont dans leur habitat naturel, on découvre le splendide monastère de Phuktal accroché aux montagnes.

p1120090C’est magnifique et on fait tous notre photo de couverture facebook.

Avec Kiyan, on se pose boire un thé avec vue sur le monastère pour rattraper le retard important de nos carnets de voyage. Le groupe de français nous rejoint. Ils mangent à l’intérieur des mets délicieux et Igor nous fait passer incognito pour ne pas avoir de soucis avec les gens du groupe, deux fantastiques assiettes avec des pâtes, des champignons et des aubergines grillées. On est plutôt ravis et ça change des cracottes avec de la pâte d’ail. On va ensuite au monastère avec le groupe. Igor nous prend adorablement sous son ail et on bénéficie de ses connaissances encyclopédiques sur le bouddhisme. Il nous fait prendre la petite route du dessus qui nous permet de respecter un peu les traditions. Quand on arrive, on fait trois fois le tour du monastère sur les circulaires. Ce sont trois chemins de plus en plus rapprochés du monastère. En faisant le premier tour, le plus éloigné, on prie pour Bouddha, pour le deuxième, je ne me souviens pas et pour le troisième pour la communauté religieuse du monastère. On passe ainsi à coté d’un arbre sacré qui a poussé après que le fondateur du bouddhisme guéloukpa, Tsongkhapa, ait planté son bâton de pèlerin dans l’herbe. Le bouddhisme guéloukpa est une des écoles du bouddhisme tibétain. J’en profite, puisque vous ne m’avez pas demander, pour vous faire un petit cours sur les différents voies du bouddhisme tibétain. Igor nous avait expliqué mais j’avoue que c’était un peu flou pour moi, à l’heure où je l’ai entendu, en contemplant une magnifique vue sur le monastère. Merci le site Tibet.info.net
«Le bouddhisme tibétain s’ancre dans le Mahayana (Grand Véhicule), enseignements du Bouddha qui connurent un grand développement en Inde à partir du premier siècle de notre ère. […] Tout en conservant partout sa vocation centrale d’universalité, le bouddhisme Mahayana prend des formes extrêmement diverses selon les cultures et les croyances qu’il investit. Au cours de ce processus multiséculaire, on assiste à l’émergence de plusieurs courants très vigoureux jusqu’à nos jours dont le Zen en Chine et au Japon, et le Tantrisme au Tibet.
Ces deux courants essaiment en Occident à la fin des années soixante où ils connaissent un succès croissant. Introduit au VIIIème siècle au Tibet, le bouddhisme tantrique du Grand Véhicule donne naissance à plusieurs lignées de pratiques. Celle des « Anciens » ou Nyingmapas, établie dès le VIIIème siècle, réunit les enseignements les plus anciens introduits au Tibet par Padmasambhava, nommé aussi Gourou Rinpotché. Celle des Kagyupas, « ceux de la transmission orale », est apparue au XIème siècle. Marpa, surnommé le traducteur, ramena de l’Inde les enseignements de maîtres indiens. Il les a transmis à son célèbre disciple Milarépa. La lignée Sakya, ainsi nommée d’après son monastère d’origine situé à l’Ouest du Tibet fut fondée par Khon Kontchok Gyalpo au XIème siècle. Les Guéloukpa, « les vertueux », sont issus de la réforme de Tsongkhapa au XVème siècle.»

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Le dernier type de moines bouddhistes, c’est les moines swags, qu’on peut voir sur cette photo.
On visite ensuite l’intérieur du monastère. Il y a des escaliers partout, les murs blancs, les toits plats.

p1120105Ça fait un peu rêver comme dans les films. D’ailleurs, la femme à Igor (oui Constance, j’ai fait exprès) est ethnographe. Elle a suivi un petit moine de 7 pendant 6 mois en hiver et elle a fait un documentaire. Encore une parenthèse pour dire que cette région pullule de films. Je vous ai déjà parlé d’ «Himalaya, l’enfance d’un chef». La famille de Sassenage rencontrée dans mon dernier article nous a aussi dit qu’un française, Caroline Riegel, a fait un film sur les nonnes de Tungri (près de Padum) qui s’appelle «Les semeuses de joie». Quand je demande à Igor pourquoi il y a autant de français dans cette zone, il me dit que le premier photographe qui a fait parlé du Zanskar est un suisse francophone dans l’année 80. Depuis, il y a une sacré production audiovisuelle dans cette zone.
Dans le monastère, on commence à visiter le différentes salles de prière. Je découvre qu’il y a de nombreuses divinités bouddhistes dont Avalokiteshvara, le bouddha de la compassion, qui a de nombreux bras. On visite aussi une grotte sacrée avec une source. C’est quand même hallucinant de savoir que dans toutes les religions, il y a des sources dans les grottes comme lieu sacré. La dernière en date que j’ai visité était chek chek en Iran du Zoroastrisme.
On voit aussi de très belles peintures murales du XV ème siècle qui représente des bouddhas. Igor nous décrit chacune des divinités et explique les symboles. C’est passionnant et malheureusement, ma mémoire est une passoire. Il y a aussi des instruments de musique dans les salles de prière, notamment de gros gongs. On visite aussi une cuisine creusée dans la pierre majestueuse et rudimentaire. Il y a pas mal de touristes. Grâce à Igor, on peut entrer dans des salles de prière interdites au public. Il est carrément V.I.P. et connait tous les moines avec qui il parle hindi. Igor nous explique que la méditation est très importante pour les moines bouddhistes. Je lui demande pourquoi mes petites copines les nonnes de Mulbeck ne méditaient pas. Apparemment, les moines et les nonnes n’ont pas le même rythme et les nonnes ne méditent pas. Comme on atteint l’illumination par la méditation chez les bouddhistes, ça veut dire que les femmes ne peuvent pas devenir des bouddhas.
Dans le groupe des français, on fait des rencontres sympas. Avec Igor, ça vous l’avez compris. Mais aussi avec Pauline, une comédienne parisienne et Benjamin, qui revient d’un an en Australie et qui rêve de voyage et de faire des documentaires. Il s’apprête à faire le Pacific Crest Trail, la petite rando qui traverse les Etat Unis sur 4200 km. Parmi les membres du groupe, une française dit que les monastères bouddhistes sont mieux que les chrétiens. Je prends conscience du coté «exotique» du bouddhisme.
On se sépare ensuite du groupe pour aller redescendre à notre tente. Sur la route, on croise Anna Maria, une jeune femme roumaine qui habite en Suisse. Elle est pure comme de l’eau de source et on regrette la nuit qui oblige à vite redescendre. Le soir, une nonne adorable nous cuisine le dîner et on mange les mêmes trucs qu’au monastère de Mulbeck. Bien contente !

Le lendemain, c’est là que ça se corse. Il s’agit mon pire jour de vélo de toute ma vie. Si on peut appeler ça du vélo, c’est plutôt du portage/poussage. Vous vous souvenez de tout ce que je vous ai expliqué sur les ponts, c’est maintenant que ça va servir. Kiyan avait proposé plusieurs fois qu’on aille repérer la veille la route pour aller au pont. Finalement, on est rentré un peu tard et on y est pas allés. Dommage.
On doit descendre jusqu’à la rivière pour passer le pont et remonter de l’autre coté. En commençant à descendre le petit sentier, on voit passer des mecs chargés de sac. On les suit. Ils prennent des raccourcis où on ne peut pas passer et on descend jusqu’à la rivière. Tous les deux, on a une montée de stress (mais on ne se le dit pas) parce qu’on se rend compte que ça va être foireux. Finalement, on n’avait même pas réaliser à quel point. Une fois descendus, on remontent sur d’énormes pierriers. La route est parfois barrées par des glissements de terrain en cailloux. On doit enlever les sacoches, les porter, puis les vélos. Il y a plusieurs barres rocheuses qui nous foutent grave les chocottes, et pareil, sans se le dire, on pense tous les deux que si on tombent, on va finir comme la carcasse du cheval tombé au bord de la rivière vue deux jours plus tôt. C’est épuisant physiquement, mais aussi mentalement parce qu’on doit toujours être très concentrés. Au final, on doit enlever et remettre les sacoches 5 fois. A un moment, on marche sur un petit sentier avec une pente à 60% et un gros précipice. J’entends Kiyan qui me dit d’une voix très calme « Camille, est ce que tu peux venir m’aider ? » je me retourne et le trouve un pied dans la pente, avec vélo qui a basculé sur lui. Si il pousse sur son pied pour se relever, il risque de glisser. Je viens lui remonter son vélo et on repart, après un sacré coup de stress. Quand le chemin est trop étroit, on se met à deux avec un vélo un devant un derrière et on avance comme des escargots. On met 4 heures pour faire 500m, pas déçus du voyage. A la fin, un couple adorable de zanskaris nous aide à descendre nos bagages. L’air est très poussiéreux et je me mets à tousser de manière ininterrompue. C’est le début d’une infection de la gorge que je vais me trimbaler pendant 10 jours.

La traversée du pont est assez épique. Enfin, c’est ce qu’on redoutait le plus alors qu’en fait le pire était bien l’arrivée jusqu’au pont. C’est une passerelle himalayenne et on doit faire passer les vélos puis les sacoches. Le soir, on s’avouera qu’on a tous les deux eut envie de pleurer tellement cette putain de descente était dur. Kiyan dit que c’est le truc le plus dur qu’il n’ait jamais fait avec son vélo.
En arrivant au pont, on a l’excellente surprise de retrouver la famille des hollandais. Ils sont toujours aussi adorables. Ils ont pris des chevaux à partir d’Ichar pour leurs vélos et leurs sacoches et sont donc tranquilles. Après un petit apéro en leur compagnie, on repart. Je suis au bout de ma vie, lessivée et je n’ai pas du tout envie de décoller mais bon.
Les heures après sont très dures. Avant, j’étais tenue par l’idée de passer le pont, mais après je suis complètement vidée, je n’arrête pas de tousser. On doit encore pousser les vélos sur le sentiers, parfois les porter. On s’arrête pour manger un bout vers deux heures près d’une maison où il y a une tea stale. On prend un thé avec le monsieur puis on veut manger. Les enfants de 5 et 2 ans restent à coté de nous pour qu’on leur donne à manger. On leur donne un peu mais ils en veulent toujours plus. On se déplace pour aller manger ailleurs et ils nous retrouvent. La fatigue rend cette scène encore plus désagréable. On continue la route toujours à plat et je pense à ma grand mère qui a été dans les camps de concentration (j’avoue, j’ai le goût du pathos). Le soir, on arrive à Testa, un petit village sympa. Avec la fatigue, on fait un gros craquage de nerf et passe une heure à jouer aux bruits des animaux avec trois enfants du village trop mignons. Leur maman cuisine pour nous. Le soir, deux filles tchèques arrivent. Elles sont bénévoles dans une école tchèque plus haut et reviennent de Padum. On discute un peu et puis «on va se coucher», ce qui est très différent de «on va dormir» puisque je passe toute la nuit à tousser.

Le lendemain, on se réveille tard avec le propriétaire du champs qui nous demande de l’argent. Et en fait, bonjour ! Je cherche désespérément de l’eau chaude parce que j’ai hyper mal à la gorge. Pour tous les jours à suivre dans cette montagne magnifique, je ne vais pas en profiter parce que je suis trop dans le pâté. Je ne dors pas et quand on avance, j’ai seulement hâte d’arriver et de me reposer. Je n’ai pas trop envie de m’arrêter un jour parce que Kiyan est un peu serré au niveau du temps. Son visa fini le 30 août et il doit prendre le bus Dehli, puis l’avion pour le Sri Lanka.
Ce jour là, le vélo est plus facile. La vallée commence à être plus ouverte et dégagée.

p1120150On avance tranquillement jusqu’à Tantsé où le couple zanskari charmant qui nous avait aidé à porter les valises a une tea stale. Finalement, on ne trouve pas la leur et une petite tempête de neige arrive. On va alors se réfugier chez un gros monsieur zanskari sympathique et célibataire. Je précise ce détail non pas parce que j’avais des vues sur lui, mais parce que les célibataires cinquantenaires non moine ne sont pas très communs au Zanskar. On croise ensuite par hasard la dame qu’on cherchait avant et on va boire un thé dans la tea stale de sa belle sœur après s’être tapé des noodles chez le gros monsieur. Elle est vraiment adorable. Elle a fait des études de zoologie à Jammu. Maintenant elle est maîtresse. Son mari est médecin. Elle vit à Leh l’hiver et au Zanskar l’été. Une de ses filles, 4 ans, est à Leh pour l’école et l’autre est à Rapu avec sa Grand Mère. La maman de cette dame a vu un ours leur chouré une chèvre et elle a même vu un léopard des neiges. Kiyan discute avec un grand groupe d’allemands fondateur d’une école.
En repartant, on croise son mari accompagné d’un minuscule âne courageux chargée par une quantité de bois difficilement imaginable. La route est magnifique.

p1120178La vallée s’élargit et les montagnes toutes jeunes sont rouges. De gros machins blancs, sorte de petites stupas, nous indiquent la route comme des cairns. Les champs sont jaunes et verts et partout, on ramasse le blé, le foin et la luzerne à la main avec de petites serpettes comme Panoramix. On passe pas loin de Tangso où il y a l’école des français et on continue jusqu’à Shing pour dormir en passant au dessus d’un camp de médecins américains où j’aurais dû m’arrêter pour prendre des médicaments.
Le garçon qui nous accueille chez lui a 18 ans et il en semble 13. Il revient d’un mois à Manali pour se faire soigner une mauvaise toux mais ça ne va pas vraiment mieux. Il respire hyper fort, travaille tout doucement. Ses parents ne sont pas là quand il nous propose de nous accueillir chez lui. L’ambiance est bizarre. C’est un peu la misère.

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En bonne habitante des montagnes, je ramasse les bouses de yak pour faire du feu. On les allume avec du kérozen.

Je vais faire un tour chez les volontaires tchèques pour leur demander des médicaments. Elles ne sont pas là mais je rencontre deux profs et un volontaire indien de Manali qui jouent au ping pong en écoutant de la bonne musique sur leur mp3 connecté à des mini enceintes. Ils me paient le thé et me donne du paracétamol. Je redescend et on mange des chapatis, des omelettes, des légumes et du yaourt, ce qui nous semble un festin.
Le soir, la maman organise la pudja chez elle, la prière bouddhiste mais je suis trop explosée pour y aller. Son père est horse man depuis qu’il a 20 ans et il prépare ses affaires pour partir le lendemain matin.

On se lève tard, à 8 heures, en quête d’un cheval pour mettre nos bagages et n’avoir que les vélos à pousser. Le groupe des français passe et on va leur dit bonjour. Ça fait trop plaisir de les voir. A regarder le groupe fonctionner, ça n’a pas l’air d’être tous les jours facile d’être guide, avec certains client s’impatientent, traînent, râlent. Une patience de bouddha est requise. Ils me conseillent d’aller voir les médecins américains 2 km plus bas. Kiyan essaie de convaincre Vangdol, le jeune homme de la maison d’aller voir les docteurs avec sa maman qui a un problème à l’oeil. Mais ils refusent tous les deux. C’est un peu bizarre. Il nous dit que c’est son père qui ne veut pas. On en parle avec la maman et il y a ensuite une scène très bizarre. Alors que je suis dans la cuisine avec la maman, elle s’allonge par terre et gémit un peu. Son corps tressaute. Je ne sais pas quoi faire puis je masse ses mains minuscules et fatiguées. Le bout de son petit doigt est coupé. Elle demande de l’aide et le refuse en même temps en ne voulant pas aller voir le médecin.
La rencontre avec cette famille nous fait toucher du doigt la rudesse de la vie des gens qui vivent là haut. Une fois de plus, leur mode de vie nous fait rêver parce qu’ils sont loin de tout et je pense qu’ils donnerait tout pour un peu de confort et de douceur de vivre.
Après maintes tergiversations avec notre manager de chevaux de 17 ans, une nouvelle rencontre avec le groupe des allemands, un thé chez les tchèques qui nous racontent un peu leur vie, on trouve enfin un cheval et décolle vers midi. La route est belle et facile. Parmi nos nombreux sujets conversation passionnants, on commence à développer particulièrement celui de nos plats préférés. On énumère ce qu’on a mangé dans les différents pays qu’on a traversé et puis ce qu’on mangera une fois à Manali.

On ne marche pas toujours ensemble avec Gapol, notre petit horse man.

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A midi, on s’arrête manger avec Dan, un cowboy de l’Himalaya. Au début, il est plutôt froid. Il nous dit que c’est complètement débile de faire ce chemin en vélo, il n’a pas complètement tord 🙂
Au fur et à mesure, il se détend et se révèle un homme fin et sensible (alors vous avez aimé ma phrase digne d’un nanar ou d’un film sentimentale bateau. D’ailleurs le principal élément qui fait de lui un cow boy est son chapeau d’aventurier). Sa vie est des plus intéressante. Il a arpenté le Zanskar et le Ladhak en long et en large pendant 15 ans à pied. Après, il s’est marié avec une indienne à Manali et il est devenu guide. Il accompagne son dernier groupe après 25 ans d’exercice et précisément à cet instant, il en a un peu marre des chamaillages entre les gens du groupe. On le croise plus tard, avec tout le groupe, les horses man avec qui on a sympathisé au paravent (comique de répétition).
La route est magnifique, mais il se met à pleuvoir. J’en ai raz la casquette et je compte les kilomètres. Finalement, on retrouve notre petit horse man Gapol. Il est à une tea stale en plein milieu d’une magnifique vallée face à une montagne sublime. Une immense plaque presque verticale à tomber par terre tellement c’est beau et raide.

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On boit un thé, négocie les prix. Le gars de la tea stale veut nous faire payer 3 fois plus cher qu’ailleurs. Il ne démord pas et Kiyan non plus. C’est un peu chiant, parce qu’en temps normal, on serait aller plus loin mais là on ne peut pas comme Gapol est avec lui. Il me tape aussi régulièrement sur la cuisse et mes réflexes corporels me disent que ce n’est pas très bien. Gapol et lui nous aide à faire un feu à la zanskari en creusant et ça marche très bien.

Le lendemain matin, Gapol négocie de prendre un cheval au gars de la tea stale, finalement, il nous donne un âne.

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chargement de nos vélos sur le cheval

Les négociations serrées continuent. Ce n’est pas très agréable et une fois parti avec son petit âne courageux qui va à deux à l’heure, Gapol nous raconte qu’il nous a encroume. Pour un âne, on devrait payer moins et qu’il l’a encroume Gapol aussi. Il nous a dit qu’il ferait 50/50 avec notre petit horse man alors qu’en fait, il ne va lui donner que 100 roupies sur les 500 qu’on lui donne. Kiyan est très énervé, hésite à retourner sur ses pas juste pour l’engueuler puis renonce. Le premier pressentiment qu’il n’était pas cool se confirme, plus que ce qu’on ne l’imaginait.
Je rame grave dans la montée et heureusement que le petit âne fait ralentir le convoi pour que je suive. On s’apprête à faire le col le plus haut de mon voyage, à 5000m. Je suis malade, vaseuse et j’ai hâte d’arriver. La montagne devient un immense pierrier gris sombre comme le ciel.

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On passe devant un glacier. Le truc cool pendant l’ascension est que je discute un peu avec Gapol. Sa famille vient de Kargyak, le village où on a pris le premier cheval, mais il est au lycée à Manali. C’est les vacances et il s’ennuie un peu, du coup il est content d’avoir un peu de distraction avec nous. Il est plutôt petit, son visage est avenant, et comme beaucoup de zanskari, il fait beaucoup plus jeune que son âge. Sa maman est morte il y a deux ans d’un soucis de digestion. Je crois que beaucoup de personnes meurent de diarhée au Zanskar.
Gapol voudrait devenir médecin mais si ça ne marche pas, il deviendra militaire. En Inde, tout le monde veut avoir un job gouvernemental pour avoir un revenu assuré tous les mois à la différence de ceux qui ont un business. Un de ses copains a été «sponsorisé» par des étrangers pour ses études.
Quand on arrive au col, on se les pèle. Il y a un vent à couper au couteau. La nature est hostile et ne donne pas vraiment envie de sortir son pliant pour faire petit un bain de soleil. On discute avec un autre groupe de trekkeurs (je vous entend dire «ENCORE !» et je suis tout à fait d’accord avec vous), on descend les vélos, remets nos sacoches. Un truc pas essentiel de mon vélo a été pété avec le transport. On ne s’extasie pas trop sur notre exploit personnel (enfin pour moi Kiyan, lui, a déjà gravi Damovan à 5700m), on dit au revoir à Gapol qui est vraiment trop cool et on se dépêche de descendre pour moins se les peler.

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La route est en travaux pour relier Padum à la vallée de Manali. Le Zanskar sera alors relié à Padum et à Manali de ce coté. Avec Kiyan, en poussant nos vélos à la montée, on essayait d’imaginait la transformation de la vie là-haut quand la route sera construite et que les voitures pourront monter. La route en travaux est défoncée.

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Vous remarquez ce détail criant, je suis toute emmitouflée, mais je suis en sandale. Ce n’est par goût pour la mode outre-Rhin mais pour traverser les rivières.

On fait risette aux conducteurs de pelleteuse et passe quelques beaux lacets.

p1120210 Ça descend très vite. Plus bas, on trouve notre première tea stale. 200 travailleurs, la plupart népalais campent à 3500 m dans des tentes en bâche. C’est eux qui font les travaux de la route. Quand je pense que les conditions étaient dures pour nous mais que c’est leur quotidien. Les travaux vont commencer en septembre.
Ensuite, on a l’impression de prendre la route de la fin du monde, la roche est abrupte et sombre. On passe devant un camping en béton horrible qui ressemble à une station sur la lune. On retrouve un groupe de français qu’on avait croisé à Padum et vers Phuktal («ENCORE, ENCORE !! et oui quand je vous disais que le Zanskar en été, c’est l’autoroute des vacances). Un d’entre eux vient de Brignoud, à 15 km de mon village natal.
On descend, on descend, on descend. Ça fait longtemps qu’on a pas fait autant de kilomètres. La montagne change de style, on retrouve de l’herbe puis des arbres. Aux premières habitations, les torrents alimentés par de puissantes cascades séparent les champs des terrasses ensoleillées et les chantiers peuplés de tractopelles (bon j’exagère un peu, il n’y en avait qu’un de chantier). Après un peu d’investigation, on trouve un bon champs près d’une rivière pour camper. Je me prends une petite douche, on fait un feu réussi.

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Le lendemain, on décide de se séparer avec Kiyan. Il a envie de continuer à pédaler jusqu’à Manali 120 km plus loin et je suis au bout de ma vie.

Les plus beaux panneaux de prévention routière indiens.

Je reste donc là pour ensuite prendre le bus à Darsha 12 km plus loin. A Darsha, je tente le camping de la ville qui est fermé et atéri dans une tea stale. Là, je rencontre un des anges de mon voyage, Songma, de son nom népalais, Radhika de son nom indien.
Commençons par le début. Je cherche un endroit alléchant pour manger toute seule pour la première fois depuis trois semaines. Les tea stale sont cachées derrière des bâches. C’est sombres et je croise deux, trois gars aux airs patibulaires. Finalement, je vois un endroit tenu par deux femmes. Je m’arrête là et je comprends qu’on peut aussi rester dormir. Très vite, on commence à discuter avec Radhika. Ses parents sont népalais et elle est née en Inde à Manali. Ils ont plusieurs business, un ici à Darsha et un autre à Manali.
Radhika a été mariée à 20 ans avec un gars qui n’avait rien dans la tête. Elle a divorcé il y a un an. Elle a maintenant un BF (boy friend) avec qui elle espère se marier. Elle travaille l’été avec sa famille ici et l’hiver au Rajasthan dans un magasin de vêtement tibétain. Elle me raconte qu’il y a pleins de langues dérivées du tibétains : le sherpa parlé au Népal, le ladakhi,… Radhika n’est jamais allée au Népal. Sa mère est venue quand elle avait 5 ans et son père plus tard. Il y a beaucoup de népalais à Manali. Le passage de la frontière est libre entre le Népal et l’Inde. Elle s’ennuie un peu dans la tea stale loin de tout, où il n’y a pas internet, pas beaucoup de clients…
Radhika est absolument adorable avec moi, elle me coucoune et me sert du thé gingembre, citron, miel toute l’après-midi et toute la soirée. Elle m’installe sur le meilleur lit, un peu planqué dans un coin. Je lis puis regarde l’émission style «à la recherche de la nouvelle star» version danse avec sa maman et une autre dame. J’adore ! Regarder des trucs débiles à la télé avec des gens du cru fait partie des mes activités préférées de voyage et non pas pédaler devant des paysages sublimes comme on pourrait le croire. Ça fait longtemps que j’ai pas fait ce genre de rencontre incroyable.

Le lendemain, réveil à 6 heures pour prendre le bus de 6h30 après avoir manger une parantha. Radhika m’accompagne au bus, adorable. Elle me dit que le bus arrivera à 14h. Dans le bus, c’est assez chaotique et la route est épique. On fait de méga détours par de petits villages. La route est minuscule et les pentes escarpées. «Faut pas être trop gros» dit le guide dans Astérix et Obélix, Mission Cléopâtre. Je sais, ça fait un peu intello toutes ses références culturelles. Sur la route, des bergers ressemblent aux afghans de mon imagination accompagnés d’immenses troupeaux. Ils attendent patiemment sur des pentes herbeuses. Je suis contente de voir ses paysages, même si c’est une contemplation plus rapide qu’en vélo. Plus loin, de puissantes cascades jaillissent des pentes vertes.

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Un papa corse avec ses deux enfants monte dans le bus. Ils sont venus faire du trekking. Un gars bourré devant moi embête une dame avec un bébé devant. Sa tête tombe toujours sur l’épaule de la dame. Il se fait finalement asseoir dans l’allée.

p1120243Ensuite, on passe le gros col à 4000m avant Manali. On s’arrête un peu plus loin sur la route et je rencontre par hasard Kiyan qui a super bien avancé et qui va arriver le soir même à Manali. C’est le groupe des français qu’on rencontre pour la 4 ème fois qui me disent qu’il est là.
J’arrive finalement à Manali vers 15h après 10h de route pour faire 120 km. Je trouve un hôtel, achète des antibio et retrouve Kiyan un peu plus tard qui finit sa pédalade avec un bel orage qui rince. A Manali, ce n’est plus la zone désertique comme au Ladakh et il y a la mousson.
Alors, Manali, comment dire… c’est un peu … enfin, c’est pas trop … C’est un temple du tourisme hippie. Ça pullule de jeunes israéliens tout droit sorti du service militaire, d’occidentaux qui entame leur quête spirituelle en fumant des joints tout la journée. Ils achètent des babioles pourries tous les mêmes. J’A – DO – RE ! Enfin, j’ai compris d’où venait les bijoux et l’encens des gens de mon lycée.
Bon j’avoue, j’étais quand même contente de manger une pizza, de boire un café. Avec Kiyan, on a trouvé un nouveau QG avec des gars très sympas et toujours cette même musique boudhiste qui fait «ah mé na ma na mé». Les paroles sont une interprétation libre de mes souvenirs. C’est la grande glandouille. Pendant les trois jours avant le départ de Kiyan, il ne va pas se passer grand chose. On mange, on lit, on discute, on écrit nos carnets de voyage.

On fait une rencontre sympa le premier soir avec un cysliste. Il a parcouru l’Inde du Sud au Nord (4000 km) en deux mois. C’est Padam, un nouveau photographe (il se lance enfin dans sa passion) de 32 ans venu de Chennai. On est très contents de se rencontrer et de causer bicyclette. Il nous pose pleins de questions pratiques sur le voyage au long cours.
C’est un gars très fin. Il nous raconte qu’il était le dernier enfant de sa famille à ne pas être marié. Quand il s’est séparé de sa copine, ses parents ont décidé de prendre les choses en main. Ils lui ont trouvé une femme. Elle est très organisée et aime tout planifier. Depuis un an, ils essaient de «trouver une manière de vivre ensemble». Lui c’est plus un explorateur. Il a par exemple passé 15 jours avec les aghoris de Varanasi. C’est une communauté spirituelle très fermée aux pratiques particulières. Par exemple, ils font caca les uns à coté des autres, mangent de la chair humaine des corps incinérés à Varanasi. Mais Padam n’a pas tenté.
Padam est avec son compagnon de chambre rencontré peu avant. Il vient de Bengalore, au Sud de l’Inde et travaille dans une boîte de com. Il vient passer trois jours à Manali. Il veut arrêter son travail et faire de la thérapie par le yoga et le son. Il kiffe la méditation, le yoga, fumer des joints et nous raconte ses expériences spirituelles. Bref c’est un pur produit de Manali. Mais il est très gentil au demeurant.

On croise aussi des gens cools qu’on connait à Old Manali, c’est le point de ralliement des gens qui sont allés au Zanskar et puis d’autres : le groupe de français, une chinoise qui nous raconte ses fantasmes sur les touaregs et qui fait de l’oeil à Kiyan, des italiens sympas, un dreadeux israéliens guide imposteur qui inonde les gens de ses paroles inutiles, une ukrainienne qui fait de la percussion magique, j’en passe et des meilleurs… On va manger une glace avec la famille des hollandais et ça c’est bonheur. On leur demande les meilleurs moments de ce voyage de 5 semaines dans les montagnes de l’Himalaya. Dan nous dit que c’est le moment où on a vu toutes les marmottes au col, et quand ils se sont arrêtés dans une guest house et qu’ils ont mangé du beurre de cacahuètes. Yellow, trop mignon dit que Dan a déjà dit tout ce qu’il voulait dire. Riesche, la maman nous dit qu’elle a demandé Tony en mariage au col de Shingo La après plus de 15 ans de vie commune.
On va aussi écouter quelques concerts. La seule visite touristique c’est les bains à coté d’un temple. Du coté des femmes, c’est très sympa. Toutes les petites lycéennes viennent avec leur profs, les mamans avec leurs enfants. C’est vraiment là qu’elles prennent leur douche.

Le 25 août, Kiyan prend un bus pour Dehli puis un avion pour le Sri Lanka. De mon coté, je suis encore completement à plat. Bientôt va s’opéré une bascule dans mon voyage.

Zanskar 1

Cher lecteur, cet article est aussi frais qu’un poisson de la mer d’Oman au marché de Bishkek. Mais comme vous le savez, tout vient à point qui c’est à tendre ?

J’ai donc laissé mon récit le 2 août 2016 à Kargil, au Ladakh. J’attendais mon ami cyclo anglais Kiyan. Vous le connaissez déjà et pour ceux qui ont fait des sauts dans l’espace temps de ce voyage et de ce récit, vous le trouverez dans l’article « Quel bonheur de voyager en Iran avec ma Maman. Partie 1 ». Je vous raconte un peu la vie de Kiyan. Sa maman est iranienne, son papa indien. Kiyan est né en Angleterre. On s’est rencontré à Esfahan deux jours après qu’il arrive à sa première destination de voyage. Son idée c’était d’aller boire le thé chez sa grand mère et de manière annexe de rester une année ou plus découvrir la culture de la famille de sa Maman. Après 5 mois en Iran, il a décidé qu’il en avait raz la casquette et il a repris la route. On s’est retrouvé pour l’ouverture d’une nouvelle partie de son voyage, du côté de son papa cette fois.

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Les nuages de Padum dont on parlera à la fin de cet article, pour vous mettre l’eau à la bouche et vous tenir en haleine

Son arrivée a été mouvementée. Quand il a quitté l’Iran, il a transité par Dubai, où il est facile d’avoir des vols pas cher pour l’inde. Il a fait ses demandes de visas là et a racheté un vélo. Les délais pour l’obtention était plus long que d’habitude mais l’ambassade n’a rien dit jusqu’à ce que Kiyan les appelle et qu’il apprenne que sa demande de visa a été gelée parce qu’il a mentionné qu’il allait à Srinagar (à cause des violences aux cachemire, cf l’article qui en cause). Il a donc du faire un e-visa en catastrophe pour ne pas perdre son billet. Le e-visa ne dure qu’un mois et il a décidé d’aller ensuite au Sri Lanka retrouver un copain pour faire une nouvelle demande de visa pour l’Inde et rester plus longtemps.

C’était assez drôle d’expliquer aux gens comment on se connaissait. « Bah en fait, on s’est vu trois jours en Iran chez la tata à Kiyan. On s’est bien entendu. On s’est dit que ce serait bien de pédaler ensemble en France. Et puis finalement, c’est arrivé plus tôt que prévu ». Kiyanoush, c’est toute une histoire, tout un roman.

Comme d’habitude, je dis graisse, je digresse (vous pouvez me remercier de cette explication de jeux de mots douteux). Kiyan arrive le matin du 2 août en bus. Je suis dans mon hôtel chic et un peu cher pour l’Inde que j’aime bien parce qu’il y a du wifi et que j’ai été un peu traumatisé par les insectes avec qui j’ai couché une semaine auparavant dans un hôtel tout pourri de Darsha. Je suis arrivée plus tôt parce que j’avais trop hâte que Kiyan arrive. J’écris mon blog sur la terrasse avec vue sur la rivière et les montagnes qui me séparent du Pakistan. Le serveur est mon copain et m’amène régulièrement des tchaï au lait. Je reviens de chez mes petites nonnes bouddhistes et me sens comme la reine du pétrole « non mais de toute façon, il suffit de contrôler ses sentiments pour être sereine ». Quand j’y repense, je me dis que parfois je suis vraiment drôle.

A l’arrivée de Kiyan, on est trop contents de se revoir. On passe deux jours à discuter, manger et dormir (surtout Kiyan qui a quelques nuits blanches dans les pâtes).
On se dit tous les trucs qui sont restés frustré après les trois jours où s’est vus mais on n’a pa pu parlé parce qu’il y avait trop de monde. Ce qui m’avait le plus stupéfaite chez Kiyan c’est sa réponse à la question « qu’est ce que tu veux faire après ? » « aider les autres à exprimer leurs sentiments ». C’était la première fois que j’entendais une réponse comme ça, ou en tout cas, exprimée aussi clairement. Et puis, je sais c’est complètement sexiste, mais venant d’un garçon, ça m’a encore plus bluffé.

A Kargil, Kiyan m’offre un petit cadeau venu d’Iran. Il me tend un sac avec des trucs blancs. En arrivant du Kirghizstan, il me semble tout à fait logique que ce soit des petits fromage secs. Je croque dedans. Mais non, ce sont des cailloux venus du sommet de Damovan, le sublime volcan, près de Téhéran. Cette histoire reste une sacré blague entre nous. Je me suis faite penser aux bébés qui, dès qu’ils sont en face de quelque chose qu’ils ne connaissent pas, le mette à la bouche.

Pendant les deux jours de requinquade et d’atterissage de Kiyan, on fait des rencontres sympa. Notamment avec une famille de cachemiris de Srinagar qui ont pris Kiyan sous leur aile. C’est grâce à eux que Kiyan a dégoté un Tourist bengalow pas cher et très propre (qui l’eut cru que j’écrive un jour des choses pareils).
Il y a le papa qui est là pour le travail, la maman, le fils de treize ans champion d’art martial chinois le machin, heu non le mashu, et le petit frère de 10 ans. On a surtout causé avec le papa et le fils de treize ans, tout deux débordants d’amour pour Kiyan. Ils l’aiment tellement que parfois, ils veulent le réveiller de sa sieste pour lui parler.
Je me suis demandé si c’est parce qu’ils étaient shiites et que Kiyan leur a dit qu’il revenait d’Iran. Pour ça, Kiyan n’était pas trop dépaysé. Comme vous le savez, le cachemire est en majorité musulman. A Srinagar, les gens sont sunnites. A Kargil et autour les gens sont chiites. Il y avait donc des poster partout des imams Khomeini et Rameini. Ce que Kiyan s’est empressé de prendre en photo pour sa maman pour la faire bisquer parce qu’elle ne les tient pas dans son coeur.

J’ai bien rigolé lors d’une discussion sur la religion entre Kiyan et le fils de treize ans et fan de Volvorine. Le petit jeune homme était plein de certitude à propos de Dieu, du Coran ce qui a le don de courir sur le haricot à Kiyan. De mon côté, j’ai brillé par mes explications pleines de compromis sur les merveilles et les mystères de la nature qui pourrait peut-être être ce que l’on appelle Dieu.

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© appareil photo de Kiyanoush Jash

Notre voisin apprenti jedi s’ennuie alors il vient souvent discuter. Il est un peu choqué quand il voit Kiyan laver son linge à la main, sans parler de la fois où il l’a vu coudre.

On a ensuite pris la route vers le Zanskar, où je rêvais d’aller depuis mes 12 ans. Je m’explique. Si j’avais effectivement 12 ans, ça devait être l’hiver 1999. Avec ma famille, on était aller voir « Himalaya, l’enfance d’un chef » au cinéma qui se passe au Zanskar. Exceptionnellement, il a neigé pendant trois jours de suite à Lumbin. Notre voisin Patrick est passé in extremis, un jour avant son départ au Zanzkar. Il allait passer 6 mois là bas en hiver, en montant par le lac gelé. Avec Constance, on avait des yeux comme des melons et on lui disait « Patrick, tu nous emmèneras quand on sera grandes ». Et voilà, paf pastèque, 16 ans plus tard, je me retrouvais sur les routes du Zanskar mais de manière beaucoup plus raisonnable, en été.

On s’enfonce dans une belle vallée aride sous un grand soleil. Les villages sont verts, toujours recouverts de petites affiches avec les têtes de Khomeini et Rameini. Pour Kiyan, c’est la reprise avec quelques mois de pause du vélo. Il faut que le corps se remette en route et s’habitue à l’altitude. Les paysages sont magnifiques et au bout de 40 km la route est complètement défoncée.


Pendant toute la période où je voyage avec Kiyan, on cuisine au feu de bois. Kiyan a envie de tenter ça et je n’ai pas pu acheter de gaz à Srinagar à cause du couvre feu (c’est le cas de de dire !).
La cuisine au feu de bois c’est génial. Les longues soirées où il fait doux et tu discutes en regardant le feu se consumer. Mais ça veut aussi dire, les matins où tu te les pèles, où il pleut et où t’as faim et soif et tu dois attendre 30 minutes pour boire un thé et autant de temps pour voir arriver un porridge pateux. Dans ses cas, les divergences sur les techniques d’allumage du feu sont aussi virulentes qu’une discussion avant les présidentielles aux Etats Unis entre un pro Clinton et un pro Trump. Bon j’exagère un peu, parce que je l’ai vite écrasé n’ayant de don particulier pour l’allumage du feu, ou n’étant pas assez déterminé pour imposer ma technique à celle de Kiyan.

En tout cas, ça nous a valut de bonnes discussions sur ce qui rend un mec attirant. Est ce qu’allumer un feu est toujours la bonne vieille technique de drague ? Kiyan me disait aussi qu’il a développé pleins de compétences qui lui seront complètement inutiles de retour dans le monde « normal ». Comme par exemple faire du feu ou avoir un sixième sens pour détecter un bon spot de camping. D’ailleurs j’en profite pour vous citer d’où vient la blague du 6 eme sens à la base. Voilà des affiches trouvées chez Angie et Nathan de Bichkek. Je traduis mes préférées et laisse les autres que pour les anglophones.

On traverse de beaux petits villages comme je les aime. Les maisons sont faites de briques en terre et traversées de canaux.

OLYMPUS DIGITAL CAMERATout le monde nous fait coucou sur le bord de la route. Le deuxième jour de pédalade, on trouve un tourist bengalow à 15h30 carrément bienvenu puisque depuis midi, on nous dit dans chaque village que le prochain resto est à 1 km. On a carrément la dalle et on bien contents de manger notre riz/soupe de lentilles. Dans l’aprèm, on discute avec un homme du village qui est au bengalow. Il est sympa. Quand je lui demande si sa fille pourrait voyager en vélo, il répond que non parce que même lui il ne peut pas. Plus tard, il nous dit que pour les étrangers l’argent est infini. Sur le coup je rigole en croyant que c’est une blague et réalise plus tard un peu déçue qu’il le pense vraiment.
La route devient ensuite plus sauvage et il faut qu’on réfléchisse a la nourriture parce qu’il n’y a pas de village sur 50 km. Ces jours là, on ne fait que monter sur une route défoncée, on fait environ trente kilomètres par jour. Je commence un peu à souffler et le gps de Kiyan me dit que c’est normal parce qu’on est 3850m. Ah, c’est pour ça ! On voit les premières pagodes bouddhistes. Encore un changement de religion, c’est fascinant.

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Au cours de notre ascension tout doux, on se tape une journée de pluie qui se résume par journée à lire, chacun dans notre tente.

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Les paysages sont stupéfiants (comme stupeflip ref stupeflip stupeflip c’est un truc stupéfiant https://www.youtube.com/watch?v=UbDy3mWGz6g ) à couper le souffle (pas que les ongles des doigts de pieds). La lumière du soleil couchant sur la montagne détrempée et les torrents qui dégringolent en hurlant, ça n’a pas de prix. Je me rends compte qu’à un ou deux kilomètres, il y a un campement. Je me mets en tête d’aller chercher de l’eau chaude pour Kiyan qui est enrhubé. J’arrive finalement au campement et trouve un immense groupe d’alpinistes.

Il y a 70 personnes, pour la plupart des indiens. Je me fais prendre en charge par une jeune femme indienne charmante qui m’offre à dîner. Elle m’explique qu’ils font partie d’un stage sur le leadership en montagne. Certains des guide ont fait l’Everest. Je trouve tout ça complètement exaltant et décide que je ne peux pas laisser passer Kiyan à coté de tout ça. Je remplis une gourde d’eau et vais le chercher. Je marche pendant une demi heure. Et oui, comme il n’y a rien, les distances ont l’air courtes surtout que je les ai faite à l’aller en papillonnant d’un endroit à l’autre. Je croise sur la route une petite maison en pierre avec un troupeau et un peu de bois et un chien qui aboie. Avec Kiyan, on fait chemin retour en vélo à la tombée de la nuit. On se fait payer la soupe et un repas complet carrément luxueux. Le diner nous semble un délice après notre déjeuner fait d’une bouillie infâme de porridge à l’oignon cru et au poivron qui avait pour plus grand avantage de bien nous faire rire. On discute avec une indienne de Dehli au a démissionné. Avec Kiyan, notre première réaction instinctive est de la féliciter. Elle nous raconte un peu ce qu’ils font. Trois semaines au camp de base de Kun ou Nun, deux sommets à plus de 7000 dans les parages. Ils viennent juste d’arriver et sont ici en acclimatation. Ils vont faire pas mal d’exercices sur glace. Peut être qu’à la fin, ils feront un des sommets mais ce n’est pas le but en soi. On se dit que ça doit être bien mais très cher tout ça.
Les deux filles sont très sympas et on échange nos adresses. Après notre départ, je dis à Kiyan que si je pensais aller à Dehli (comme lui), je leur aurais demandé de m’héberger. Il me répond que c’est un garçon et qu’il fait attention à son comportement. Effectivement, je n’avais jamais vu les choses sous cet angle là. On redescend à notre campement moins bien fancy en vélo sous le ciel étoilé et même si ça caille, c’est quand même stylé.

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On repars vers Rangdun, traverse quelques rivières qui me permettent de dire « when I was in Kirghizstan, blabla… le courant super fort, blabla…, moi luttant contre la rudesse de la nature… ».

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© trépied de Kiyanouch Jash

Rangdum est le dernier village avant de passer le col qui mène au Zanskar. Tout est tellement grand et vaste que les petites maisons zanskaries blanches aux fenêtres en bois sculptés et toit plat semble ridicules au milieu de l’immensité des montagnes. Comme un maillot de bain seul dans l’étale vide d’un super marché polonais en décembre 1982, étiré comme une araignée pour prendre plus de place et faire bonne présentation.

Notre passage à Rangdum est un des highligth, temps forts de ce voyage. Si j’écrivais pour le guide du routard. Voilà ce que je dirai. A Rangdum, surtout ne ratez pas le gros 4×4 avec 3 cousins punjabis. Une fois leur attention attirée, il ne sera pas très difficile de faire sorte qu’il vous emmène faire un tour avec leur 4×4 avec la musique à fond et vous dépose au milieu de la plaine, au bord de la rivière pour faire « the rangdum party » danser à 4000 m d’altitude dans un paysage magnifique sur de la musique qui envoit du steack.


On a vraiment bien rigolé. Les punjabi ont une réputation de gens qui aiment danser, et nos copains ont su honorer cette tradition. Faut dire que la musique aide. Elle est géniale. Petit gili gili des cithares avec grosses basses. Ça inspire.  https://www.youtube.com/watch?v=HFZOWYryqgs
La triplette des cousins est assez géniale. D’ailleurs, il faut que je commence par le début quelques heures avant la danse dans la plaine. On fait une pause avec Kiyan qui répare son dérailleur.

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Petite parenthèse, le vélo de Kiyan est un peu old School. Il avait prévu d’acheter des pièces en Inde pour que ce soit moins cher. Comme moi, il n’a pas vraiment pu faire de shopping à Srinagar et Kargil est tout petit. Son vélo était donc un peu rustique. Son dérailleur a pété au bout de trois jours et il l’a réparé avec des vieux boulons qu’il avait dans ses sacoches un peu comme Mac Geyver. Ce que j’ai appris avec lui c’est que même si on est pas tous Mac Geyver, c’est possible de faire le tour du monde avec un vélo à 100 euros. Et aussi qu’on est pas obligé d’écouter tous les vendeurs grenoblois qui se font du fric sur les envies de liberté des montagnards et des voyageurs. Bref, Kiyan répare son vélo et moi, je suis allongée sur un caillou pour profiter du soleil quand je vois au loin un 4×4 qui s’arrête près de la rivière. Deux des gars pas trop mal bâtis se mettent en slip pour se laver dans la rivière. Leurs silhouettes apparaît dans le contre jour et une douce lumière illumine l’eau qui ruisselle sur leurs torses musclés. Les mouvements de vas et viens de leurs bras pour projeter l’eau sur leurs corps solides dégage force et virilité. Bon j’avoue j’exagère un peu mais le style roman érotique pour dames était tentant. Le troisième, celui qui n’est pas en train de se laver, un petit jeune de 18 ans vient nous voir pour nous demander si on a une bouteille d’eau. On n’en a pas mais on discute un peu et il repart. Finalement on se retrouve quelques heures plus tard à Rangdum en buvant un thé.


La triplette se fait une virée entre cousins. Selon eux, ils sont le must d’entre tous les cousins de la famille pour faire l’animation. Il y a le petit jeune de 18 ans, étudiant pour être ingénieur en je ne sais pas quoi. Le moyen de 23 ans est champion de riesling. Il est méga musclé et a les oreilles comme celles des lutteurs. Quand il danse  il frime et ressemble à un chanteur punjabi comme dans les clips avec ses gros muscles et ses lunettes de soleil. Il nous montre ses photos couvert de boue. Le plus grand est le plus discret. Il a 26 ans et on saura juste avant de partir qu’il étudie l’art et la littérature. Mais il danse, fume et tente de réparer la voiture comme les autres. Ils ont une crevaison lente sur une des roues du 4×4, du coup ils doivent régulièrement sortir une pompe électrique qu’ils branchent sur l’allume cigare. Ils tentent plus tard uné réparation plus conséquente. de manière assez comique. Tous les trois sont complètement empégués. J’ai été très sage et je me suis retenue de leur donner des conseils même si on aurait vraiment dit des poules qui ont trouvé un couteau. Celui qui fait du riesling montrait ses muscles en poussant sur le crique qui n’était définitivement pas au bon endroit et même Kiyan n’a pas pu s’empêcher de prendre une photo de ses fesses pendant qu’il regardait sous la voiture. La voiture a gardé sa creuvaison et ils ont continué à mettre de l’air toutes les heures.

©Kiyanoush Jash

Le soir, ils ont repris la route. C’est ce jour là qu’on aussi qu’on a rencontré une super famille de cyclistes danois. On s’est croisé, doublé, redoublé pendant tout le Zanskar. Tony et Riesche ont voyagé en 2000 de Hollande jusqu’au Népal, en passant par le Pakistan. Waou ! Depuis que les enfants (Dan et Yellow) sont petits, ils sont trimballés sur des vélos. Ils ont voyagé 4 mois en Asie du Sud est. Maintenant, ils ont 9 et 10 ans. Le lendemain le hasard fait qu’on se recroise juste après notre départ.

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On roule avec eux toute la journée jusqu’au col. C’est la qu’on voit que c’est vraiment des warriors. Alors que déjà on galère avec nos petits vélos, Riesche fait le même trajet avec le pinot, une sorte de tandem avec un petit vélo couché pour un des garçons. Tony a une remorque et un des garçons est sur un petit vtt avec un peu de bagages. Les garçons échangent pour se reposer. C’est très sympa de voir le voyage par leur yeux. Leur jeu préféré c’est de jeter des cailloux, dans les rivières de préférence. Ce qu’ils font très bien. Particulièrement Dan qui a 10 ans. Ils nous met la pâté à tous, sauf à son papa et encore c’est pas loin. Autrement, ils en ont marre de manger du riz et du dal (soupe de lentilles). A un moment des ouvriers sur le bords de la route veulent prendre des photos avec nous. Riesche est froide et leur dit de ne pas toucher ses fils. Je suis un peu étonnée comme je veux toujours être gentille. Mais c’est beau de voir cet instinct de lionne qui protège ses petits. Plus tard elle nous racontera qu’au Sri Lanka, c’était intenable. Tous le monde voulait toucher ses fils aux yeux bleus tellement blonds que leurs cheveux sont presque blancs.

Arrivés au col, on trouve une dame qui s’est blessé le pied et qui nous demande de l’aide. Elle s’est retourné l’ongle et a simplement mis un petit tissu pour éviter que le sang coule partout. Comme je suis une femme, c’est moi qui la soigne même si Kiyan aurait sûrement eu plus la veine, grâce à son papa chirurgien. Comme souvent, je me rends compte que ce qui nous choque ne nous choque pas longtemps quand on s’y confronte. Je me dandine un peu devant la plaie puis désinfecte, met un bandage et lui donne quelques pipettes de désinfectants. Kiyan lui dit d’aller chez docteur et tout le monde sait très bien qu’elle n’ira pas parce qu’on est a plus de 60 km de Padum première ville où on peut trouver un docteur. Pour faire ses 60 km, il faut compter 2 ou 3 heures vu l’état de la route. On continu la pedalade, compte les marmottes et voit un immense rapace (un aigle ou un vautour) doré. C’est merveilleux.

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Le col avec le camp des petits anglais

La famille s’installe près d’un plan d’eau et on continu d’explorer un peu avec Kiyan. Un peu plus loin, il y a un immense kiosque et en haut un gars qui attend. Ça me semble complètement improbable. Avec sa peau burinée par le soleil et ses yeux bleus vifs, il a une vrai tête d’aventurier. Il vient du pays de galles et nous explique qu’il fait parti d’un petit groupe d’explorateur au viennent faire de la montagne. A la première rencontre, je retiens, montagne, glacier, explorateur, botanistes, géologues, 100 petits jeunes et j’attends ici une partie du groupe qui vient de Kargil. Tout ça a l’air bien exaltant et on décide de planter la tente pas loin pour aller passer du temps avec eux.

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D’abord, on rencontre Tom un jeune londonien au chapeau d’aventurier avenant qui était en train de se raser dans la rivière. C’est en le voyant que j’ai appris à Kiyan « frais comme un yaourte » qui le décrivait très bien. Puis le reste de l’équipe un peu moins fancy au premier abord. Finalement, on comprend un peu plus. Une fondation anglaise organise des séjours d’explorations pour les jeunes qui n’ont pas de frics. Pour mettre des sous dans la caisse, ils organisent aussi des séjours d’exploration pour les jeunes qui ont des sous. Pour ce groupe, les jeunes ont entre 16 et 25 ans. Ils restent entre 3 à 5 semaines. On a surtout discuté avec un groupe qui restait 3 semaines et qui avait entre 16 et 18 ans. On est arrivé a un moment particulier parce qu’un des jeunes était bloqué sur un glacier, avec le mal de l’altitude. Son état avait l’air un peu sérieux et je me suis rendue compte que j’avais eu plutôt de la chance. Toute les troupes étaient mobilisés. Plusieurs fois les hélicoptères ont essayé de les hélitreuiller mais ça ne marchait pas. On a rencontré le big Boss, un typique montagnard british d’une soixantaine d’années, grand et svelte, les yeux bleux, les cheveux blancs et un airs d’aigle distingué. Il était quand même un peu stressé parce qu’ils en était à leur deuxième ou troisième accident.
Bon les jeunes, forcement, ils nous ont kiffé. Surtout Kiyan parce que je ne parlais pas trop. Je ne comprends pas très bien l’anglais swag. Derrière les airs nonchalants de la jeunesse dorée londonienne certains étaient vraiment sympas. On a quand meme rigolé parce qu’ils en avaient un peu marre de la poussière. Comme ils partaient le lendemain pour Dehli, ils décrivaient tous ce qu’ils mangeraient à Burger King. A notre départ, Tom frais comme un yaourte nous a donné ses barres de céréales et tout le monde a suivi. On s’est retrouvé avec des snikers et supers barres de céréales. Bon malheureusement, on en a partagé certaines avec Dan et Yellow.

D’ailleurs parlons de nourriture puisqu’un événement important de cette partie du voyage s’est déroulé. Vous commencez à me connaître, j’aime bien parlé de caca (scatophile président). Pour subvenir a nos besoin nous avons eu la riche idée de demander au gars du touriste bungalow de remplir une grande boîte pour les bonbons de riz et de dal.

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©Kiyanouche Jash – Le riz/dal fautif

Et puis il a fait plutôt chaud pendant la journée et notre plat unique a commencé à massérer. On a fait deux repas avec qui ont suffi a nous retourner les intestins. Du coup, parfois sur le vélo, on disait « je m’arrête, j’ai une urgence ». Ah les voyages, ça forme la jeunesse… Et les intestins !

La descente du col s’est donc faite shanti shanti, doucement, doucement. Juste après le col, on a demandé un thé dans la seule maison à des kilomètres. On s’est fait offrir le thé et du yaourte de yak délicieux avec du pain. J’ai pu ressortir mes deux mots de ladhaki « c’est très bon » et « merci ». Il y a avait la maman, un cousin, une voisine et deux sœurs d’une vingtaine d’années plutôt calmes jusqu’à ce que Kiyan prenne des photos.

©Kiyanouche Jash à droite

Plus tard sur la route, on retrouve nos copains hollandais avec qui on jette de gros cailloux du pont. Les garçons plutôt timides se détendent. Riesche me raconte que d’habitude, ils n’aiment pas trop voyager avec des étrangers mais que Yellow a dit « là ce n’est pas pareil c’est des cyclistes ». On continue ensuite la descente vers Padum en découvrant la culture zanskarie. Les gens sont adorables et nous font tous coucou sur le bord de la route. Sur 3 km, on trouve du goudron. C’est le plus bonheur le plus total. On roule au bord de la rievière sans pédaler, la lumière vient illuminé le blé doré. Il faut avoir pédaler pendant une semaine sur la route la plus destroy de tout mon voyage (sauf une petite partie de la Pamir Highway) pour comprendre ce bonheur. On a hâte de trouver internet pour rassurer nos mamans respectives. Je pensais pas que je dirais ça un jour mais OUI j’aime le bitume et le wifi.

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Rencontre avec une maman et son beau bébé aux yeux froncés

©Kiyanouche Jash

Juste avant mon arrivée, je me débrouille pour défoncer mon troisième pneu schwable marathon depuis le début de mon voyage. Je ne suis pas peu fière parce qu’ils sont réputés increvables. Et surtout contente, parce que depuis que Constance m’avait ramené de nouveaux pneus au Kirghizstan, je me baladais avec un pneu de rechange et je le voyais gros comme une maison que pile quand je le donnerai, j’aurais un probleme le lendemain. Donc heureuse parce qu’au moins je l’avais pas trimballer pour rien. J’étais un peu sur les rotules mais je vous jure j’ai pas pleuré. J’ai réparé mon pneu sagement et une heure plus tard on est arrivé à Padum, pour ma part épuisée.

(Voyageurs rencontrés sur la route. Des coréens intrépides sur qui on aura plus tard la bonne idée de prendre exemple, une famille de grenoblois, des petits suisses, et des enfants. En ce temps là Kiyan leur donnait encore des bonbons.)

Padum c’est the big city au Zanskar. Et bah faut voir comment qu’c’est hein ! Un grand village de 10 000 habitants. Comme Rangdum, il a l’air ridiculement petit à côté des montagnes qui l’entoure. A l’office du tourisme, un gars sympa et carré, après nous avoir renseigner sur les hôtels, nous dit qu’il suit une technique de méditation qui permet d’obtenir l’illumination en seulement 7 ans. Ça nous fait beaucoup rire tellement ça ressemble à « perdez 10 kg en seulement 15 jours ».

Dans la ville, il y a des hôtels, magasins de souvenirs et agences de voyage pour les touristes, un bazar comme d’habitude avec des supérettes, quelques pharmacies, des magasins de fringues, de chaussures… Dans les rues, des toutes petites dames toutes courbés en habit traditionnel, des moines et nonnes (il y a tout plein de monastères autour), des petites étudiantes ravissantes, des bouddhistes, des musulmans et puis bien sûr des touristes.

J’observe Kiyan négocié sec l’hôtel. On mange les premiers momos (ça deviendra une histoire d’amour pour moi) raviolis tibetains épinards fromages. Pas très bon cette fois dans un resto prétentieux. Pour se requinquer on complète le repas avec des samossa à la patate chez Mohammed Yussuf, qui deviendra notre pote.

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Arrivée à Padum dans une forme O – lym – pique

 

Indous, musulmans et boudhistes

Le 20 juillet, en voyant que la situation à Srinagar ne s’améliore pas et que je ne la supporte plus, je prends un bus pour Baltal où je pourrais commencer à pédaler.

Un gars dans le bus m’aide à trouver un endroit où me reposer et m’invite à aller au festival d’Amarnath. C’est un rassemblement indous très important. Il y a  moins de monde  cette année à cause des violences au Cahemire. « Selon la mythologie hindoue, c’est dans cette grotte que Shiva expliqua le secret de la vie éternelle à sa parèdre, la belle Parvati ; la grotte abrite d’ailleurs deux autres formations de glace, dont l’une représente Parvati, et l’autre Ganesh, le fils de Shiva. Si c’est cette grotte reculée que choisit Shiva pour révéler à Parvati le secret de la vie éternelle, c’était dans le but de s’assurer qu’aucune créature vivante n’entendrait ce secret. Mais deux colombes, qui nichaient à proximité, l’entendirent cependant, et devinrent donc éternelles ; les pèlerins venus à Amarnath affirment parfois avoir aperçu ces colombes éternelles. » Merci Wikipedia.

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Ces deux jours ont été parmi les plus chaotiques de mon existence. En partie parce que j’étais fatiguée du manque de sommeil dans le bus et après. Aussi parce que j’ai fait une erreur de casting de la personne avec qui j’y suis allée. Je lui suis reconnaissante parce que je n’aurais jamais vu ce festival sans lui mais alors c’était la comédie humaine. Avec la fatigue, j’ai mis du temps avant de comprendre qu’il foutait la merde partout où il passait. Pour faire court, il ne m’avait pas dit qu’il fallait un permis pour entrer et qu’il comptait négocier. On a donc fait moultes aller retour dans des bureaux. Le plus insupportables est qu’il y avait toujours quelqu’un pour lui dire qu’ici on pourrait contourner la règle. On a passé environ 4 heures à essayer de détourner les règles. Je l’ai vu se faire engueuler par des militaires parce qu’il faisait n’importe quoi, s’ecrasser et puis aller se plaindre au plus puissants. J’ai vu des business man offensés parce qu’ils avaient des relations et qu’il ne suffisait pas de prononcer leur nom pour que je rentre sans permis. Ensuite tout faire pour que je rentre, pas pour m’aider mais pour montrer qu’ils ont réellement du pouvoir.

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Ces complications m’ont permis de voir des choses marrantes. L’administration indienne est comme la française. Il me fallait un certificat médical. « Allez chercher votre formulaire là. Déposez le là. Apporter votre photocopie de passeport la. Revenez dans une demi heure ». Tout ça, pour qu’un docteur coche toutes les cases du formulaire sans me regarder pour dire que je vais bien. J’ai bu le thé avec un commandant dans un des nombreux et immenses camps militaires. J’ai pris l’hélicoptère pour faire un pèlerinage, idée qui me semble la plus absurde du monde (mais l’hélicoptère dans ses montagnes, c’était vraiment cool).

Bien sûr la grotte est dans un cadre absolument magnifique. Les montagnes cachemiris sont verdoyantes et pleine d’eau. Pour le festival qui dure un mois, une ville de toile en plastique est construite. Il y a des champs de tentes colorées pour les pèlerins, des magasins. En s’approchant du pèlerinage, on arrive aux hangars. Ils sont gérés par les gens qui ont de l’argent et qui font la charité. Ils nourrissent et accueillent pour la nuit les pèlerins. Dans chaque hangar, il y a un gourou qui fait plusieurs cérémonies quotidiennes.

Pour entrer dans le pèlerinage, un péage pour vérifier les permis et faire une fouille. Il y a des militaires partout, des fils barbelés et des barrières. Quand on marche dans la rue, on se fait alpaguer soit par les cachemiris qui vendent des trucs ou veulent te faire prendre la voie express pour le paradis en prenant un âne. Soit par les indous des hangars qui proposent du thé, des biscuits. La plupart des horse man sont des cachemiris.

C’est la première fois que je vois des cachemiris des montagnes. Ils sont beaux. Je les regarde discrètement parce que je suis la seule étrangère et j’attire déjà assez l’attention comme ça. Pour vous donner une idée, ils ressemblent un peu à Massoud. La plupart des hommes sont grands, avec des visages aux traits forts profonds. Certains ont magnifiques yeux verts ou bleus qui explosent au milieu de leur visages sombres. Je pense que je ne vous décris la que les plus beaux mais c’est ceux qui m’ont marqué. Ils portent d’épais et grands châles gris qu’il passent derrière l’épaule pour couvrir tout leur torse. Ils ont quelque chose de brute, sauvage et magnifique.

Le camp relié à l’atterisage se trouve dans une large vallée à 3500 m d’altitude absolument magnifique. Le camp est entouré par des grillages et il y a toujours un militaire pour dire que non on a pas le droit de s’asseoir à côté de la rivière.

wp_20160721_001On dort gratos dans un des hangars où un gros gourous barbus donne la célébration en chantant dans un micro. Avec des punjabis, on danse (le punjabi sont connus pour leur bonne musique et leur gout pour la danse). A cet endroit, je rencontre Mataji. C’est une toute petite femme au visage rayonnant. Quand elle arrive, je suis assise, elle vient directement vers moi. Et ça y est le contact est établi. On va passé ensemble les deux jours suivants. Mataji n’est pas son nom mais son « titre ». Ça veut dire un peu comme prestesse indous mais pas tout à fait. Je découvre que l’expression baba cool vient des babas indiens. Ce sont des gens qui ont décidé de se dédié aux dieux et ont renoncé a l’argent, au sexe… Je crois que Mataji fait partie de la famille des babas. Elle ne mange que ce qu’elle prépare elle même et jeune donc pendant toute la période du festival jusqu’à ce qu’elle rentre à son ashram à Jammu.

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Mataji !!!!!

On discute beaucoup de ce que c’est que d’être une femme. A un moment, elle veut aller marcher dans la montagne, 200 m hors du sentier. Les militaires ne la laissent pas aller. Après quand elle voit des militaires, elle discute avec eux (elle discute avec tout le monde) et leur dit que ce n’est pas bien qu’ils interdisent aux gens d’aller dans la montagne, la forêt et la jungle.
Comme elle voit que j’attire beaucoup l’attention et que j’en ai marre de prendre des selfie avec les indiens. Au troisième, elle leur demande si ils aimeraient qu’on fasse ça à leur soeur. Bref, avec tout sa douceur, elle m’apprend à dire non.

Parmi les rencontres, en descendant de la grotte, on discute avec un gars indou d’une quarantaine d’année. A peine la discussion commencée, il prend un ton paternaliste, ce qui a le don de m’énerver surtout avec la fatigue. On commence à parler de Srinagar. Il est hyper nationaliste et n’arrête pas de me vanter les bienfaits de l’armée. Je suis encore un peu brassée parce que j’ai vu a Srinagar et c’est difficile pour moi d’être en face de quelqu’un d’aussi nationaliste. J’ai les boules et il sent. C’est un prof de science politique a la fac. Il a bien joué la carte du « je suis éduqué, tu peux parler librement ». A la fin de la discussion, il me demande de voir mon passeport. J’aime pas montré mon passeport mais parfois les gens sont curieux de voir les visas. Je lui donne puis réagis quand il veut noter des trucs. Je récupère mon passeport illico sans vraiment réaliser. Deux minutes plus tard, le gars fouteur de merde me dit qu’il lui a demandé de infos sur moi et qu’il veut le revoir parce que j’avais l’air énervé.

En redescendant, je rencontre un groupe d’indiens du sud très chaleureux. A peine arrivé, on me fait savoir qu’ils ont une bonne position sociale (avocat, docteur, …). On discute bien. Je leur dit que l’Inde n’a pas bonne réputation pour les filles qui voyagent toute seule. Ils démontent tous mes arguments un par uns et refusent jusqu’à ce que l’un d’entre eux s’excuse. Quand je pars, il me supplie de changer mon point de vue sur l’Inde.

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Un des proprietaires/directeur de hangar tres sympa

Après cette riche et dense experience indienne, je fais trois jours de pedalade dans ses montagnes incroyables. Je me dis « j’ai toujours voulu allez dans l’Himalaya. Voilà j’y suis ».

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la route du col

Je me tape un col sur une pente très raide aux larges lacets impressionnants puis pédale dans de larges vallées verdoyantes. Il y a des camps militaires partout, des memorials pour les soldats morts pour la nation.

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Cycling in Sahari pour cacher mes formes impures

La nuit à l’hôtel (j’ai choisi le plus miteux) j’ai des puces dans mon lit et ne dors pas de la nuit. A 4 heures du mat, je me dis « je veux rentrer à la maison, dormir dans un bon lit et voir ma maaamannnn ».

Peu à peu, les montagnes passent de vertes à minérales. Je traverse une vallée incroyable, totalement caillouteuse. Les pierres sont rouges, roses.

wp_20160724_005Des rivières alimentent de petits deltas de verdures où s’installent les villages. Ces paysages me rappellent vraiment le Tadjikistan. En cherchant un endroit où mettre ma tente, je vois de l’autre côté de la rivière de magnifiques terrasses herbeuses recouvertes d’arbres fruitiers. Je me dis « c’est là ». Le village est relié à la route par un pont suspendu. Tout les véhicules, voitures, motos restent au bord du pont. On me dit d’abord que je ne peux pas y aller. Je suis en train de repartir mais me dit que je ne peux pas laisser passer une telle merveille. Et je fais bien. Je retourne sur mes pas et en deux minutes, un charmant jeune homme m’aide à porter mes bagages et un monsieur m’invite à dormir chez lui. Ce village, c’est le paradis.

wp_20160725_002Pas de voiture, on monte par un petit chemin entre les arbres centenaires. Un petit ruisseau coulent au bord du sentier alors que le village est traversé par un torrent puissant venu des glaciers au dessus. Les arbres portent une abondance de pommes et d’abricots. Au centre du village la mosquée. Ici les gens sont chiites. Dans ce village, les gens parlent balti et de l’autre côté de la rivière, il parlent âryen. Devant la maison de Khulan Mohammed, on trouve un petit potager bien entretenu absolument ravissant.

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Le charmant jeune homme Kasim Ali me propose de me montrer le village. On se ballade dans les minuscules sentiers entre les maisons en pierre et les petits canaux.. Kasim Ali me propose de monter un peu. On traverse alors les tout petits champs de blé, de luzerne travaillés à la main. On commence ensuite l’ascension raide, d’une terrasse à l’autre, recouverte de céréales ou d’abricotiers. Kasim Ali me fait goûter les abricots, les petites amandes à l’intérieur du noyau, les différentes variétés de pommes et pique de la salade dans les jardins. Il a 21 ans, étudie le business pour ensuite développer le commerce des abricots de son village dans d’autres partie de l’inde. Ce qui semble une très bonne idée en voyant la profusion d’abricot dans cette région mais aussi tout ceux qui se perdent. Son idée principale est de lutter contre le chômage et la pauvreté dans son village. Il a un beau visage ouvert, des yeux doux et bridés et des fossettes malicieuses.
On marche longtemps pour arriver à la fin des abricotiers, à coté d’une cascade. Au dessus tout est sec. On sait d’autant mieux que l’eau est une bénédiction quand le désert est autour. On est à 50 km du Pakistan.
On redescend au couché du soleil et rentre à la nuit. Je me sens un peu mal vis a vis de mon hôte de ne pas avoir vu le temps passer. Mais marcher dans la montagne la nuit est merveilleux. On suit un canal, les herbes effleurent mes chevilles, la lune sort. Tout ca est très doux.

Des petites filles rencontrees au village et mon equipe de porteur

Kargil est la ville la plus haut nord de l’Inde. Je m’énerve contre un gars qui me regarde avec des yeux de poissons. Une demi heure plus tard, je vois une petite fille voilée à la langue bien pendue le tyranniser pour une glace et je me dis que je me suis un peu montée le bourrichon pour rien. wp_20160726_007
Kargil c’est exotique, il y a des photos partout des Imam Khomeini et Rameini comme les gens sont chiites.

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Petite cycliste indienne de 17 ans qui fait manali Kargil en velo. Ses parents font la voiture balais. Un bel exemple !

Je pars ensuite passé 4 jours dans un petit monastère bouddhiste pour nanas, enfin pour nonnes quoi. Belle route pour aller jusqu’au monastère en vélo. Mulbeck est connue pour sa belle statue de Bouddha sculptée dans un rocher et son monastère en haut d’un très gros caillou.

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Là, j’ai rencontré un gars de 21 ans à la guest house. Il me raconte qu’à 20 ans, comme ses parents étaient âgés, ils lui ont dit qu’il fallait qu’il marie et qu’il s’occupe de la maison. Il lui ont trouvé une femme. Je ne peux pas savoir si il y a beaucoup d’amour entre eux mais il ont maintenant un petit garçon de un an dont les deux s’occupent avec beaucoup d’amour.

La nonnerie de Mulbeck n’est pas très grande, simple et joyeuse. Ce n’est pas un monastère historique. Les bâtiments y sont utilitaires et colorés. J’ai pris une chambre dans la « guest house » et ait observer la vie des nonnes.

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Cette période était particulière parce que c’était les vacances. Toutes les petites nonnes (étudiantes de 8 à 25 ans) qui sont d’habitude à Leh étaient là. Pendant 7 jours, les nonnes allaient dans les maisons pour lire le livre des enseignements de Bouddha. En échange, elles se font nourrir et reçoivent de l’argent (reparti équitablement entre toutes les bonnes, peut importe leur âge).
J’ai assisté deux fois à ces lectures. Une fois partiellement et une fois en totalité. Les deux fois, j’ai été incroyablement bien nourrie et j’ai mangé les meilleurs plats de tout mon séjours en Inde. Je n’arrêtais pas de chanter dans ma tête « quand l’appétit va tout va ». Les bonne disent d’abord des mantras, toutes ensemble. Ça fait des sons merveilleux. Certaines utilisent une voix profonde et grave qui vibre. Chacune respecte son timbre. Une harmonie incroyable en naît. Ensuite elles lisent à voix haute. De l’extérieur, ca ressemblent un peu au son de voitures sur une autoroute.

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La vue de ma chambre au petit matim

La lecture dure 8 heures, avec des pauses environ toutes les deux heures pour manger une pause d’une heure entre midi et deux. C’est tellement long de rester la à ne rien faire. J’ai du temps pour réfléchir et à un moment, j’ai fait la liste de tous les gens qui m’ont aidé pendant mon voyage. Et bah, c’est long hein !
Pendant la pudja, ça veut dire la prière, certaines discutent, regardent des trucs sur leurs téléphones. Les plus âgées ne disent rien. Dans les moments de pause, quand le groupe est trop bruyant, certaines des jeunes disent chut et le silence revient.

Je deviens copine avec un petite nonne de 15 ans intelligente et qui parle bien anglais, Songma.

wp_20160730_002 Elle m’introduit les premiers concepts du bouddhisme. Une autre me partage par bloutouze un discour du dalai lama. Songma m’explique qu’elle est devenue nonne quand elle avait 6 ans. Je lui demande si on peut décider d’arrêter d’être nonne. Elle me dit que oui mais que ce n’est pas commun. Selon elle, ses parents l’ont conçue pour qu’elle soit nonne.

La deuxième fois que je vais à la pudja, c’est à Walla, le village dont elles viennent toutes. C’est à 5km de la route principale. Sur une toute petite route en terre, on croise de magnifique formation de roches qui ressemblent aux Capadoces. On va dans une maison typiquement ladakhie, blanche au toit plat avec de grandes étendues de petites fenêtres tenues par des montures en bois et une terrasse au milieu.

Un jour, je fais des test de méditation pendant une heure parce que j’ai pour plan de faire un cour de méditation plus sérieux alors j’aimerais bien savoir à quelle sauce je vais être mangée. Une heure, c’est long. J’expérimente la relativité du temps et les limites de mon corps. Ça fait mal de ne pas bouger.

Il n’y a qu’une source pour alimenter tout le monastère en eau. J’aime regardé les nonnes se laver le visages, les mains et les dents la matin. Avec beaucoup d’attention et de patience parce que tout le monde veut se laver au même moment.

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Les derniers jours, les nonnes qui s’occupent de la guest house m’ont adopté. Elles commencent à m’enseigner le ladakhi, répètent comme un mantra « camille good » et me serrent dans leurs bras. Ça fait chaud au coeur.

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